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Perspectives
Les agriculteurs des cinq continents face au changement climatique

Une soixantaine d’agriculteurs étaient réunis du 23 au 30 novembre à La Pommeraye aux Rencontres internationales agricoles organisées par l’association Initiatives et changements*.

Les Rencontres internationales ont permis d’échanger sur le développement durable, la mondialisation et les besoins de la société.
Les Rencontres internationales ont permis d’échanger sur le développement durable, la mondialisation et les besoins de la société.
© AA
La planète se réchauffe. Des machines agricoles apparaissent sur des terres nues du Groenland ; en France, les dates de moissons ont avancé de 20 jours depuis les années 80 ; certains parlent même de produire du Champagne en Angleterre…  Au-delà de ces quelques effets spectaculaires, c’est toute la production agricole mondiale qui est concernée par le réchauffement climatique. Et à plusieurs titres : elle en subit les conséquences mais elle y contribue aussi. En Europe, 26 % de l’émission des gaz à effet de serre (GES) proviennent de l’agriculture et de l’industrie agro-alimentaire. En même temps, l’agriculture va devoir répondre à un enjeu alimentaire considérable pour nourrir en 2050, quelque 9 milliards d’habitants, alors que des millions de personnes ne mangent pas encore à leur faim. « La question de la productivité se pose avec autant d’importance que celle de l’environnement », a tenu à souligner Christiane Lambert, qui intervenait mardi à La Pommeraye, aux côtés de Jérôme Mousset, de l’Adème,  devant des agriculteurs des cinq continents (Thaïlande, Inde Cambodge, Rwanda, Haïti, Brésil, Kenya, Tanzanie, Australie, Madagascar, États-Unis, Albanie, Ukraine, Pologne…).

Conséquences lourdes au sud
Au Sud, le défi du développement s’ajoute aux défis alimentaire et environnemental. Comment y parvenir sans  reproduire les erreurs du modèle occidental, gourmand en énergie ? Toutes ces questions étaient au centre du débat de mardi. Il ne fait plus de doute maintenant que « l’augmentation des GES a un impact direct sur la température du globe », a redit Jérôme Mousset. Au rythme actuel de consommation, les températures pourraient augmenter de 1, 8 à 4 ° d’ici la fin du siècle. La dépendance de l’agriculteur envers le climat va s’accroître, et de manière inégale. Elle aura de plus lourdes conséquences au sud, où nombre de paysans pratiquent la culture vivrière. La répartition des pluies va être modifiée, avec l’alternance d’événements de plus grande intensité (inondations, sécheresses). En France, il faut s’attendre à une meilleure productivité au nord, mais à des problèmes accrus de sécheresse au sud, où, au « 7 novembre dernier, 14 départements étaient déjà frappés par des arrêtés de restrictions d’eau », citait Christiane Lambert. Le réchauffement va amener à revoir le mode de logement des animaux, à trouver des espèces plus résistantes à la chaleur. Il faudra aussi stocker l’eau et la gérer avec plus de précision.
Quelles actions peuvent entreprendre concrètement les agriculteurs pour atténuer les effets du réchauffement ? L’Adème privilégie trois pistes : économiser l’énergie directe, convertir la biomasse et faire évoluer les systèmes de production. Pour parvenir à ce dernier objectif, l’agence prépare un outil simplifié de diagnostic individuel d’exploitation. Elle travaille aussi à la recherche de stratégies locales de réduction des gaz à effet de serre, en collaboration avec les OPA. Une chose est certaine, pas plus au nord qu’au sud, pour des raisons différentes, « ce ne sera facile », a conclu Christiane Lambert.
S.H.
*Initiatives et changement est un mouvement international qui œuvre en faveur de la résolution des conflits dans une perspective éthique. Il a lancé, en 1994, un programme “Dialogue entre agriculteurs”, qui concerne près d’un millier d’agriculteurs. Une quinzaine de rencontres internationales comme celles de La Pommeraye ont déjà eu lieu.

Inde

Shailendra a fait creuser des étangs dans son village

Shailendra Mahato et son épouse Sushila vivent dans l’État de Jharkhand, au nord-est de l’Inde. Une région industrielle où les paysans, parmi les plus pauvres de l’Inde, ne peuvent cultiver le riz que pendant la saison de la mousson, de mi-juin à mi-octobre, faute de disposer d’un système d’irrigation.
Après ses études, Shailendra a choisi de rester dans son village : «  Je me suis dit : pourquoi devoir quitter mon village pour vivre ?. Je suis paysan, je dois pouvoir gagner ma vie à partir de
ma terre ». Grâce à l’aide d’une grande entreprise locale, qui a mis à disposition des bulldozers gratuitement, une cinquantaine d’étangs ont été creusés autour du village. Ces travaux ont eu pour effet de faire remonter le niveau des sources et ont contribué au développement agricole du secteur, où l’on cultive légumes verts, blé, pommes de terres et riz, et où l’on pratique désormais la pisciculture.  

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