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Syndicalisme
Devant la FRSEA, Xavier Beulin défend une Pac ambitieuse et régulatrice

Pour la FRSEA, la Pac devra permettre de maintenir une agriculture productive, respectueuse de l’environnement, régulée et équitable. Elle l’a réaffirmé à son assemblée le 19 mars.

La FRSEA a tenu son assemblée générale vendredi 19 mars, à Angers, sur le thème de la Pac. (Christiane Lambert, vice-présidente FRSEA et FNSEA, Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA et Joël Limouzin, président de la FRSEA).
La FRSEA a tenu son assemblée générale vendredi 19 mars, à Angers, sur le thème de la Pac. (Christiane Lambert, vice-présidente FRSEA et FNSEA, Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA et Joël Limouzin, président de la FRSEA).
© AA

Quelle Pac pour les années 2014-2020 ? Parce que « c’est maintenant que les choses importantes se décident », comme l’a rappelé Christiane Lambert en ouverture de l’assemblée générale, vendredi dernier, la FRSEA a mis l’avenir de la Politique agricole commune au centre de son rapport d’orientation. La future Pac, le syndicat la veut « ambitieuse et régulatrice » : elle doit à la fois assurer la fourniture de biens alimentaires sécurisés, l’indépendance alimentaire de l’Europe, contribuer à l’économie européenne, protéger contre les distorsions de concurrence et l’instabilité des marchés, assurer un revenu aux agriculteurs, garantir l’équilibre des territoires, protéger la biodiversité... Pour remplir toutes ces missions, il lui faut des moyens. C’est pourquoi, face au mouvement de dérégulation et de diminution du budget consacré à l’agriculture en Europe, « l’existence même d’une politique agricole, d’une intervention de la puissance publique nous semble plus que jamais indispensable et d’actualité », affirment les élus FRSEA.

100 euros par citoyen
La Pac ne coûte à chaque citoyen européen qu’environ 100 € par an, rappelle la FRSEA : « Est-ce un prix excessif pour tous les services que l’agriculture rend à chacun ? » Pour Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA, invité de l’assemblée, il est essentiel de « faire reconnaître l’utilité d’une politique agricole en Europe. Nous veillerons à ce que ce ne soient pas que quelques outils et peu de budget ». Une politique ambitieuse, donc, et régulatrice : « Nous demandons une harmonisation sur l’environnement, les phytosanitaires, l’énergie ». Une politique plus partagée aussi : alors que sur les quarante dernières années, les agriculteurs étaient habitués à ce que l’essentiel des mesures passe par Bruxelles, « il faudra désormais trouver une articulation à plusieurs niveaux, poursuit Xavier Beulin, à l’échelle européenne, nationale et des filières ». Une chose est sûre, la Pac entre dans une ère nouvelle : une Europe élargie à 27, à la gestion plus compliquée, un poids plus important du parlement, une France qui devient contributrice nette alors qu’elle était jusque-là bénéficiaire nette, une Pac qui doit répondre à de nouvelles demandes alimentaires, sociales et sociétales.

Flexibilité des aides directes
Assurer un revenu aux producteurs, un des objectifs fondamentaux du Traité de Rome de 1957, est une priorité réaffirmée par la FRSEA, en ces temps de revenus à la baisse. Mais la FRSEA est prête à voir évoluer les soutiens. Elle est favorable à un système où les aides directes devraient dépendre de la situation économique de la production : plus hautes en cas de crise, plus faibles en cas de marge potentielle élevée. Elle est, en revanche, opposée aux DPU uniques en Europe, qui renforceraient les distorsions de concurrence au sein de l’Union. Elle est ouverte aussi au basculement d’une partie des aides directes vers les nouveaux systèmes de régulation, type assurances et
renforcement des organisations de producteurs. Elle souhaite l’accentuation des mécanismes permettant de prendre en compte les actifs. Elle réfléchit également à l’idée d’une aide de base par hectare, à laquelle s’ajouteraient des aides additionnelles ou des bonifications : bonnes pratiques, mesures en faveur de la biodiversité… « Cette formule représenterait un virage à 180° par rapport à l’esprit actuel du 2e pilier de la Pac, a résumé Xavier Beulin. Le contrat serait dans un autre sens, on transformerait les contraintes en incitations ».
La Politique agricole commune « doit rester une politique économique », souligne la FRSEA, et garder des outils de gestion de marché efficients, des outils de crise et des filets de sécurité. Or, les pouvoirs publics européens et français « portent leur entière responsabilité » dans l’abandon des outils de gestion de la production (fin des quotas laitiers…) et la FRSEA attend qu’ils sécurisent les nouveaux outils de gestion qu’il faudra mettre en place, au niveau européen où le droit de la concurrence reste d’une extrême rigidité et au niveau français avec la LMA (Loi de modernisation de l’agriculture). 

« Des devoirs à respecter »
La LMA, justement, a été largement abordée. « Il ne s’agit pas de faire des ententes sur les prix, mais de développer un rapport de force plus équitable entre les maillons des filières, en renvoyant de la valeur vers l’amont », a précisé Xavier Beulin. Et le responsable professionnel d’appeler les agriculteurs au sens des responsabilités : « Nous ne voulons pas n’être que des producteurs de matière première, mais bien des maillons essentiels ». Dans cette perspective, les producteurs auront « des devoirs à respecter », a-t-il insisté, notamment en ce qui concerne les contrats passés. Pas question de voir se renouveler la situation de 2007 où, le cours des grains étant au plus haut, « le sport national était devenu la dénonciation des contrats ». « On ne peut pas refuser l’engagement contractuel quand la situation se redresse. C’est une question de devoir ». Comme l’exprimait un agriculteur participant à l’assemblée, « il faudra de la discipline ». Les agriculteurs attendent aussi de la LMA une sécurité dans les relations commerciales et des sanctions pour les distributeurs qui ne respecteraient pas leurs engagements. Ils attendent, enfin, le renforcement des interprofessions. « En lait, il faudra un collège de la production solide pour constituer un contre-pouvoir », concluait-il, en écho aux difficultés rencontrées aujourd’hui même au sein de cette interprofession (lire en page 3).

S.H.

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