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Retraites agricoles
"Je m'arrête sans connaître 
le montant de ma retraite"

Viticulteur à Saumur, Jean-Luc Mary prendra sa retraite le 1er août. Il  bénéficiera de la revalorisation liée à la prise en compte des 25 meilleures années, mais n'en connaît pas encore le montant.

Jean-Luc Mary a terminé ses études d'œnologie à 26 ans. "Je ne pensais donc pas avoir tous mes trimestres validés pour partir à la retraite à 64 ans", avoue-t-il. Né en 1960, le viticulteur de Saumur, associé avec son frère, Jean-Albert, au sein du Domaine de la Cune, croyait devoir travailler jusqu'à 68 ans. Mais finalement, grâce à des stages rémunérés et ses jobs d'été, le compte est bon pour partir dès 2024...s'il le souhaite.

Or Jean-Luc Mary n'était pas pressé. "Nous avions évidemment entamé la réflexion sur la transmission de l'entreprise avec mon frère, indique-t-il. J'avais interrogé mes enfants, les siens sont encore étudiants. Sachant que nous avons 11 ans d'écart, il devait décider s'il voulait un nouvel associé ou travailler avec des salariés..." Et au-delà du droit à la retraite, le viticulteur s'interrogeait sur le montant de sa pension, ayant en ligne de mire la réforme et la possible revalorisation liée aux 25 meilleures années de sa carrière.

Attendre...ou pas ?

Sans réponse de la MSA à ce sujet, Jean-Luc Mary s'est rapproché du conseiller du centre de gestion, AS49. "Avais-je intérêt à attendre l'application de la réforme ? Quel serait le montant de la revalorisation ?", questionnait-il. "Malheureusement, malgré la promulgation de la loi en février 2023 et son entrée en application au 1er janvier 2026, il est toujours difficile de connaître le montant exact de la retraite actuellement", reconnaît son conseiller en protection sociale, Frédéric Barthélémy. Calculé sur des modalités distinguant les périodes d'activité avant (système à points) et après 2016, sa traduction opérationnelle repose sur un important travail technique et informatique conduit par les services de la MSA et de la caisse nationale d'assurance vieillesse. "Nous avons eu accès à un premier simulateur en novembre dernier, mais il n'est pas fiable, poursuit-il. Pour les pensions attribuées entre le 1er janvier 2026 et le 31 décembre 2027, un recalcul des droits sera effectué en 2028. D'ici là, c'est le flou total. Il est donc très difficile de conseiller nos adhérents sur leur date de départ, et la situation est encore plus compliquée quand le repreneur attend une date pour son installation".

Un domaine familial

Ce n'est pas la situation de Jean-Luc Mary. Installé en 1993 avec ses parents, il conduit avec son frère un domaine viticole de 17 ha dans l'aire d'appellation Saumur Champigny. "Depuis la reconnaissance de l'AOC en 1957, le vignoble s'est fortement développé, rappelle le viticulteur. Nos parents ont d'ailleurs saisi l'occasion pour spécialiser l'exploitation. Avec mon frère, nous avons doublé la surface via des plantations ou des acquisitions de parcelles". Planté principalement en cabernet franc (80 %) et en chenin (10 %), le domaine produit 12 références en Saumur Champigny, Crémant de Loire et Côteaux de Saumur. Vignerons indépendants, les deux frères privilégient la vente directe au domaine ou lors de salons gastronomiques. "Cela représente 30 % de nos débouchés, décrit-il. Sinon, nous avons des contrats pluriannuels avec des négociants".

Dernier exercice comptable

Malgré l'incertitude qui demeure quant au montant de sa pension - "au moins 1 000 € par mois me semble assuré, mais aurai-je 200 € en plus ?"-, Jean-Luc Mary a pris sa décision l'hiver dernier. "Je pars officiellement le 1er août 2026, au moment de la clôture de l'exercice comptable", dit-il. Propriétaire de sa résidence principale, Jean-Luc Mary avait souscrit un contrat retraite loi Madelin. Avec son épouse, déjà retraitée, ils auront "un revenu correct". Du côté de l'organisation au domaine après son départ, son frère tiendra seul les rênes. Le salarié permanent et l'apprenti - qui les aident essentiellement sur la partie viticole de l'exploitation comprenant également 15 ha de cultures- resteront. "L'apprenti termine actuellement son BTS viticole : il pourrait être embauché à temps plein", suggère Jean-Luc Mary qui viendra en renfort quelque temps, en particulier sur la partie commerciale qu'il gérait jusqu'à présent.

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