Aller au contenu principal

Le "en même temps", le monde agricole ne peut pas

C'est un peu désabusés que les responsables professionnels des filières fruits et légumes ont décrit la situation de leurs filières, entre espoirs dans les intentions politiques affichées par le ministre et désillusions dans les actes concrets.

Franck Sander, Cyril Pogu, Françoise Roch et Dominique Rousseau ont donné une conférence de presse mardi au SIVAL à Angers.
Franck Sander, Cyril Pogu, Françoise Roch et Dominique Rousseau ont donné une conférence de presse mardi au SIVAL à Angers.
© Arnaud Fruchet

Alors que le ministre de l'agriculture Marc Fesneau venait à peine de quitter le SIVAL (lire page 3), les élus de la FNSEA, Légumes de France et de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) donnaient une conférence de presse pour décrire la situation actuelle vécue par les producteurs de ces filières sur le terrain. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la situation décrite n'est pas des plus réjouissantes. "On est dans un contexte économique libéral où notre propre pays, la France, édicte des règles de plus en plus violentes à l'encontre des producteurs" attaquait ainsi la présidente de la FNPF, la tarn-et-garonnaise Françoise Roch, citant pêle-mêle des contraintes "100 % françaises" telles que le plan pollinisateurs, la sortie des néonicotinoïdes ou encore les zones de non traitement. Un an après la sortie du plan de souveraineté fruits et légumes  qui vise à de regagner 5 points de souveraineté d'ici à 2030, "la montagne a accouché d'une souris, renchérit-elle. On est passé à côté de l'essentiel comme la lutte contre le gel, la grêle...". 

Les producteurs pas associés

Même son de cloche du côté des maraîchers, représentés par le maraicher nantais Cyril Pogu, qui regrette notamment "de ne pas avoir eu de regard sur la liste des équipements" qui vont être subventionnés dans le cadre de ce plan, certains n'ayant pour lui "pas d'effet levier" dans la transition agro-écologique souhaitée par le Gouvernement. Et ce dernier de citer par exemple l'absence dans la liste des serres en verre. "C'est incompréhensible car on est pourtant en plein dans les solutions de décarbonation, de maîtrise des conditions climatiques, de l'irrigation, et de la pression des ravageurs...".

Et le maraicher de pointer une nouvelle aberration franco-française avec la loi AJEC sur l'utilisation des plastiques, dont un décret pris en juin 2023 permettant d'exclure les fruits et légumes "sensible" a été abrogé par l'Union Européenne en fin d'année. Une instabilité réglementaire en France couplée à une absence de réglementation officielle en Europe, qui est un nouvel exemple éclatant des distorsions que peuvent subir nos producteurs, qui investissent à l'aveugle dans ces réglementations. "On nous a fait investir dans des machines de conditionnement carton, illustre Cyril Pogu, mais si ça se trouve, demain on nous orientera vers la cellulose, et nos machines pourront aller directement à la poubelle !". Et pendant ce temps là, les autres producteurs européens peuvent allègrement continuer à utiliser le plastique. 

Etendre le TODE à tous

Autre grande thématique à la mode, l'emploi et la compétitivité de l'emploi. Outre la reconnaissance "métiers en tension", les responsables professionnels réclament l'extension du dispositif d'allégement social, dit "TODE" aujourd'hui réservé au personnel saisonnier, à l'ensemble des salariés du secteur. "Ce serait un vrai levier de compétitivité" lance Cyril Pogu.

Décalage entre les discours et les actes

Si malgré l'ensemble des points critiques abordés, tous se félicitaient de la reconduction de Marc Fesneau au ministère de l'agriculture, "en homme qui connait bien ses dossiers et porte la voix des agriculteurs", cela ne semble pas leur suffire, car tous faisaient le constat d'un décalage flagrant entre les intentions affichées et les actes concrets sur le terrain. "Le en même temps, le monde agricole ne peut pas" lançait ainsi Françoise Roch, tant il est vrai qu'afficher des ambitions de reconquête de souveraineté alimentaire tout en ne s'alignant pas, en même temps, au socle de réglementations européennes, se traduit par une tendance de fond, rappelée par le vice-président de la FNSEA, l'alsacien Franck Sander : "en 20 ans, c'est -4,2% de production en légumes en France quand on a augmenté nos importations de +34%. En fruits, c'est -21% de production et +42% d'import". Et ce dernier de critiquer le fait pour le Gouvernement d'avoir "tout misé sur la montée en gamme. C'est OK pour le faire partout où on le peut, mais à condition de rester compétitif et d'avoir un marché en face". 

Autre explication, celle du "millefeuille administratif". "Entre l'impulsion donnée par le politique et son application sur le terrain, la bonne idée va passer par tout un tas de services et se heurter à des réglementations diverses et variées qui fait qu'on final aucun projet ne voit le jour, ou alors avec des délais incompatibles avec l'économie". Confère sur ce point la réalisation de nouvelles réserves pour l'irrigation, qu'Emmanuel Macron ambitionnait en 2023 lors de la présentation de son plan eau, et l'absence de projets concrets sur le terrain. Gageons que le "choc de simplification" que le président Macron appelait de ses vœux mardi soir pourra répondre au marasme réglementaire dans lequel ces filières se sentent engluées.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Anjou Agricole.

Les plus lus

Les asperges blanches représentent 80% de la consommation mais 95% de la production française.
Fleuron d'Anjou recherche des producteurs d'asperges
La coopérative Fleuron d'Anjou veut développer la production d'asperges, visant un volume de 1 000 T à 5 ans. Elle recherche des…
Encore trop d'eau pour les semis

Les mauvaises conditions d'implantation des céréales d'automne ont induit un basculement des surfaces vers des variétés de…

Laurent Martin contrôle la production de ses panneaux sur son téléphone. L'optimiseur des onduleurs permet de superviser les modules (température, production, ampérage) et sécurise l'installation.
Une stabulation pour les vaches grâce au photovoltaïque
Éleveur de charolaises à Lys-Haut-Layon, Laurent Martin a financé la construction d'une stabulation pour son troupeau allaitant…
Entre 12 et 15 cm de hauteur d'herbe chez Jonathan Bertrand. Sorties 10 jours fin mars, ses vaches sont à nouveau consignées à l'intérieur, faute de portance.
Mise à l'herbe : de timides débuts

Limités jusqu'ici par la portance des sols, certains éleveurs se sont décidés à mettre à l'herbe des animaux, avec parfois des…

Daniel Rochard (JRC Solaire) et Christophe Cesbron (Serres JRC). A droite : les nouveaux haubans photovoltaïques.
Plus d'autonomie énergétique avec les haubans photovoltaïques
JRC Solaire conçoit des haubans photovoltaïques visant à accroître l'autonomie énergétique des exploitations maraîchères et…
Guillaume Aubert élève un troupeau de 65 vaches montbéliardes. Il est associé avec ses parents et son frère au sein du Gaec des Alezanes.
Autonome pour l'insémination de son troupeau laitier

Éleveur au Louroux-Béconnais, Guillaume Aubert a suivi une formation à l'insémination avec Innoval. Depuis, il a vu les…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 176€/an
Liste à puce
Consulter l'édition du journal l'Anjou agricole au format papier et numérique
Accédez à tous les articles du site l'Anjou agricole
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter d'actualités
L’accès aux dossiers thématiques
Une revue Réussir spécialisée par mois