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Interview
“La performance économique n’a pas de sens sans performance sociale”

Jo Pennors*, président du groupe salariés de l’APCA, interviendra à l’assemblée générale de l’Adefa, lundi 20 juin.

Jo Pennors.
Jo Pennors.
© AA

Concilier performance économique et sociale : utopie ou ambition réaliste pour l’agriculture angevine dans une Europe à 27 ? Tel sera le thème du débat organisé la semaine prochaine par l’Adefa (Association départementale pour l’emploi et la formation en agriculture).

Pour vous, qu’est-ce que la performance sociale ?
Jo Pennors : c’est la capacité, pour le salarié, de sortir du travail accompli un certain épanouissement personnel, financier et social. Pour être en phase avec notre société, la filière agricole doit intégrer ces éléments, rémunération, mais aussi formation, évolution de carrière... Non seulement elle est conciliable avec la performance économique, mais je dirais même que la performance économique sans performance sociale n’a pas de sens.

Quel regard portez-vous sur la Charte de l’emploi saisonnier en Anjou  ?
C’est une excellente initiative. Reste maintenant à ce que tous les partenaires sociaux la fassent vivre. Elle doit contribuer à faire évoluer la manière dont on considère les salariés. Le mot de coût, de charge de salaire devrait être remplacé par le terme de ressource. Les 7 000 salariés  équivalent temps plein en CDI, mais aussi les 5 000 salariés équivalent temps plein en CDD employés en Anjou, sont une richesse. L’enjeu est considérable. Si on ne s’attelle pas à la question de l’emploi, les productions vont reculer, faute de main-d’œuvre.

Quels moyens a-t-on, localement, pour maintenir les emplois agricoles ?
Il est possible, par exemple, de mettre en place des comités d’entreprise pour les salariés de l’agriculture. Cette formule permise par la Loi d’orientation de 1999 leur apporte un niveau de reconnaissance sociale égal aux autres catégories de salariés. Cela se fait en Vendée, dans le Finistère, le Morbihan et les Côtes-d’Armor. Des négociations nationales entre la FNSEA et les syndicats de salariés sont en cours pour étendre ces comités. Ce serait pour l’Anjou, un des moyens de faire vivre la charte.
La promotion du salariat agricole passe aussi par une meilleure formation des exploitants agricoles à la gestion des ressources humaines. Mais également par la valorisation du salariat, encore trop souvent présenté dans les études comme la voie de l’échec.

Mais les distorsions de concurrence sont fortes au sein de l’Europe.  Comment lutter ?
Pas par le salaire. Si on essaie de se battre sur le salaire, la partie est perdue d’avance. Nous assistons à une course infernale : les Allemands embauchant des Polonais, les Polonais des Ukrainiens, les Ukrainiens des Vietnamiens… En revanche, on peut se battre sur la préférence communautaire. L’Europe doit jouer un rôle de barrière douanière pour refuser les produits agricoles qui ne respectent pas les normes sociales, phytosanitaires appliquées en UE. J’attends aussi de l’Europe qu’en interne, elle impose une harmonisation des produits de traitement.

S. H.
*Jo Pennors est aussi élu salarié
à la Chambre d’agriculture des Côtes
d’Armor.

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