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Porc
Comment se positionner face à l’Allemagne, à la filière porcine en plein essor ?

Le CRP (Comité régional porcin) plaide pour une harmonisation des règles du jeu sociales et environnementales au niveau européen.

Christine Roguet, du pôle économie de l’Ifip, Institut du porc, qui a réalisé une étude sur l’essor de la filière porcine allemande.
Christine Roguet, du pôle économie de l’Ifip, Institut du porc, qui a réalisé une étude sur l’essor de la filière porcine allemande.
© AA

Avec 4,5 millions de tec en 2009, la production allemande est le double de la production française, elle représente 20 % des volumes produits en Europe. En quelques années, l’Allemagne est devenue le premier pays producteur de porcs de l’UE, notamment, mais pas seulement, grâce à des coûts salariaux très compétitifs dans les abattoirs, où sont employés des ressortissants des Peco (Pays de l’Europe centrale et orientale) mais aussi grâce à une politique fiscale avantageuse. Devenue plaque tournante de par sa position géographique centrale, elle importe des animaux en vif, elle transforme et elle exporte des viandes et des produits. La croissance continue de la production depuis quinze ans, et plus particulièrement les cinq dernières  années (+ 22 % d’abattages), mais aussi sa puissance exportatrice inquiètent les producteurs français. Jacques Lemaître, président du Comité régional porcin, qui tenait son assemblée générale vendredi 18 juin à Angers, résume ainsi la situation : « Nous portons des semelles de plomb alors que nos concurrents sont dotés de ressorts sous leurs chaussures.(…) Nous demandons à avoir des règles du jeu harmonisées au niveau européen », a-t-il souligné, s’adressant aux deux députés européens présents, Stéphane Le Foll et Christophe Béchu.
En matière d’environnement, des amendements proposés dans le cadre de la Loi de modernisation agricole, s’ils aboutissent, permettraient un alignement sur la réglementation européenne, en portant le seuil d’autorisation à 2 000 places. Une avancée très attendue par les éleveurs qui recherchent des moyens de rester compétitifs. « En France, au dessus de 450 places de porcs, un dossier passe le seuil d’autori-sation des Installations classées pour la protection de l’environ-nement (ICPE), ce qui occasionne des enquêtes et des tracasseries administratives sans fin. En Europe, ce seuil est à 2 000 places et en Allemagne à 3 000 places dans certains Länder », a en effet dénoncé Jacques Lemaître.

Lien animal-végétal à renforcer
Il y aurait beaucoup de distortions de concurrence à corriger, comme dans le domaine social : « Les abattoirs et entreprises pratiquent des niveaux de paie de la moitié par rapport aux nôtres », a fustigé Jacques Lemaître. « Il s’agit de mesures dérogatoires pour les salariés des Peco, a répondu Christophe Béchu. Cette question doit être réexaminée en 2011 ou 2012 au niveau européen et il y a un espoir que ce système puisse prendre fin ». Mais l’élu se méfie de l’idée de convergence européenne en matière sociale, craignant qu’on ne s’aligne sur
« des reculs ». Autre élément de distorsion, celui lié au différentiel de TVA entre la France et l’Allemagne :
« On ne peut pas avoir ainsi des systèmes qui sont des subventions déguisées », a souligné pour sa part Stéphane Le Foll. Le député s’est dit « partisan d’une performance économique et écologique », et d’une réflexion à mener sur le lien entre les filières céréalières et de l’élevage porcin, afin de réduire la dépendance en protéines et de maîtriser la volatilité et les coûts. Le CRP voudrait aussi voir des avancées concrètes en matière de méthanisation.

S.H. et J.P.G.

Filière porcine allemande

Forces et faiblesses d’un numéro Un

La progression de la production allemande s’est appuyée sur une concentration dans trois régions : la Basse Saxe, la Rhénanie-du-Nord Wesphalie et la Bavière. « Le dynamisme est impressionnant. Presque un million de places d’engraissement ont été construites entre 2004 et 2009, essentiellement dans ces trois régions », a expliqué Christine Roguet, de l’Ifip*. L’Allemagne se caractérise aussi par une forte spécialisation avec séparation du naissage (dans le Sud et l’Est) et de l’engraissement (Nord-Ouest). Le pays a réalisé des progrès très rapides en performances zootechniques. Des facteurs naturels et culturels mais aussi politiques ont joué dans l’ascension du secteur porcin : un élevage sur quatre produit du porc en Allemagne (contre une sur dix en France) et le chiffre d’affaires porcin compte pour 14 % du chiffre d’affaires agricole. Le fort développement des Faf donne aussi avantage à l’Allemagne. L’installation y est également favorisée par un prix payé aux éleveurs supérieur au prix français : « Les producteurs reçoivent 8 centimes de plus par kilo de carcasse, et même 10 centimes si l’on tient compte de l’effet de la TVA », précise Christine Roguet. L’investissement est soutenu par des subventions. Des
investissements ont été réalisés en terme de génétique.
Mais… la spécialisation et la fréquence des mouvements d’animaux peuvent s’avérer fragiles sur le plan sanitaire. Certains facteurs de production comme la terre restent chers (jusqu’à 24 000 € par hectare à l’achat). La réglementation sur la mise aux normes des truies risque de mettre un coup fatal à de nombreux petits élevages de 90 truies. Enfin, les changements de majorité dans les lands peuvent aussi influer sur la politique d’installation : en Rhénanie du Nord Wesphalie, le passage à une majorité gauche-verts suite aux dernières élections pourrait freiner les possibilités de croissance.

S.H.

*Institut du porc recherche et expertise pour la filière porcine.

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