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Productions spécialisées
Nouvelle passe d’armes pour les producteurs d’échalotes traditionnelles

Le conflit de reconnaissance botanique de l’échalote est relancé. Des essais mettent en cause la conformité de l’échalote issue de semis.

En 2007, la filière a obtenu l’étiquetage “échalotes traditionnelles”.
En 2007, la filière a obtenu l’étiquetage “échalotes traditionnelles”.
© AA

Nouveau coup dur pour les producteurs d’échalotes traditionnelles : ils viennent d’apprendre que l’échalote issue de semis vendue actuellement sous cette appellation est en fait…  de l’oignon. Un déboire qui vient s’ajouter à une longue liste suite à l’apparition sur le marché de l’échalote issue de semis, développée par un semencier hollandais, dans les années 90. Depuis, la filière n’a cessé de réclamer auprès des instances européennes la reconnaissance de l’échalote traditionnelle. En 2007, elle a obtenu l’estampillage “échalote traditionnelle”, l’échalote issue de semis devant elle faire figurer cette mention sur son étiquetage.

Protocole technique non respecté

Mais des essais conduits par le Geves (Groupe d’études et de contrôle des variétés et des semences) viennent de montrer que les trois principales variétés d’échalote de semis commercialisées n’ont pas respecté le protocole technique de l’OCVV (Office communautaire des variétés végétales). Leur caractère aggrégatum, propre à l’échalote,  est inférieur au seuil fixé par la réglementation.
Les producteurs d’échalote traditionnelle estiment que le préjudice qu’ils subissent  est important. “La profession est inquiète car c’est une concurrence déloyale, notamment à l’international. Et à terme cela met en danger toute la production d’échalote traditionnelle.”, souligne Jacky Bréchet, technicien à Fleuron d’Anjou. “Sans compter que le consommateur est lui aussi trompé”.
Quelle suite va être donnée à l’affaire ? La section nationale Échalote a d’ores et déjà saisi le ministre de l’Agriculture. Les producteurs réclament le retrait des variétés concernées du catalogue européen et
l’interdiction immédiate de la commercialisation des graines et de la récolte. Maigre consolation pour les producteurs de l’Anjou : leur demande de reconnaissance en  IGP  (Identification géographique protégée) suit son cours, mais elle ne devrait pas aboutir avant deux ans.

D. J.

Témoignage

« 15 à 20 % du chiffre d’affaires de l’exploitation »

Agriculteur à Charcé-Saint-Ellier-sur-Aubance, Thierry Chaillou est un des 33 producteurs d’échalote de la coopérative Fleuron d’Anjou. Installé avec trois associés sur une exploitation de 200 ha, il cultive principalement du maïs semence, des semences potagères et des céréales.
Et 9 ha d’échalote, dont 5,5 ha d’échalote de conservation et 3,5 ha d’échalote destinée à la multiplication. Le cycle de production d’un plant certifié d’échalote est de cinq ans. Thierry Chaillou met en culture la première et la cinquième année pour la coopérative. Pour la récolte des échalotes, il emploie une quarantaine de saisonniers. Cette activité représente 15 à 20 % du chiffre d’affaires de l’exploitation.

INTERVIEW

Trois questions à Yvan Battais, producteur à Saint-Mathurin-sur-Loire

Comment s’annonce ce début de campagne ?
Yvan Battais : Nous avons commencé la récolte de l’échalote précoce il y a deux ou trois semaines. La première semaine, les cours étaient plutôt satisfaisants. Mais comme le cours baisse et que l’on passe de plus en plus de temps dans les parcelles, la rentabilité s’effrite. Rappelons que nos charges globales à l’hectare sont de 7 à 8 000 euros. Le spectre de la crise de 2008, où le règlement producteur était tombé à de 0,15 €/kg, est quand même loin et nous sortons de deux années plutôt satisfaisantes en terme de rémunération.

Et concernant la production ?
Nous sommes tributaires de la production de la Bretagne. Or, elle a 8 à 10 % de surface en plus par rapport à l’an passé, ce qui nous inquiète un peu. Ils ont connu un mois d’avril-mai sec mais ils ont eu un peu d’eau en juin, ce qui laisse augurer des rendements moyens. Nous, nous  avons été moins pénalisés par le climat, grâce à l’irrigation. Le temps sec et le vent entraîne moins de problèmes sanitaires, ce qui nous a permis de réduire quasiment les traitements par deux. Nous devrions augmenter un peu le rendement moyen de la coopérative cette année. La production risque d’être importante et nous espérons que le marché ne sera pas saturé. Le contexte est toutefois différent de l’an passé puisque la campagne redémarre avec des stocks quasiment vides, alors que l’année dernière il restait plus de 1 000 tonnes quand nous commencions à arracher.

Que pensez-vous de ce  nouveau rebondissement dans l’affaire de l’échalote issue de semis ?
Cela fait huit ans que l’on se bat contre l’échalote de semis et nous n’avons pas l’intention de baisser les bras. Nous avons fait des essais ici et ce produit n’a vraiment rien à voir avec de l’échalote traditionnelle.

Propos recueillis par Delphine Jégo

L’échalote précoce arrive sur les étals

Survenue avec une quinzaine de jours d’avance, la récolte de l’échalote précoce touche à sa fin. À la différence de l’échalote de conservation commercialisée onze mois sur douze, l’échalote nouvelle est directement envoyée à la station de conditionnement de Mazé, après arrachage. Vendue sans les fanes, elle a une couleur plus claire que l’échalote de conservation.  L’échalote précoce est disponible à la vente pendant trois semaines environ.
L’échalote de conservation, dont l’arrachage va commencer début juillet, est elle séchée pendant 15 jours à 3 semaines  sur les parcelles. La disposition en andains permet au feuillage de protéger les bulbes des brûlures du soleil. C’est cette période de séchage au champ qui leur donne leur couleur cuivrée.
Chaque année, la coopérative Fleuron d’Anjou commercialise environ 3 200 tonnes d’échalote auprès des GMS et des grossistes, dont à peu près 100 tonnes d’échalote précoce. 47% de la production d’échalote est destiné au marché français, 40 % au marché européen (Allemagne, Belgique, Angleterre) et 10 % à l’Amérique du nord. La région Val de Loire est le 2e producteur français après la Bretagne.

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