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Réforme de la Pac : premier objectif, maintenir le budget

19 janvier 2012 L'Anjou Agricole Vu 537 fois


Henri Brichart était en Maine-et-Loire, lundi, en tant que vice-président de la FNSEA, pour parler de la réforme de la Pac.

Henri Brichart, vice-président de la FNSEA, était l’invité du conseil de la FDSEA lundi dernier à Angers.

Henri Brichart, vice-président de la FNSEA, était l’invité du conseil de la FDSEA lundi dernier à Angers. - © AA

La réforme de la Pac est actuellement en discussion au niveau européen, avant d'être discutée dans chaque État-membre. Quels sont les points sur lesquels la FNSEA sera intransi-geante ?
Henri Brichart : J'en vois trois : le budget, la convergence et le verdissement. En ce qui concerne le budget, même si la commission a émis des propositions plutôt encourageantes, rien n'est encore acquis. D’ici fin 2012, c'est le montant du budget européen qui sera fixé. Que vont décider, in fine, la commission, le parlement eu-ropéen et les gouvernements ? Quelle somme sera affectée pour la Pac ? Quel sera l'impact de la crise financière et économique ? Cette question de budget est véritablement déterminante, mais nous nous battrons pour cela.

Notamment pour la convergence ?
Là aussi, la discussion est à deux niveaux. Pour ce qui est de la convergence au niveau européen, il faut bien reconnaître que les écarts de soutien à l'hectare sont énormes et je peux comprendre la position des nouveaux États-membres, les Péco, qui souhaitent que cet écart se réduise. La France peut accepter une certaine convergence à condition qu’elle soit maîtrisée et qu’elle tienne compte des parités de pouvoir d’achat. En aucun cas, elle ne doit aller au-delà d’une réduction du tiers de l’écart à 90 % ou alors elle ne sera pas soutenable pour les agriculteurs français.
Quant à la convergence au niveau de chaque État-membre, qui se décide au niveau national ou régional, les dispositions devront être euro-compatibles. Ceci étant, à la FNSEA, nous considérons que ce réajustement doit s'étaler dans le temps. Actuellement le texte prévoit une fin de convergence d’application en 2019 avec un premier palier de 40 % dès 2014. Ce n'est pas tenable.

Les DPU sont donc appelés à disparaître. Il faut oublier l'historique ?
L'historique était basé sur ce que les exploitations produisaient en 2003, voire en 1992.  Les choses ont évolué et la fin de l'historique, en ce sens, n'est pas illogique et elle est inscrite dans la logique communautaire depuis 2003.

À oublier, aussi, le recouplage ?
Les États-membres qui le souhaitent auront un peu de flexibilité pour pouvoir recoupler là où c’est nécessaire mais avec une enveloppe limitée. Sans doute y aura-t-il beaucoup de demandeurs… mais beaucoup moins de satisfaits. Et puis, je vois un danger au recouplage, c'est qu'il serve de prétexte à l'aval pour baisser les prix.

Troisième point sur lequel la FNSEA sera vigilante, le verdissement…
La FNSEA n'est pas opposée à la notion de verdissement, mais le projet de réforme de la Pac y lie un taux d'aides de 30 %, ce qui est excessif. De plus, la simplification des mesures induit un effet pervers sur les conditions d'octroi. Les trois me-sures, diversité des assolements, maintien des prairies permanentes, 7 % de "focus écologique", sont inapplicables pour de nombreux systèmes d’exploitation et réductrices. De plus cette orientation est complètement paradoxale au regard de la préconisation de la commission d'une Pac répondant au défi de la sécurité alimentaire dans le monde. Et j'ajoute qu'elle est très risquée : Dacian Ciolos dit avoir "vendu" ces mesures contre une sécurisation du budget, mais quelle garantie avons-nous ? Imaginons qu'on garde le verdissement et que l'on perde sur le budget ?

Quelle sont les marges de manœuvre sur ces différents points évoqués ?
La FNSEA portera ses revendications et ses propositions à trois niveaux : auprès du gouvernement qui sera aux affaires dès l’été 2012 et en 2013, auprès de la commission de Bruxelles et auprès des parlementaires européens. Et c'est là un changement notoire. Strasbourg a désormais son mot à dire. On a pu voir le rôle qu'ont joué les parlementaires pour l'adoption du mini-paquet lait. Les parlementaires ont une approche qui tient sans doute plus compte des réalités de chaque agriculture. Et puis il nous faut aussi construire des alliances avec les agriculteurs d’autres pays européens : la France ne peut avoir raison toute seule ; nous nous y employons au sein du Copa.

La FNSEA était en séminaire, la semaine dernière, sur ce sujet. Quels étaient les objectifs de cette réunion ?
Cette rencontre a permis aux représentants départementaux, régionaux et de filières, entre les généralistes et les spécialisés, de s'écouter, de s'informer, de prendre de la distance. À l'évidence, il y a convergence de vue sur les questions de budget et du verdissement. Concernant la répartition des aides, nous avons encore à discuter. Il faudra voir jusqu'où aller dans la convergence sans remettre en cause l'équilibre des exploitations. Et on y arrivera d'autant mieux qu'on creusera d'autres pistes comme les facteurs de compétitivité des exploitations, la fiscalité, etc. La tâche est d’autant plus difficile que tous les secteurs sont interdépendants au regard de l’évolution des soutiens.

Craignez-vous que cette réforme de la Pac soit un sujet de division entre les agriculteurs ?
La réforme de la Pac concerne d'abord toutes les exploitations. C'est là le véritable enjeu. Ce projet de réforme est l'un des plus importants. Plus que les autres, il amènera des changements et je souhaite que le monde agricole l'aborde le plus sereinement possible. J'ai confiance dans la capacité des agriculteurs à s'adapter, ce ne sera pas la première fois. Mais je souhaite aussi que cette réforme nous permette de répondre au défi alimentaire mondial dans une perspective durable. Et pour cela, il nous faut des décideurs moins idéologues et plus pragmatiques.

 

Recueillis par M. L.-R.
 

 

 
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le chiffre de la semaine

360 Près de 360 euros pour mille litres de lait.Près de soixante euros de hausse par millier de litres au regard d’environ 300 euros de prix moyen en 2010. Soit une belle progression de 20 % sur un an et demi.