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Demain n’est pas si loin

Lors de la leçon inaugurale de l’Esa, qui s’est tenue jeudi 15 octobre, Sébastien Abis et Matthieu Brun ont récité leur partition. Au répertoire, prospective et géopolitique des mondes agricoles

© AA

« L’agriculture, c’est une équation simple : nourrir, produire, partager et épargner. Et pourtant, c’est extrêmement complexe », introduit Matthieu Brun, responsable des études au club Demeter (un think thank), lors de la leçon inaugurale de l’Esa. Au cours de cette après-midi, il a, en compagnie de Sébastien Abis, directeur du club Demeter, défriché les grandes tendances des mondes agricoles de demain.

Sino-mondialisation
Les deux chercheurs en sont convaincus, la Chine aura une importance majeure dans les années à venir. « C’est la force principale qui pousse vers un multilatéralisme mondial. La Chine est à la fois le premier producteur, et le premier importateur de nombreuses productions. L’influence chinoise, notamment avec l’ouverture de la route de la soie, sera grandissante », remarque Sébastien Abis. L’arrivée de monnaies chinoises sur les marchés aura un impact sur la valeur du dollar, et modifiera donc les prix mondiaux des denrées. De plus, les terres rares se situent en grande partie en Chine. Et les chinois sont incontournables, si l’on considère qu’une numérisation de l’agriculture et une entrée massive de la technologie dans les exploitations est souhaitable.

Quid de l’Europe ?
« De toute évidence, l’Europe est la banlieue du monde, politiquement, démographiquement… », analyse Sébastien Abis. « Mais en termes d’agriculture, l’Europe est une superpuissance, et elle doit le rester ! ». Pour mettre en œuvre des politiques ambitieuses sur l’environnement, ou continuer à approvisionner des pays moins productifs. Tout en prenant soin d’une population vieillissante. « En 2030, il y aura plus d’habitants de plus de 65 ans que d’habitants de moins de 30 ans », prévient Matthieu Brun. Les enjeux sont nombreux, et l’agriculture va en cristalliser un certain nombre. Les Nations Unies ne s’y sont pas trompées lorsqu’elles ont titré l’un de leur rapport : L’agriculture pour la paix. « Il faut du progrès en agriculture qui tend vers le bien-commun, les solidarités. Quand on observe l’agriculture, la politique est inévitablement proche », analyse Matthieu Brun. L’exemple parfait avec la Pac, qui risque de jouer un rôle important sur ce à quoi pourrait ressembler notre agriculture en 2030. « La Pac, ce n’est pas une politique pour 4 millions d’agriculteurs, c’est une sécurité pour 500 millions de consommateurs. Il ne faut pas oublier que l’agriculteur, s’il ne représente que 1 % de la population, travaille pour les 99 % restants », pose Sébastien Abis. Et ça, peu de métier peuvent s’en vanter. Si les dynamiques du futur sont plus que jamais incertaines, il est une chose qui sera toujours au centre de tout : l’agriculture.

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