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Après sept années de baisse, le revenu agricole moyen en hausse de 15 %

Le revenu agricole moyen calculé par l'Insee cache de grandes disparités. Les résultats production par production et les commentaires des responsables professionnels locaux.

Petites productions, prix élevés, achats en réduction : telle est l’équation qui aboutit à un revenu agricole en nette hausse pour 2006 comparé à 2005, exception faite pour la production ovine, la viticulture et l’aviculture. C’est particulièrement vrai des grandes cultures pour lesquelles le revenu progresserait de
35 %. Les récoltes de céréales sont en baisse, soit du fait de la réduction des surfaces, soit du fait de la sécheresse, soit à cause des deux phénomènes. Les prix s’envolent selon l’Insee, qui évoque une progression de 25 % pour le blé tendre. Une hausse largement due, aussi, aux conditions du marché mondial. Les prix sont également fermes pour les protéagineux et les oléagineux, ceux du colza étant notamment tirés par la demande nouvelle en biocarburants.

La viticulture demeure en difficulté
La conjoncture a été également favorable pour les fruits et légumes. La chaleur estivale qui s’est manifestée tôt dans la saison a permis de positionner les prix de manière élevée. La stabilité des volumes produits et une demande soutenue ont également permis aux prix des légumes de progresser. Du coup, la progression affichée du revenu de l’arboriculture fruitière atteint 34 % cette année et 18 % pour l’ensemble maraîchage et fleurs. Seul parmi les productions végétales, le secteur de la viticulture affiche triste mine. Si la production continue à diminuer, le marché reste toujours excédentaire et surtout soumis à des problèmes de commercialisation. Les vins d’appellation d’origine ont presque sauvé l’année mais les vins deconsommation courante sont toujours dans une situation difficile, les revenus de leurs producteurs étant en baisse de 34 % par rapport à 2005.

Hausse pour les bovins
La situation de l’élevage est également contrastée. Pour la deuxième année consécutive, le revenu des éleveurs de bovins paraît en hausse. Le volume de production est stable, voire en régression pour certains secteurs comme le veau. Les cours sont en progression pour la viande bovine tandis que le prix du lait est, lui, en net repli. Celui-ci a cependant été compensé par l’aide directe laitière. Au total, le revenu des éleveurs de bovins à viande progresserait de 10 % et celui des producteurs de lait de 8 %. Pour leur part, les producteurs hors sol ont connu des résultats inégaux. La production porcine a bénéficié de prix
élevés en milieu d’année tandis que les producteurs de volaille ont subi l’épilogue de la crise aviaire. Au total, le hors-solbénéficie de revenus en hausse de 12 % mais elle est loi de rattraper le déficit des années antérieures. La moyenne triennale 2004-2006 est en baisse de 23 % par rapport à la moyenne 2001-2003. Plus préoccupant, le revenu des producteurs d’ovins se réduit de 2 % après quelques années de baisse. Le volume de production se réduit tandis que la pression des importations est toujours aussi forte. Tous ces résultats montrent à quel point maintenant le revenu agricole est maintenant dépendant des équilibres de marché et non des politiques agricoles émanant de Bruxelles.

Le rôle des prix de marché
Le revenu est aussi largement déterminé les évolutions des consommations de produits nécessaires à l’agriculture, ce qu’on appelle les intrants. Leurs prix ont augmenté, note l’Insee qui met en évidence la hausse des produits pétroliers (8,5 %) ainsi que ceux des engrais qui en dépendent (engrais azotés). Cependant, la consommation en volume des engrais est en baisse (-10 %), pour des raisons tant économiques qu’agronomiques. Les achats de produits phytosanitaires sont également en réduction. Premier poste de consommation, les dépenses en aliments du bétail diminuent de 1 %. La hausse des prix consécutive à celle des céréales et oléagineux y est compensée par une baisse des volumes destinés aux porcs et volailles.

