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ESAConnect
Le coût sous-estimé du numérique

La 7ème édition d'ESAConnect a questionné les conditions et les formes de diffusion du numérique en agriculture, jeudi 5 février, à Angers. 

Bien que les technologies du numérique occupent une place croissante dans les transformations contemporaines de l'agriculture, leurs évolutions ne sont "ni linéaires et ni homogènes". "Elles ne sont jamais neutres non plus, car elles reconfigurent l'organisation du travail sur l'exploitation", déclare l'enseignante-chercheuse Soazig Di Bianco, en introduisant la journée EsaConnect, jeudi 5 février à Angers. Portée par la chaire des mutations agricoles de l'Esa, cette 7ème édition s'est interrogée sur la géopolitique du numérique, en s'attachant d'abord à comprendre quels sont les acteurs de l'offre.

Cartographie de l'offre

Pour établir cette cartographie, Pierre Labarthe, économiste à l'Inrae, s'est appuyé sur 641 organisations. Après un classement typologique de leur offre, il en ressort trois domaines technologiques : le hardware, le software pour la mise en relation et le software pour la gestion ou le conseil. "Dans le premier cas, il s'agit essentiellement d'entreprises privées, PME françaises ou grands groupes internationaux, décrit-il. L'offre de logiciels émane en revanche de start-up alors que, dans la troisième catégorie on retrouve plus d'organisations professionnelles agricoles, coopératives, centres de gestion". Ces dernières structures sont plutôt stables et ont donné "une valence digitale à leurs conseils". "Ce n'est pas le cas des pure players qui ont une faible rentabilité : on observe d'ailleurs de nombreuses faillites et arrêts d'activité ces dernières années, pointe l'économiste. Dans le domaine de la robotique enfin, il y a des liquidations d'entreprises mais aussi des rachats par des groupes français".  Après une "bulle d'activité dans les années 2010", Pierre Labarthe estime que l'offre a atteint aujourd'hui un plateau, questionnant le modèle économique des entreprises du numérique et le rôle des politiques publiques.

Coût total de possession 

Économiste à l'Esa, Maha Ben Jaballah s'est penchée plus précisément sur le coût du numérique pour les agriculteurs. Se basant sur 409 outils (41 % d'outils de gestion, 23 % d'outils d'observation des cultures et 14 % d'outils d'observation d'élevage), elle a comparé le coût d'achat et le coût d'usage. "Il s'avère que les coûts afférents - incluant les abonnements, la maintenance, la formation, les accessoires- sont largement sous-estimés et représentent en moyenne 70 % du coût total de possession, relève-t-elle. Et c'est d'autant plus marqué pour les outils d'exécution dans le secteur animal, en partie dû aux spécificités de l'élevage, comme l'accès aux données". L'offre d'outils numériques est d'ailleurs majoritairement dirigée vers le végétal. 

Nouvelle forme de dépendance 

"Le modèle économique des outils numériques repose donc davantage sur l'usage continu que sur l'achat initial", conclut Maha Ben Jaballah. Derrière ce coût réel apparaît alors une nouvelle forme de dépendance des agriculteurs. "Une dépendance à l'outil en lui-même, aux nouvelles tâches qu'il induit et à sa rentabilité, souligne-t-elle. Cela rend rigide la trajectoire de développement". "Ces outils créent une dépendance matérielle quotidienne, indique également Éléonore Schnebelin, économiste à l'Inrae qui a enquêté auprès des viticulteurs et céréaliers du Sud-Ouest. Ils requièrent un accès au réseau internet, à de l'énergie, à des ressources. Les agriculteurs dépendent de leur fournisseur pour la maintenance et perdent la connaissance et le savoir-faire".

Accompagnement et formation

Les outils numériques changent le travail de l'agriculteur qui doit savoir analyser les données. "Le numérique n'enlève pas le travail mais le déplace. Le conducteur de machines devient un superviseur de robots", explique par exemple Stéphane Chapuis. Selon le responsable du service Agro-Dev à la fédération nationale des Cuma, "une aide à l'accompagnement des bénéficiaires serait plus utile que le subventionnement de l'investissement". Sans oublier la formation des salariés qui, pour l'instant, ne sont pas les premiers utilisateurs de ces outils.

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