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La Loire chatouille nos orteils

Agriculteur à la retraite depuis 1991, Jean Cognée a connu les crues de la Loire sur ses terres situées sur l’île de Chalonnes-sur-Loire, à Cordez.

Jean Cognée, assis sur une barque appartenant à son frère. Derrière lui, 
en contrebas, les terres de ses fils sont protégées par la levée visible en arrière-plan.
Jean Cognée, assis sur une barque appartenant à son frère. Derrière lui,
en contrebas, les terres de ses fils sont protégées par la levée visible en arrière-plan.
© AA

Nous sommes au début des années 70. Éleveur de bovins pour le lait et la viande, Jean Cognée voit son activité en essor avec le lancement d’une production de légumes après l’arrivée de ses fils à l’exploitation familiale. Situé sur l’île de Chalonnes-sur-Loire, Jean Cognée subit les caprices de la Loire quelques années plus tard, lors d’une crue de printemps. Bientôt octogénaire, il a bonne mémoire : « C’était en juin 1976. L’eau n’est pas passée par-dessus la levée, elle est arrivée de Montjean-sur-Loire et s’est infiltrée par les herbes non fauchées. » Cette année-là, Jean Cognée a vu toutes ses terres et environ 800 hectares de l’île submergés. Quelques printemps plus tard, il a connu d’autres crues en 1981, 1983 et 1985. Lors de la dernière, il a replanté aussitôt son maïs en juin. La production est alors décalée, le rendement moindre sans compter la perte des premiers semis.

Anticipation des crues
Les crues d’hiver l’inquiètent moins pour les cultures. En 1936, il avait cinq ans et se souvient de l’évacuation des bovins par bac vers Chalonnes-sur-Loire. Il a subi celle de 1982 : l’eau est montée à 10 centimètres à son domicile, pourtant surélevé. « On a dû décoller la tapisserie sur quelques centimètres pour la laisser sécher avant de la recoller », raconte-t-il en montrant son papier peint qui, depuis, n’a pas bougé. En attendant un éventuel scénario catastrophe, la montée de la Loire est anticipée : « Les agriculteurs connaissent le niveau de leurs prés par rapport à la Loire. Ils suivent l’évolution de la montée des eaux et peuvent préparer l’évacuation de leurs bêtes », assure Jean Cognée qui observe, lui aussi, les cotes sur internet. « Mais pas en ce moment, le niveau est bas ».
Avec 700 km de digues, le fleuve n’est plus vraiment sauvage pour Jean Cognée. « Il n’y a pas de danger, nos habitations sont surélevées. L’eau n’arrive pas brutalement, il faut trois jours pour qu’elle atteigne deux mètres. Le risque est plutôt à Saint-Georges-sur-Loire. Si l’eau passe au-dessus de la levée, certaines maisons construites au niveau de l’eau seraient inondées. » Les riverains ne sont pas à l’abri d’une inondation centennale ou milléniale où le débit du fleuve est accru. Selon Jean Cognée, la solution est de construire sur tertres, pilotis ou développer les maisons à étage.

Les constructions limitées
En deux siècles, l’île de 12 km de long compte six fois moins d’habitants soit 300 habitants en 2000. Et également moins d’agriculteurs : sur une cinquantaine d’exploitations, Jean Cognée n’en dénombre plus que quatre dont le Gaec de deux de ses fils. Les terrains agricoles se délocalisent : « les agriculteurs ont des terrains, des pâtures en dehors de l’île ». Et la construction est très réglementée : «  Il est interdit de construire sur l’île sauf pour rénover. On ne peut pas raser une maison, il faut rebâtir sur les anciens murs. Les extensions sont limitées et pour le bâti agricole, c’est conditionné. »
Si on l’expropriait, Jean Cognée ne serait pas d’accord : « On a toujours vécu là. » En honneur à son île, il a même composé un poème intitulé ʺVivre au paradisʺ et le récite volontiers : « La Loire sommeille, un jour se réveille et nous chatouille les orteils […] Sur notre continent, on est heureux à tout moment ». Il préfère vivre les crues avec le sourire et si un jour la Loire sort de nouveau de son lit, Jean Cognée a toujours le choix entre une de ses trois barques.

Julien Bernier

Une exploitation laitière proche de la Loire

Didier Onillon a un cheptel de 110 bovins sur la commune du Mesnil-en-Vallée, située
dans la vallée de la Loire et son territoire est traversé par la Thau, l’un de ses affluents.

Quelle est votre situation face aux crues ?
Le site, situé à 3 km de la levée, est inondable par la Loire si elle cède comme en 1910 ou par la Thau, un affluent du fleuve au niveau de Saint-Florent-le-Vieil. Ce cours d’eau monte doucement, environ une quinzaine de jours avant d’atteindre l’exploitation.  Pour être surpris, il faudrait vraiment qu’il tombe 300 mm de pluie en une nuit et tout dépend du niveau de la Loire.

Quelles sont les problématiques immédiates lors d’une crue ? Quels sont les dégâts possibles ?
La préfecture a mis en place un plan de prévision des risques mais chacun se débrouille pour l’évacuation en bétaillère des bovins vers des zones surélevées. Si la levée de la Loire cède, le fourrage du site sera perdu et je devrai trouver un système de traite pour mes vaches laitières. Les crues de printemps font plus de dégâts qu’en hiver : en 2001, le ray-grass a pourri sous l’eau et il n’a repoussé qu’à la fin de l’année.

Et vous avez les moyens nécessaires pour vous préparer à une potentielle crue ?
Si la levée de la Loire de 7m cède, on ne sera pas prêt : en une heure l’exploitation est inondée. En ce qui concerne la montée de la Thau, on a le temps d’anticiper. On peut surveiller l’évolution de la crue dans le journal.

J. B.

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