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Distorsions de concurrence 
Le "banquet de la honte" dressé devant la préfecture 

Dans le cadre d'un appel national à mobilisation, des adhérents de la FDSEA et de JA49 ont dénoncé, vendredi 26 septembre à Angers, les distorsions de concurrence qui pèsent sur l'agriculture française et ont réaffirmé leur opposition à la signature de  l'accord UE-Mercosur. 

D'un côté, une table "de la honte" avec des produits importés achetés chez différents distributeurs locaux : des blancs de poulets de Thaïlande, des haricots verts du Kenya, des noisettes de Turquie, des fleurs des Pays-Bas, des produits à l'origine inconnue, ou encore un produit anti-blattes et cafards à base d'acétamipride...

De l'autre côté, une table avec des produits bruts ou transformés issus de l'agriculture angevine. Pour la FDSEA et JA, le message est clair : "nous voulons renvoyer le concitoyen français devant ses contradictions. Ses exigences envers la production agricole ne sont pas respectées dans son acte d'achat", déplorait Emmanuel Lachaize, président de la FDSEA 49. Des exigences qui se sont notamment manifestées au travers de la pétition contre la loi Duplomb, qui a rassemblé plus de 2 millions de signatures. 

Compotes avec ou sans acétamipride ?

S'il est un secteur qui souffre particulièrement de ces distorsions, c'est l'arboriculture, dont plusieurs représentants étaient mobilisés pour cette action. "Entre 25 et 30 % de pommes importées alimentent les usines françaises de transformation, soit 80 000 tonnes de pommes par an", constate le producteur angevin Eric Sarazin, qui fabrique ses propres compotes au verger. En production fruitière intégrée depuis 25 ans, en bio sur une partie de sa production depuis 20 ans, ce professionnel soulignait le décalage qu'il y a entre les demandes et exigences des Français (évoquant "les 2,3 millions de pétitionnaires") et la réalité économique sur des exploitations comme la sienne, pourtant engagées de longue date dans des démarches agro-écologiques : "aujourd'hui, sur mon verger, on va arrêter le bio car on perd de l'argent !". 

Les producteurs ont mis l'accent sur leurs difficultés de produire avec de moins en moins de molécules -notamment l'acétamipride-, alors même que le réchauffement climatique accentue la pression des ravageurs, comme le puceron cendré (lire aussi p.7). Une situation face à laquelle l'arboriculteur Sylvain Kupperroth ne cache pas son agacement : "les compotes françaises que vous voyez ici sont sans acétamipride, glisse-t-il au préfet. Les Français ont décidé massivement que ce ne soit pas autorisé en France. Par contre, dans tous les pots de compotes importées, il y en a et ça, cela ne dérange personne ! Les Français vont l'acheter et le consommer, mais nous, producteurs français, n'avons pas le droit d'utiliser le produit, alors que l'on a de grosses difficultés dans nos vergers avec les pucerons". Une illustration très concrète de la distorsion de concurrence. "Pourquoi les étrangers ont le droit de vendre (leurs produits) dans les rayons de supermarché du coin, et que nous, nous sommes des empoisonneurs et des criminels si nous utilisons ce produit interdit ?, interroge l'arboriculteur. Soit on interdit les importations qui autorisent ce produit, soit, on l'autorise ici. Ce n'est pas possible qu'il y ait deux poids, deux mesures". 

De moins en moins de moyens de lutte

Sentiment d'injustice et découragement dominent chez les professionnels de l'arboriculture : "on ne voit pas la solution, résume Sylvain Kupperroth... Cela va se compliquer au fur et à mesure des années. On a encore quelques anciens produits qui vont passer à la trappe. Les solutions naturelles n'existent pas ou peu, sont deux à trois fois plus chères, et deux à trois fois moins efficaces. Donc nous allons être dans l'impasse". 

S'adressant au préfet Philippe Chopin ayant répondu à l'invitation des agriculteurs à ce "banquet de la honte", Emmanuel Lachaize a souligné l'étendue des distorsions de normes qui pèsent sur les exploitations hexagonales : "cela ne s'arrête pas uniquement à des produits phyto-pharmaceutiques. Il s'agit aussi de normes en termes de bien-être animal, de conditions et de coût du travail, d'installations classées pour s'installer ou développer une entreprise, de gestion de l'eau...".

"Ne pas ratifier le Mercosur"

Concernant l'accord Mercorsur, Emmanuel Lachaize s'est fait le porte-parole des agriculteurs auprès du préfet, et a redit l'enjeu qu'il y a pour la France à s'opposer à l'accord : "nous redisons au chef de l'Etat que l'on compte bien sur lui pour ne pas le ratifier. Si la France ne garde pas sa position, les quelques pays qui la suivent n'auront pas assez de force pour emporter un non sur cet accord, avec toutes les conséquences que l'on peut attendre en termes de normes et de déstabilisation de filières, animales comme végétales". Le Préfet Philippe Chopin a assuré "faire remonter" toutes les revendications. Les agriculteurs ont également échangé avec les deux parlementaires qui avaient fait le déplacement, les sénateurs Stéphane Piednoir et Grégory Blanc. Un échange s'est aussi improvisé avec une classe de 3ème : "en tant que consommateurs, vous avez un vrai pouvoir", leur a dit Anthony Ménard, secrétaire général de la FDSEA.

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