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Élevage
À la Ferme de Grigné, les comptes de la viande bovine sont dans le rouge

Mardi, les responsables agricoles de Maine-et-Loire ont rencontré le préfet à Grez-Neuville. Ils demandent des mesures d’urgence pour l’élevage bovin-viande en crise.

L’exploitation de la famille Deschères a servi de support à la rencontre avec le préfet. Ici, la 
production de viande bovine est soutenue à bout de bras par d’autres activités : ferme 
pédagogique, gîte rural, camping.
L’exploitation de la famille Deschères a servi de support à la rencontre avec le préfet. Ici, la
production de viande bovine est soutenue à bout de bras par d’autres activités : ferme
pédagogique, gîte rural, camping.
© AA

À l’issue de deux heures d’échanges, mardi, avec les professionnels de l’agriculture, le préfet de Maine-et-Loire Richard Samuel s’est engagé à « faire remonter (leur) demande d’année blanche pour les remboursements de prêts en cours ». Les éleveurs, en crise depuis quatre ans, ont de très fortes attentes quant à la mise en place de cette mesure, qui avait déjà été demandée l’année dernière par la profession, sans succès. De très fortes attentes également quant aux prix de leurs produits. La visite de la Ferme de Grigné, à Grez-Neuville, a permis au représentant de l’État de prendre la mesure des difficultés.
Le Gaec est tenu par François Deschères, installé en 2000 et sa mère Marie-Odile. Le père, Georges, responsable du réseau départemental Bienvenue à la Ferme, a pris sa retraite il y a six mois. En plus de la production bovine (99 hectares, 75 vaches allaitantes en système naisseur engraisseur), ils tiennent une ferme pédagogique, un gîte rural et pratiquent la vente directe. L’Excédent brut d’exploitation progresse depuis quelques années, grâce, uniquement, aux activités extérieures. Mais il n’a jamais pu atteindre l’objectif du PAD* de 120 000 euros pour trois associés et s’établit à 79 000 euros en 2009. Le résultat courant de la ferme se dégrade depuis 2007 : 19 000 euros en 2008, 15 900 en 2009. Si l’on tient compte seulement de la partie viande bovine, on se situe à - 3 000 euros en 2009.

Du boulot pour trois,
des revenus pour deux

Le Gaec s’interroge quant à son avenir. Le père aurait dû être remplacé, mais faute de candidat pour s’associer, le projet n’a pu être mené à bien, pour l’instant. « De toute façon, le centre de gestion nous a fait comprendre qu’avec nos résultats, nous avons du boulot pour trois personnes et des revenus pour deux », résume François. Or, le travail à deux ne pourrait s’envisager à long terme qu’avec des investissements pour compenser la main-d’oeuvre. « Et si l’on avait que la viande, une seule personne aurait bien du mal à en vivre ». L’exploitation a pourtant mis de son côté tous les atouts : mise aux normes réalisée en 2000, suivi par Bovicap conseils, avec des résultats techniques à la hauteur, système de quasi-autonomie alimentaire… Des efforts non récompensés par  le prix de vente : « Nous n’obtenons pas les produits de la somme de travail que l’on abat », regrette Georges Deschères.
Tant que les prix à la production ne s’amélioreront pas, un certain nombre de producteurs risquent d’atteindre « un point de non retour », redoute Christiane Lambert, présidente de la FDSEA. La situation a évidemment des conséquences psychologiques. «  Il n’y a rien de pire que de ne pas pouvoir nourrir les animaux ni de payer les factures », a souligné  Michel Brossier, élu à la Chambre d’agriculture,
exprimant l’état d’esprit de nombre de ses confrères éleveurs. Quelles perspectives alors ? La clé du redressement, « c’est le prix de vente de la viande bovine, or ces prix sont tirés vers le bas », a martelé à l’intention du préfet Christiane Lambert.

Rencontre avec
les transformateurs

Pour tenter de peser dans la filière, les producteurs multiplient les initiatives. Une rencontre aura lieu prochainement entre la FDSEA et les deux plus grands opérateurs commerciaux, Charal et Élivia, afin de mettre en place des recommandations de prix sur la base d’indicateurs fiables et faire avancer le dossier de la contractualisation. Mickaël Bazantay, responsable du dossier viande bovine, réclame aussi la transparence dans les transactions commerciales : « J’émets de gros doutes  sur le classement technique, a-t-il dénoncé. Quand on reconstitue des carcasses en abattoir, on obtient des poids supérieurs à ceux calculés lors de la vente… ».
La Loi de modernisation agricole, qui a fait entrer la viande bovine dans l’observatoire des prix et des marges, pourrait faire évoluer la situation. À condition qu’à la suite des observations, il y ait des sanctions, estime le syndicat FDSEA. À cela s’ajoute la question des importations qui inquiètent beaucoup les producteurs : « Le problème est que tout le monde ne joue pas dans la même cour sur le respect des normes environnementales », a souligné Mickaël Bazantay. Les 7 % de viande bovine importée actuel-lement dirigent les prix vers le bas. La profession en appelle aux pouvoirs publics, mais aussi aux consommateurs, pour qu’ils fassent la part des choses et soutiennent la production hexagonale.

S.H.

* Projet agricole départemental.

Chiffres

Des revenus viande bovine en chute depuis 2007 en Maine-et-Loire

Jean-Paul Piet, président de l’AS49 (ex Afga) a présenté au préfet une partie de l’étude sur les revenus réalisée par ce centre de gestion et la Chambre d’agriculture. En 2009, le résultat courant par UTA, en Maine-et-Loire, a chuté à 6 189 euros, ce qui correspond à 500 euros par mois. « C’est bien peu de revenus pour des capitaux d’exploitation de 250 000 euros », a-t-il expliqué. Les résultats groupes viande sont comparés aux résultats groupes lait (voir graphique ci-dessus).

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