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Le muguet a failli manquer son rendez-vous

Le muguet nantais était très en avance cette année. Les producteurs ont tout mis en œuvre pour en ralentir la pousse afin de pouvoir le vendre au jour J.

C’est une situation probablement unique en France : la production agricole d’une année entière ne peut compter que sur une seule journée de vente . Le muguet nantais, qui représente 85 % du muguet vendu le 1er mai, pèse tout de même quelque 15 millions d’euros de chiffre d’affaires.
La trentaine de producteurs concernés, qui font partie des Maraîchers nantais, met donc tout en œuvre pour que leur production soit prête le jour J. Or, en cette année 2011, le muguet est particulièrement en avance. Les particuliers qui en possèdent dans leurs jardins l’auront tous remarqué : leur muguet est, à ce jour, déjà fané .
L’origine de la précocité du muguet 2 011 tient à plusieurs facteurs. En premier lieu, à la précocité de l’hiver dernier : “Le muguet est une plante dont le repos végétatif est levé par le froid”, explique Patrick Verron, le spécialiste “muguet” du CDDM (Comité départemental de développement maraîcher). “Le coup de froid de fin octobre a réveillé le muguet, et dès la fin du mois de décembre, il s’est mis à pousser”.
Une pousse favorisée par la douceur des mois de janvier et de février : “Il n’y a pas eu de coup de froid”, puis, par la chaleur du mois de mars. Les producteurs ont protégé à tout prix leur précieuse production : “Ils les ont placés à l’obscurité, sous châssis blanchis”, explique Patrick Verron. “Cela permet de garder une relative fraîcheur sur les plantes et d’allonger les brins”.

Un plan en deux phases

Le muguet nantais a pu être ralenti… Pas suffisamment, toutefois, pour attendre d’être récolté dans les derniers jours d’avril. “Le muguet doit impérativement être cueilli au bon stade ; les nuits d’avril ont été très douces : sur pied, il évolue très vite”, confie Patrick Verron. Cette année, le bon stade pour la cueillette a été atteint aux alentours de la mi-avril : les récoltes des fleurs ont eu lieu entre le 12 et le 20 avril.
Les maraîchers nantais ont donc dû mettre en œuvre la phase deux de leur plan “ralentissement du muguet” : celle concernant la conservation après récolte. “Ils ont fait venir des chambres froides, des camions frigorifiques dans les champs, pour y placer les brins immédia-tement après la cueillette”. Les brins récoltés les plus précocement (avant le 18 avril) sont conservés les tiges dans l’eau. Les autres, à sec, toujours dans un froid humide et positif (3 à 4 °C). Les feuilles sont récoltées à part, et elles ont pu l’être un peu plus tard, vers la fin avril.
Autre conséquence importante de cette avance du muguet : la disponibilité de la main-d’œuvre. Celle-ci reste un souci constant pour les maraîchers, qui ont besoin d’un maximum de bras (la récolte est manuelle) sur très peu de jours. Cette année, pourtant, avec le début des vacances scolaires de la zone fixé au 23 avril, la situation s’annonçait idéale. “Dans l’absolu, les producteurs avaient tous la main d’œuvre suffisante. Mais avec l’avance de la récolte, il a fallu faire sans les scolaires”. Les maraîchers ont donc dû, dans l’urgence, rappeler leurs partenaires de Pôle emploi, les agences d’interim, faire appel à des retraités… pour pouvoir étoffer leurs équipes de cueillette.
La récolte de muguet de cette année n’aura donc pas été de tout repos et aura coûté sensiblement plus cher aux producteurs… “Et encore, on n’est pas encore rendu au bout”, souligne Patrick Verron, à quelques jours du 1er mai.
Le prix du brin ne se ressentira pas forcément de toutes ces difficultés, car il est souvent négocié avec les acheteurs plusieurs mois à l’avance. Ce sera surtout la disponibilité du produit chez les fleuristes qui déterminera les prix.

Catherine Perrot

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