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Phytos
Le Gaec de la Jalumière diminue l’usage des phytos grâce au binage

Dans les Pays de la Loire, 128 agriculteurs cherchent des solutions en groupe au sein du réseau Dephy.

Gaëtan Delloin (Gaec de la Jalumière), membre d’un groupe Dephy de polyculteurs-éleveurs du Bassin de l’Oudon et Samuel Guis, conseiller agronomie Chambre d’agriculture.
Gaëtan Delloin (Gaec de la Jalumière), membre d’un groupe Dephy de polyculteurs-éleveurs du Bassin de l’Oudon et Samuel Guis, conseiller agronomie Chambre d’agriculture.
© AA

Le Gaec de la Jalumière, à Vern-d’Anjou, dans le bassin versant de l’Oudon, fait partie, avec huit autres exploitations, d’un des groupes du réseau de fermes Dephy* Écophyto. L’exploitation ouvrait ses portes au public agricole le 25 novembre, dans le cadre de huit rendez-vous Dephy organisés par les Chambres d’agriculture des Pays de la Loire. Gaëtan Delloin et ses parents, éleveurs de bovins allaitants, réfléchissent depuis plusieurs années déjà aux possibilités de réduire la dépendance aux phytosanitaires. L’exploitation compte 175 hectares, dont 22 en maïs, 50 en blé et le reste en prairies. Les traitements sont raisonnés : “J’aime être autonome dans la reconnaissance des maladies et des mauvaises herbes. J’ai pris l’habitude de consulter le BSV (Bulletin de santé du végétal) avant d’envisager tout traitement”, a expliqué Gaëtan Delloin.

Une bineuse en Cuma
Le Gaec ne s’engage pas seulement dans la réduction des doses, qui constitue le niveau 1 d’engagement du réseau Dephy. Il a aussi remplacé une partie du désherbage chimique par une méthode mécanique, ce qui correspond au niveau 2 de l’engagement. (Le niveau 3, quant à lui, engage vers une reconception globale du système de culture).
Le Gaec de la Jalumière s’est lancé depuis trois ans dans le binage du maïs, une expérience pour l’instant plutôt satisfaisante : “Nous avons réussi à avoir du maïs propre, se réjouit le jeune agriculteur. Et le binage, en reminéralisant le sol en surface, a un impact positif sur la culture”. Une bineuse a été achetée en Cuma. Le seul inconvénient reste celui du temps de travail : sur un hectare de surface, il faut compter une heure à une heure trente pour un binage, comparé à 10 minutes pour le passage d’un pulvérisateur.
“Dans le groupe, les agriculteurs font déjà beaucoup de choses très intéressantes, en matière de réduction des doses, de rotations... Grâce à Dephy, on peut quantifier la diminution de produits phytosanitaires utilisée grâce à un indicateur pédagogique, l’IFT, indice de fréquence de traitement”, explique Samuel Guis, conseiller agronomie. Une réduction réalisée avec toujours, en ligne de mire, le maintien de la performance technique et économique des exploitations.

 

S.H.
*Démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en phytosanitaires.


Plus de 140 000 stages en dix-huit mois

L’éclatant succès de Certiphyto

Dix-huit mois après le lancement et au terme de la phase expérimentale, les formations Certiphyto ont enregistré un succès inattendu. Depuis son lancement fin 2009, 141 612 personnes ont bénéficié de cette formation, distributeurs, conseillers, professionnels des produits phytopharmaceutiques et surtout les agriculteurs, dont “beaucoup venaient pour la première fois en formation” observe Christiane Lambert, la présidente de Vivéa.
Pas moins de 434 organismes de formation se sont mobilisés, Chambres d’agriculture, coopératives, FDSEA, Maisons familiales… Une enveloppe de 36 millions d’euros a été débloquée, dont 25,6 millions par Vivéa, le solde provenant de fonds européens et de FranceAgrimer. 
Les Pays de la Loire arrivent en tête des régions en nombre d’agriculteurs formés : environ 12 000 agriculteurs lors de 1 111 formations.
En Maine-et-Loire, la FDSEA a formé 417 personnes lors de 34 journées initiales avec QCM et neuf journées complémentaires.

Échéance : fin 2014
Une enquête conduite par BVA auprès d’un échantillon représentatif de 610 agriculteurs stagiaires souligne que la formation répond à un besoin et qu’elle révèle un taux de satisfaction élevé (93 %). 60 % des personnes
interrogées appartiennent aux secteurs de production les plus gourmands en phytos. À savoir les grandes cultures et la viticulture.
Jean-Marc Bournigal, le directeur de cabinet de Bruno Le Maire, a confirmé le soutien du ministère de l’Agriculture. Le chantier est immense. 800 000 personnes, dont 600 000 agriculteurs devront détenir le précieux sésame Certiphyto fin 2013 pour les conseillers et les distributeurs et fin 2014 pour les exploitants agricoles.

interview Jean-Loïc Landrein

 

Président du comité de pilotage écophyto et agronomie

Partager les pratiques et réduire les phytos

En quoi consiste le réseau Dephy Fermes ?
Jean-Loic Landrein : Ce dispositif fait partie du plan Écophyto 2018 issu du Grenelle de l'environnement. Rappelons que l'objectif du plan Écophyto est la réduction, pour 2018, de 50 % de l'utilisation des produits phytosanitaires. Parallèlement à cela, un certrain nombre d'actions est mise en œuvre comme le réseau Dephy (réseau de démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en  phytosanitaires).

Que représente ce réseau dans la région ?
À ce jour, près de 130 agriculteurs sur la région des Pays de la Loire ont choisi de s'investir dans la démarche. Les  expérimentations et démonstrations réalisées pourront être diffusées et vulgarisées vers les autres agriculteurs pour démontrer que les pratiques permettent d'utiliser moins de phytosanitaires. On compte  13 réseaux déjà opérationnels depuis le début de l'année dans la région des Pays de la Loire et ce, dans différents domaines : la polyculture-élevage, les grandes cultures, l'arboriculture, le maraîchage et la viticulture.

Quels engagements prennent ces agriculteurs qui rejoignent le réseau ?
Ces agriculteurs essaient d'appliquer un niveau d'IFT (niveau de fréquence de traitement des produits phyto) à 70 % de la moyenne régionale, c'est à dire la moyenne de l'utilisation des agriculteurs de la région. Et cet objectif doit être atteint sous deux ans. Ceci dit, il ne s'agit pas d'une démarche nouvelle puisque la conjoncture économique a conduit les agriculteurs à réduire leurs dépenses. Et au delà de l'objectif fixé dans Écophyto, c'est une réflexion plus globale de l'exploitation qui se met en place en associant l'agronomie, l'observation, la réduction des phytos, l'allongement des rotations, etc.

Un exemple concret de ces pratiques ?
L'observation est un bon exemple. Une surveillance biologique du territoire a été mise en place. Il s'agit d'une observation hebdomadaire de l'ensemble des bioagresseurs des plantes : quelle présence, quelle évolution… Cet indicateur constitue, pour les agriculteurs et ceux du réseau, un outil d'aide à la décision quant à l'intervention ou pas, en fonction de l'agressivité de cet agresseur. C'est une méthode à la fois simple et efficace. 

Quel est l'intérêt de faire partie du réseau Dephy ?
Les agriculteurs partagent des expériences entre eux, discutent des avantages et des inconvénients. Cela permet aussi d'être leader et de montrer que les choses peuvent évoluent. Faire partie de ceux qui avancent et le partager avec les autres est très valorisant. 


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