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Carburant 
La hausse du GNR pèse sur les trésoreries 

La flambée des prix du gazole non routier -suite au déclenchement de la guerre en Iran-, fait monter en flèche le prix des travaux agricoles et oblige chacun à s'adapter. 

"Avant la hausse du GNR, j'avais reçu une livraison à 680 € HT/1 000 l. Huit jours après, il était déjà monté à 1 125 €/1 000 l. Et pour la dernière livraison, vendredi dernier, le prix s'élevait encore à 1 128 €/1000 l", constate Claude Thouin, agriculteur et entrepreneur à Bécon les Granits, qui vient de transmettre son entreprise de travaux agricoles, la SAS Gautraies, à ses filles. Survenue en plein travaux d'ensilage et d'enrubannage d'herbe, cette hausse inattendue a pris de court l'entrepreneur, qui ne l'a, pour l'instant, pas encore répercutée. "Pour l'enrubannage, nous avions déjà prévu une augmentation de 50 ct€ la botte, tenant compte de l'augmentation des coûts du plastique et de la main-d'œuvre. Alors, quand le GNR a augmenté, nous n'avons pas ajouté une deuxième augmentation. Nous n'avons pas augmenté non plus pour les semis, mais si la situation perdure, on sait déjà qu'il faudra passer une hausse pour les moissons. Pour les agriculteurs, c'est la double peine, avec un prix des céréales en baisse et des prix de moisson, de transport qui vont augmenter. Espérons qu'il y ait un bon rendement ! ". 

Des adaptations à trouver

La SAS Gautraies, qui emploie 3 salariés, essaie de s'adapter au mieux, en limitant autant que possible les passages de tracteur. Pour les semis de maïs et tournesol, l'entreprise a privilégié les appareils à dents plutôt que le labour et a passé des rouleaux grande largeur plutôt que des herses rotatives. "En travaillant de cette manière, on économise environ 30 l de carburant/ha", calcule Claude Thouin. Ses clients agriculteurs eux aussi cherchent des stratégies pour limiter au maximum les dépenses de carburant. "Pour l'herbe, certains clients changent pour certains de fusil d'épaule. D'après ce qu'on entend, il y aura sans doute moins de chantiers d'ensilage et d'enrubannage cette année, les gens vont privilégier davantage la pâture et le foin", souligne l'entrepreneur.

Hausses de prix répercutées

À Saint-Macaire en Mauges, l'ETA Batardière consomme en moyenne entre 10 000 et 15 000 litres de GNR par semaine pour les travaux agricoles. Avec un prix du GNR qui a quasiment doublé par rapport à celui des livraisons de fin février-début mars, et qui depuis fait le yoyo, l'entreprise a décidé de répercuter les coûts : "on applique, en moyenne, 12 % sur nos prix de vente, explique Vincent Batardière, le dirigeant de l'entreprise. La situation est compliquée. On est conscient que ça fait des hausses énormes, mais les clients le comprennent. Le carburant pèse entre 20 et 40 % du prix de nos prestations". Les matériels les plus gourmands en GNR, les ensileuses, peuvent consommer jusqu'à 70 ou 80 l/heure. Pour les entreprises, cette flambée du prix du carburant vient s'ajouter à la "hausse exorbitante du matériel" constatée par les professionnels depuis la période Covid. 

En Cuma, des trésoreries tendues

Pour les agriculteurs adhérents de Cuma, les répercussions de la hausse du GNR vont se faire sentir au moment de la facturation des travaux de cette année. "Des acomptes sont demandés en cours d'année, mais ils sont effectués sur les niveaux de prix de l'année précédente", explique le trésorier de la Cuma de l'Avenir à Saint-Georges des Gardes, Aymeric Grenouilleau. Dans sa Cuma, le GNR est acheté actuellement entre 1 300 € et 1 500 €/1 000 l HT. L'ensileuse, qui est le principal matériel de cette petite Cuma, engloutit 70 l de carburant à l'heure. La hausse des coûts tend la trésorerie de la Cuma et va peser sur celles de ses adhérents, pour la plupart des éleveurs laitiers, qui ne peuvent pas se passer d'ensilages d'herbe et maïs. "Nos adhérents essaient de diminuer un peu les coûts en faisant du travail du sol plus superficiel pour la préparation des semis", observe Aymeric Grenouilleau.

Dans ce contexte compliqué, la Cuma de Chazé-sur-Argos, a elle, décidé de facturer les travaux d'ensilage avec deux mois d'avance, au 30 avril au lieu du 30 juin. La flambée des prix du GNR tombe au plus mauvais moment, alors que les trésoreries des exploitations sont tendues et que les travaux de printemps battent leur plein. "On subit la situation sans trop avoir le choix, et on ne sait pas combien de temps cela va durer. Les prix du GNR ne cessent de changer d'un jour à l'autre, ce qui rend difficile l'estimation des prix de revient", résume Alexandre Voisin, président de la Cuma. Lui-même éleveur laitier, il subit en simultané une baisse de plus de 60 €/1000 l du prix du lait et un quasi-doublement du prix du carburant. S'y ajoute la hausse du prix des engrais et la baisse des cours des céréales.  Même si "c'est difficile pour tout le monde", il compte sur "l'esprit Cuma" pour que les adhérents soutiennent la structure.

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