L'Anjou Agricole 26 février 2020 à 10h00 | Par AA

Tour de plaine : Les céréales d’hiver pâtissent de l’humidité

Les conditions météo de cet hiver compliquent fortement la tâche des agriculteurs pour la mise en place et le suivi des cultures d’hiver. Pour les polyculteurs éleveurs, la crainte du manque de paille est réelle. Comment s’adaptent-ils ?

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Apport d’azote sur une parcelle de blé à Saint-Augustin-des-Bois, le 20 février. « Impossible de passer dans la parcelle sans les chenillards de l’entreprise de travaux agricoles », explique l’agriculteur Cédric Davenet.
Apport d’azote sur une parcelle de blé à Saint-Augustin-des-Bois, le 20 février. « Impossible de passer dans la parcelle sans les chenillards de l’entreprise de travaux agricoles », explique l’agriculteur Cédric Davenet. - © AA

« Sur mes terres à petit potentiel, j’ai l’habitude de semer tôt ».  Installé à Saint-
Augustin-des-Bois, l’éleveur Cédric Davenet a implanté ses céréales d’hiver, blé et orge, début octobre. Un accroissement de ses terres disponibles lui a permis, cette année, de doubler sa surface de céréales, 25 ha contre 12 à 13 habituellement. L’éleveur  se donne ainsi pour objectif de réduire sa dépendance en paille (il en achète habituellement près de 100 tonnes). La semaine dernière, il a effectué son premier apport d’azote, 34 unités sur ses cultures. C’est l’ETA Guillot qui est intervenue avec un chenillard pour réaliser cet épandage :  « c’était impossible de passer dans la parcelle sans les chenillards de l’entreprise de travaux agricoles », explique l’agriculteur. En passant à pied  sur les traces du chenillard, il y a laissé ses bottes... « En ce moment, l’entreprise, qui est équipée de 3 chenillards, est overbookée ! ». Les semis précoces et l’humidité risquent de favoriser les maladies : « j’observe de la rouille sur les feuilles de blé, mais heureusement je n’ai pas eu de problèmes de jaunisse sur mes orges ».


Du bois broyé pour compléter la paille
Certains n’ont  pu semer que beaucoup plus tardivement. C’est le cas de Damien Epoudry, à Liré, qui a semé ses cultures d’hiver avec un mois de retard, au  20 novembre, faute de portance des sols. L’assolement a dû être modifié. Les orges d’hiver n’ont pas pu être semées. Au final, 26 ha de blé ont été semés, dont une parcelle de
7 ha, le 23 janvier  : « c’est un essai, avec une variété alternative de printemps. Je l’ai semé en direct sur de vieilles luzernes, explique l’éleveur. Cela nous a montré l’intérêt des couverts végétaux, qui ont quand même absorbé l’excès d’eau et nous ont permis d’entrer dans la parcelle ».
La question de la paille se pose : « normalement, nous sommes auto-suffisants en paille. Si on en manque, nous allons faire broyer du bois de frêne et de saule pour en faire des plaquettes », explique Damien Epoudry. L’éleveur  utilise ces plaquettes de bois seules ou en mélange avec de la paille, pour la litière des génisses.
Christophe Réveillère, éleveur à Bouzillé, a « heureusement pu tout implanter de bonne heure », mais des parcelles sont gorgées d’eau et il craint que les « rendements en soient fortement handicapés ». Les apports d’azote n’ont pas pu se faire sur ses blés : « impossible de circuler, même en quad ! ».


Un tiers de ses surfaces de blé non semées
Au  Gaec Phillipeau, à Sainte-Gemmes-d’Andigné, seuls 50 des 75 ha de blé prévus ont pu être semés. Un manque à gagner pour les agriculteurs, puisque ces 25 ha  non implantés (des terres de bonne qualité mais mal drainées) devaient être commercialisés en cultures de vente.  « Nous n’avions pas de matériel disponible pour semer avant les pluies de fin octobre. Si l’on avait pu semer, cela aurait été pour quel  résultat ? Pour voir la semence pourrir en terre ? » s’interroge Vincent Philippeau. « C’est peut-être un mal pour un bien finalement... ».
Sur son exploitation, Cédric Pichaud a semé ses 20 ha de céréales d’hiver entre le 10 et 14 octobre, mais le blé a souffert d’excès d’eau, notamment sur 4 ha de terres hydromorphes. Sur ces surfaces, les blés sont à fin de tallage début de redressement. Sur le reste, la végétation est plus avancée, « on commence déjà à voir les épis, ils seront à “épi 1 cm” dans peu de temps ».  L’agriculteur a des difficultés à intervenir au bon stade, il repousse sans cesse les chantiers  de désherbage et d’engrais par crainte de creuser des ornières. « C’est particulièrement compliqué cette année, et cela malgré le fait que mes sols aient gagné en portance car je ne laboure plus depuis 2 - 3 ans », témoigne-t-il.


Plus de paille disponible pour vendre aux voisins
Dans le Baugeois, à Genneteil, Yvan Poirier a semé 45 ha sur les 50 ha prévus. Les semis se sont faits en trois fois : une partie au mois d’octobre une autre fin novembre et une dernière le 11 janvier.  « Ce qui est levé n’est pas mal, mais il y a beaucoup de trous, et cela va avoir une énorme incidence sur le rendement », observe l’éleveur laitier. Aucune intervention, désherbage ou engrais, n’a encore pu être effectuée sur ses terres. Quant aux 5 ha non ensemencés en blé, ils seront finalement consacrés à du tournesol au printemps. L’agriculteur pourra subvenir à ses besoins en paille, mais il ne pourra pas, en revanche, en vendre à ses voisins, comme à son habitude. Tout un équilibre d’échanges risque d’être bousculé.

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