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Irrigation
Aubance : la gestion collective volontaire se met en place

37 exploitations situées dans le bassin versant de l'Aubance se lancent cette année dans la gestion collective de l'irrigation. L'objectif est de maîtriser les prélèvements afin de limiter les impacts sur le débit de la rivière.

D'une superficie de 205 km2, le bassin versant de l'Aubance, situé au sud d'Angers, prend sa source à Louerre. Son fonctionnement hydrologique repose essentiellement sur deux nappes du Cénomanien : l'une captive et l'autre libre. La nappe profonde, "structurellement équilibrée", est la principale ressource des prélèvements réalisés pour les besoins de la production agricole locale.

Démarche volontaire

Mais depuis les conclusions d'une étude du BRGM (bureau de recherches géologiques et minières) datant de 2012, et les résultats d'une étude de connexion des forages situés à moins de 100 m de l'Aubance, l'association des irrigants Sud Loire Aubance cherche des solutions pour limiter l'impact des prélèvements sur le débit de la rivière.

L'une d'elles est la mise en place d'une gestion collective sur le bassin versant afin de maîtriser l'ensemble des prélèvements. "Il s'agit d'une démarche volontaire, souligne Nicolas Pihée. Et l'ensemble des irrigants de la zone l'ont intégrée". Les 37 exploitants, via l'association des irrigants, ont présenté une demande groupée d'autorisation temporaire de prélèvements auprès de la préfecture en décembre dernier. L'arrêté a été officiellement publié le 7 avril 2026. Il stipule les volumes prélevables dans la nappe libre en période estivale (277 400 m3), dans la nappe captive (1 439 200 m3) et dans les eaux superficielles et nappes d'accompagnement en période hivernale (765 000 m3).

"Tout est transparent dans la démarche, rappelle le conseiller de la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire, structure mandataire de la gestion collective. Mais contrairement à la gestion en OUGC, chacun reste détenteur de son volume personnel". Le plan de répartition, construit par le comité technique, s'est basé sur les historiques des prélèvements maximum avant 2015 des exploitations par culture et les demandes individuelles des adhérents.

Céréales et semences

Parmi eux, Joël Chenuau, producteur de céréales et de semences (luzerne, maïs, chanvre) à Charcé-Saint-Ellier, commune déléguée de Brissac-Loire-Aubance, dispose de 70 ha irrigables sur son exploitation. Mise en place par ses parents en 1986, pour produire des semences, l'irrigation repose sur un forage qui pompe l'eau de la nappe profonde et une réserve d'eau tampon. Aujourd'hui, l'irrigation est principalement destinée à la culture de maïs semences (16 ha cette année), mais aussi au chanvre semences. "Parfois, je fais quelques tours d'eau sur les blés, quand le printemps est sec comme cette année, mais c'est le maïs qui a besoin de plus de régularité dans les apports, explique Joël Chenuau. Cela permet d'assurer la continuité du développement de la plante, et de lisser le travail de castration ensuite". Équipé d'un compteur et de sondes capacitives, Joël Chenuau contrôle et adapte ses apports en saison. "L'idée est de ne pas gaspiller la ressource", argumente-t-il. De même, il privilégie les apports d'eau la nuit.

Restrictions sécheresse

Contrairement à d'autres agriculteurs du bassin versant de l'Aubance, son forage, déconnecté de la nappe superficielle, ne pose pas de problème. "Je ne suis pas soumis aux restrictions liées aux seuils de ce bassin versant, reconnaît-il. Mais j'ai été concerné comme les autres par la sécheresse en 2022". L'enjeu pour Joël Chenuau est de voir plus loin et d'assurer la pérennité de son exploitation. "C'est pour cela que je veux jouer le jeu de la gestion collective, justifie-t-il. Autant anticiper les conséquences du changement climatique sur notre activité".

Cultures maraîchères

La même motivation anime Pierre Lefrand, maraîcher à Grézillé, commune déléguée de Gennes-Val de Loire, qui a rejoint le collectif. "L'eau est une ressource qui appartient à l'humanité, considère-t-il. J'approuve la transparence de l'utilisation de cette ressource par les irrigants et il est important de travailler sur l'aspect quantitatif". Le producteur de légumes destinés à la vente en gros, travaille lui-même déjà depuis longtemps sur l'économie de la ressource grâce au système de goutte-à-goutte utilisé pour irriguer ses cultures à cycle long, comme le céleri rave. Une pratique "longue et coûteuse" qu'il a déployée sur 6 de ses 20 ha en production en plein champ actuellement. "Sinon, j'ai recours à l'aspersion, avec des rampes enterrées", décrit-il. Pierre Lefrand dispose de deux forages pour l'irrigation et, comme Joël Chenuau et les autres exploitants du collectif, il doit enregistrer les volumes d'eau utilisés et transmettre les données tous les mois à Nicolas Pihée, via une application mobile. "C'est seulement la fréquence qui a changé, mais je le faisais déjà", indique-t-il.

Cet "engagement concret dans la recherche de solutions réelles" par l'association des irrigants Sud Loire Aubance se poursuit aujourd'hui. Une réflexion est en cours autour de nouvelles modalités de gestion collective qui prendraient en compte la disponibilité de la ressource et les besoins des cultures. Dans le cadre de ClimatVeg2, un premier atelier devrait être organisé en septembre.

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