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lait de chèvre
La transformation ignore les producteurs

La section caprine dénonce les démarches unilatérales de la transformation privée et coopérative.

© AA

“Le groupe Lactalis soutient et accompagne les producteurs de lait de chèvre au travers un plan de développement” : c’est le titre d’une lettre de Lactalis envoyée à tous les producteurs qui lui vendent leur production de lait de chèvre. Ce “plan d’accompagnement” avec “une aide au lait additionnel : prime de spécialisation” est un bel euphémisme pour déguiser une prime de quantité.
Le groupe Lactalis prétend ainsi se positionner “en véritable partenaire des producteurs de lait de chèvre en les accompagnant techniquement, économiquement et financièrement”.

Manque de dialogue
Pour la section caprine FDSEA-JA, un “véritable partenaire”, c’est un interlocuteur qui entretient une relation mature et responsable avec son interlocuteur. La lettre aux éleveurs de chèvres envoyée par Lactalis n’est rien de tout cela. Elle informe unilatéralement d’une stratégie d’entreprise, absolument pas discutée et donc pas partagée avec les producteurs.
Un vrai partenaire aurait interrogé les producteurs qui approvisionnent ses outils de transformation sur leur propre stratégie volume, liée à la quantité et aux conditions de travail, ainsi qu’à la possibilité de maintenir un bon niveau de qualité du lait, alors que le risque est accru quand on réforme moins et que le troupeau grandit dans un même bâtiment, et liée à l’autonomie alimentaire et fourragère pour produire ce lait supplémentaire. Quant à l’argument avancé quand on demande des explications, visant à faire croire que c’est pour permettre aux “petits producteurs” de développer leur production, il suffit de voir la grille proposée pour comprendre que c’est exactement l’inverse qui est proposé, et l’on sait que ce sont les grands troupeaux qui peuvent le plus rapidement augmenter la production.
Au lieu d’une stratégie discutée et négociée entre partenaires, c’est plutôt, “ne vous posez pas de questions, et ne nous posez pas de questions, Lactalis sera là pour le technique, l’économique et le financier”.
La section caprine dénonce ce “fait du prince” et en appelle à une vraie place donnée à l’interprofession caprine sur des sujets aussi cruciaux pour la filière dans son ensemble. Un accompagnement aux jeunes installés et au démarrage de la production n’a de sens que si ces mêmes jeunes ont une visibilité sur le moyen terme et mettent en place leur projet dans une filière organisée. Or aujourd’hui, on assiste à une addition de stratégies industrielles, où les producteurs sont de simples fournisseurs.
Une attitude que dénonce le syndicalisme, pour Lactalis, mais aussi pour l’aval coopératif, notamment Eurial, qui modifie la grille de paiement, avec de nouveaux taux de référence, en matières grasse et protéique, là aussi sans discussion approfondie avec les producteurs, ni au sein de l’interprofession. Peut-être faut-il évoluer dans ce sens ? Mais pas sans y associer les producteurs, et sans progressivité et stabilité.
“Un vrai plan de relance se construit dans la durée avec les producteurs” insiste Christophe Leteurtre, président de la section. Les producteurs, “leurs efforts sur la qualité de leur production, contribuent à la valeur ajoutée créée dans la filière. Nous nous battrons pour qu’ils en voient les fruits”, conclut-il.

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