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Interview
« Les agriculteurs doivent vivre de leur métier »

Pour Jean-Michel Lemétayer, le président de la République doit aller plus loin en matière d’allègement des charges et ne pas renoncer à la régulation des marchés.

Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, lors de la manifestation 
à Paris du 27 avril dernier.
Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, lors de la manifestation
à Paris du 27 avril dernier.
© AA

Quel est votre sentiment général sur les propos et annonces de Nicolas Sarkozy sur la crise agricole ?
Jean-Michel Lemétayer : Le président de la République s’est exprimé dans la presse au moment où les paysans et leurs tracteurs défilaient dans Paris pour la défense de leur revenu. Ce n’est pas anodin. Il a compris que le temps n’était plus aux discours mais aux actes et avance des solutions, lance des pistes pour améliorer la compétitivité et le revenu des agriculteurs.

Estimez-vous que le chef de l’État réponde concrètement à la compétitivité de l’agriculture française ?

L’annonce du chef de l’État d’autoriser enfin la circulation des camions de 44 tonnes dans les secteurs agricole et agroalimentaire est très appréciable. C’est une demande ancienne de la FNSEA à laquelle s’était engagé Dominique Bussereau lorsqu’il était ministre de l’Agriculture. Le président de la République a également rappelé l’exonération des cotisations patronales dues à la MSA pour les travailleurs saisonniers. Cette mesure va dans le bon sens. Mais quand une heure de travail coûte 9,29 euros aux agriculteurs français alors que les Allemands n’en dépensent que 6, il ne faut pas s’arrêter là. Il faut une véritable prime à l’emploi pour les salariés, permanents comme saisonniers. Il y va du maintien d'une grande part de l'emploi en milieu rural.

En ce qui concerne l’Europe et l’agriculture, pensez-vous que la volonté politique puisse suffire ?

Le président a montré sa détermination, tout comme son ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, pour que l’agriculture s’inscrive dans le projet de la stratégie de l’Union européenne pour 2020 présentée par la Commission.
La France va défendre, et nous la soutiendrons, une Europe qui protège la sécurité alimentaire des Européens et qui, notamment à l’aide d’instruments de régulation, permette aux agriculteurs de vivre de leur métier.

Dans le domaine fiscal et social, deux piliers pour la bonne marche des exploitations, les mesures élyséennes vont-elles dans le bon sens ?
Les agriculteurs vont pouvoir déduire des revenus d'une année les cotisations sociales dues au titre de cette même année. Ceci correspond à ce que nous appelons l'année "N" et constitue une réelle prise en compte de l’irrégularité de nos revenus, mesure que nous demandons depuis longtemps.Nous sommes plus sceptiques sur le fait de s’assurer contre des dégradations brutales de prix. La dotation pour aléas joue déjà ce rôle, pour peu qu’elle soit facile à mettre en œuvre et à mobiliser.

Quel rôle ont joué la FNSEA et JA dans les mesures annoncées par le président de la République ?
La FNSEA et JA se sont mobilisés depuis de nombreux mois pour ouvrir les yeux du gouvernement et du chef de l’État sur la crise sans précédent que traverse le monde agricole. Lors de notre grande manifestation du 16 octobre, lors de nos mobilisations locales ou sectorielles, dans le rassemblement du 27 avril dernier, les paysans ont fait passer leurs messages. Nous avons été entendus. Nous continuerons cette pression afin que le gouvernement allège encore les charges qui pèsent de manière distorsive et insupportable sur nos exploitations.

Le combat pour les marges est à nouveau d’actualité avec l’annonce d’une réunion le 17 mai sur le sujet à l’Élysée. Que préconisez- vous dans ce domaine ?
Le combat pour la transparence des pratiques commerciales et une juste répartition de la valeur ajoutée est indémodable. Les marges ne peuvent pas, encore et toujours, enrichir les GMS au détriment des paysans et des consommateurs. Nous participerons à la rencontre proposée le 17 mai prochain et je peux vous assurer que nous serons particulièrement vigilants et exigeants par rapport aux engagements des GMS.

Régulation, contractualisation, votre sentiment sur ces deux notions évoquées par Nicolas Sarkozy ?
La contractualisation s’inscrit dans la Loi de modernisation de l’agriculture et c’est une bonne chose.
Au niveau européen, ce sont d’outils de régulation de marché dont nous avons besoin. Certains existent. D’autres sont à imaginer. C’est là que Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire doivent se battre et convaincre la Commission européenne ainsi que nos pays partenaires.
Enfin, inscrire l'agriculture dans les priorités de la gouvernance mondiale et notamment au niveau du G20 est une nécessité.

Actuagri

Nicolas Sarkozy

« La politique agricole commune, élément clé de la sécurité alimentaire des consommateurs »

Les principales mesures annoncées par Nicolas Sarkozy suite à la manifestation du 27 avril à Paris :
. système de déduction fiscale des cotisations MSA ;
. accords de modération de marges entre producteurs et distributeurs. En première ligne le secteur des fruits et légumes pour lequel Nicolas Sarkozy est prêt à expérimenter « une augmentation du prix payé par le consommateur en échange d'une augmentation du prix payé par
l'agriculteur.» Une rencontre est prévue le 17 mai prochain.
. Possibilité d’utilisation des camions de 44 tonnes dans le secteur de l'agriculture et de l'agroalimentaire dès l'été prochain. Double effet attendu : la réduction des émissions des gaz à effet de serre et un gain de productivité de
11 % sur le prix des matières premières agricoles, soit 80 millions d'euros par an pour ces filières.
. Exonération totale des cotisations patronales dues à la MSA, pour les travailleurs saisonniers.
Sur la loi de modernisation et le regroupement en OP, le président de la République s’est déclaré favorable à la contractualisation. Il prône aussi le changement des règles de concurrence et se déclare prêt à en discuter avec le président Barrosso et le commissaire à l’agriculture. Pour certaines filières, comme le lait, « les productions à plus forte valeur ajoutée devront être encouragées ».
En ce qui concerne la place et le rôle de l’agriculture en Europe, Nicolas Sarkozy se félicite de voir que l’agriculture figure désormais dans le projet de stratégie de l’Union européenne. Il rappelle son opposition au démantèlement des moyens de régulation et son attachement à une « politique agricole commune, élément clé de la sécurité alimentaire des consommateurs ».
Parallèlement, il évoque une nécessaire restructuration du monde agricole.
Sur le dossier des OGM, sans répondre directement à la question et en invoquant le principe de précaution dans l’attente des expérimentations, le président Sarkozy avance pour preuve l’engagement financier de l’État en faveur des biotechnologies, en précisant que « la clé, pour l’agriculture, c’est la modernisation ».
Sur le dossier des biocarburants, l’objectif de 7 % de biocarburant est maintenu, mais « l’accent doit être mis sur les biocarburants de seconde génération ».

CONDENSÉ de l’interview accordée à Agra

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