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Agronomie
Le ver de terre, meilleur allié de l’agriculteur

De plus en plus d’agriculteurs souhaitent approfondir leurs connaissances sur les sols. Une première session s’est déroulée en février.

Quinze agriculteurs se sont formés à la vie des sols
Quinze agriculteurs se sont formés à la vie des sols

Ignorant la pluie battante de ce lundi après-midi, quinze agriculteurs scrutent le sol, dans une parcelle en couvert végétal. Ils guettent l’apparition des vers de terre : un mélange urticant de moutarde de Dijon et d’eau est censé leur faire sortir la tête des galeries.  But de la manœuvre : opérer un comptage. Chacun suit avec intérêt les explications de Guénola Pérès, docteur en biopédologie à l’Université de Rennes 1. Les formations qu’elle dispense aux agriculteurs doivent leur permettre, au bout d’une journée, - matinée en salle, après-midi sur le terrain, de “réaliser, seuls, un diagnostic de l’état biologique de leur sol”. La partie théorique fait le point sur des connaissances, que parfois les agriculteurs n’ont jamais eu, sur les espèces de vers de terre et leur fonction sur la structure du sol. Au bout de quelques heures, ils seront capables de reconnaître les épigés, ces petits vers rouge sombre, qui vivent en surface, et creusent peu de galeries. De les différencier avec les anéciques, qui peuvent mesurer jusqu’à 1 mètre 10 et qui creusent des galeries permanentes et avec les endogés, qui eux, forment des galeries temporaires, très ramifiées. Ils auront l’occasion aussi, de visualiser des réseaux de galeries en 3D. “Il s’agit d’acquérir une vision globale sur l’écosystème. Et amener l’agriculteur à réfléchir aux pratiques à mettre en place, sur chaque exploitation, en fonction des possibilités du sol, qui ne sont pas égales partout”, résume la chercheuse. Les recherches ont montré qu’une simplification du travail du sol, jusqu’au semis direct, permet d’améliorer sensiblement la densité de vers de terre et leur activité. La plupart des agriculteurs présents à cette formation ont déjà suivi, préalablement, des sessions sur le non-labour. “Ils entendaient parler de sol vivant, ils souhaitaient en savoir plus”, explique Virginie Riou, conseillère à la Chambre d’agriculture de Maine-et-Loire. “Nous sommes de plus en plus sollicités sur ces questions-là. Nous avons dû refuser du monde pour cette première session”. 
Volontariat Les pratiques agricoles des dernières décennies ont fortement altéré les sols, la matière organique s’est appauvrie. “Les sols étaient considérés uniquement comme un support de production. Mais cela est en train de s’améliorer, grâce aux efforts du monde agricole et à la réflexion qui est entamée pour éviter leur dégradation, observe toutefois Guénola Pérès. Et il faut le souligner, toute cette démarche, même si elle est encouragée par le Grenelle de l’environnement, se fait sans cadre législatif, sur la base du volontariat. On voit ici et là des groupes d’agriculteurs se former pour réfléchir à leurs pratiques”. La dégradation des sols n’est pas inéluctable, rassure-t-elle : “les sols ne sont pas morts, mais peuvent parfois, mal fonctionner”.
S.H.

Philippe Gautier, agriculteur À Savennières : “Des plantes qui régénèrent le sol”


Comment vous êtes-vous intéressé à la vie de vos sols ?

Philippe Gautier : Sur l’exploitation, une ferme laitière en agriculture conventionnelle, le semis sans labour est pratiqué depuis une dizaine d’années pour le maïs et plus de quinze ans pour le blé. Environ 75 hectares sont réservés à ces deux cultures. Nous utilisons juste des outils de faible profondeur, pour enfouir le fumier, et quand c’est nécessaire, un combiplow pour décompacter la terre. L’idéal serait d’aller vers le semis direct, mais nous n’y sommes pas encore.Depuis quelques années, j’ai observé que les rendements avaient tendance à se tasser, voire à régresser en maïs. Alors j’ai suivi plusieurs journées de formation sur la vie des sols, les différents couverts et leurs intérêts, notamment avec Frédéric Thomas, spécialiste en agriculture de conservation. J’ai fait des profils de sol, qui ont mis en évidence une faible activité du sol : nous avons observé peu de galeries de vers de terre. Les analyses effectuées sur plusieurs années ont montré une diminution des taux de matière organique.

Quelles pistes explorez-vous pour avoir un sol plus vivant ?
Nous faisons des couverts végétaux depuis une dizaine d’années. Au début, on couvrait le sol avec des ray-grass ou des repousses de blé. À présent, je choisis des plantes qui vont permettre, je l’espère, de régénérer le sol. Depuis deux à trois ans, j’ai introduit de la féverole, afin de restructurer le sol. J’ai semé également du radis chinois, aux racines très profondes, de l’avoine brésilienne, de la phacélie. Ces espèces ont aussi l’avantage de ne pas nécessiter de glyphosate pour leur destruction, contrairement au ray-grass. Il faut cesser de considérer les couverts hivernaux comme des contraintes mais plutôt comme des atouts pour le sol. 
Recueilli par S.H.

“Ingénieurs de l’écosystème”


On trouve 1,5 tonne de lombriciens, ou vers de terre, dans un hectare de prairie, ce qui correspond au poids de deux vaches. Véritables ingénieurs de l’écosystème, ils contribuent à une amélioration de la fertilité des sols, une meilleure infiltration de l’eau dans les sols et une diminution de l’érosion, et enfin une biodégradation de certains polluants.

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