Pour les responsables professionnels angevins, ces résultats sont à analyser avec recul. Jean-Paul Piet voit dans ces chiffres « un avenir meilleur », mais le secrétaire général de la FDSEA, souligne toutefois
« le rattrapage partiel » depuis 1998. De plus, « même s’il faut se féliciter de cette hausse, cette moyenne cache des écarts et les évolutions restent fragiles ». Pour Didier Prouteau, arboriculteur à Thouarcé, « la hausse de 34 % rattrape la chute de 35 % de 2005. Ces chiffres permettent tout juste de couvrir nos coûts de production » . L’arboriculteur reste optimiste, mais prudent sur les possiblités à l’export. « On jugera en fin de campagne ». En viande bovine, Alain Denieulle affiche sa satisfaction mais souligne les disparités entre les systèmes : « les naisseurs ont bien profité de l’embellie. Pour les engraisseurs, le maigre est cher et les prix du gras n’ont pas forcément suivi ». L’éleveur s’inquiète aussi de la baisse des aides et de la modulation. En production porcine, « tout allait mieux depuis deux ans », confirme Gérard Bourcier, même si « la moyenne triennale reste négative et cette courte amélioration n’a pas permis d’engager le renouvellement des bâtiments ». Jean-François Ramond reste surpris des résultats en aviculture. « Il faut ramener les chiffres aux productions par espèces : la dinde ou le pigeon connaissent encore de grandes difficultés. » Pour les ovins, Jean-Marc Gaborit constate : « 5 euros en moins sur les brebis, fin des CTE ovins, impact de la sécheresse sur la productivité : nos systèmes ne résisteront pas sans les aides », estime le responsable professionnel. « Les 8 % de hausse en production laitière ne proviennent pas de la recette laitière, mais des sous-produits de la vente de la viande et des céréales », estime pour sa part Alain Cholet, président de la FDL qui ajoute : « les revenus laitiers varient aussi en fonction du niveau de la flexibilité » . En maraîchage, André Mabileau confirme la bonne tenue des résultats, tout en soulignant la fragilité des résultats : « la situation peut basculer à l’automne, si la demande ne repart pas »,
observe-t-il. « La consommation est très tributaire du climat et les fruits et légumes restent cher pour le consommateur. » La multiplicité des appellations, la bonne tenue des rosés et des fines bulles... ont permis à la viticulture d’Anjou et de Saumur d’être moins touchée par la baisse des revenus, estime Olivier Lecomte, le secrétaire général de la fédération viticole. Toutefois, la baisse de la consommation risque, à terme, d’avoir un impact sur la vente directe qui représente globalement 45 % de la commercialisation des vins de la région. Sachant que certains viticulteurs sont totalement en vente directe. En céréales, « cette hausse de 5 % fait suite à une baisse de 13 % », relativise Michel Masse. « Et les rendements angevins ont été affectés par la sécheresse » . Si, certes les prix s’emballent, le responsable grandes cultures de la FDSEA s’inquiète aussi des répercussions que cette hausse pourrait avoir sur les autres productions.


 Réactions :

"Nous rappellons notre attachement à trouver dans les prix de vente à la production l’essentiel des résultats des exploitations agricoles.", estiment  la FNSEA et les Jeunes agriculteurs. Ces 15 % d’augmentation du revenu des exploitants agricoles «ne doivent pas constituer l’arbre qui cache la forê̂t ». Ce résultat est dû notamment au redressement conjoncturel d’une majorité des prix à la production.
Il ne faudrait pas que l’année 2006 fasse oublier une réalité vécue depuis des années par le monde agricole caractérisée par des revenus aléatoires et un manque de lisibilité chronique
", ajoutent les deux centrales syndicales.
De son côté l’Apca estime que les revenus agricoles pour 2006 « sont un rattrapage partiel des baisses antérieures ». L’Apca évoque le chiffre de 8,6 % qui correspond à la hausse du résultat agricole net par actif (salarié et non salarié), chiffre qui ne permet pas « de retrouver le niveau atteint en 1998 ; le retard serait encore de 16 % ».



Moyenne : En moyenne triennale, les revenus des trois dernières années sont en baisse de 4 % par rapoort
à la période 2001-2003. 
Sans compter de fortes disparités d’une production à une autre
(source Insee).

Évolution du revenu net d’entreprise agricole en 2006-2005
Autres grandes cultures + 44 %
Céréales et oléoprotéagineux + 35 %
Fruits + 34 %
Polyculture + 23 %
Maraîchage et fleurs + 18 %
Bovins mixtes + 17 %
Moyenne des exploitations + 15 %
Hors sol + 12 %
Bovins viande + 10 %
Bovins lait + 08 %
Ovins - 02 %
Vins AOC - 10 %
Vins non AOC - 34 %

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