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Interview
« Les producteurs de grandes cultures ne peuvent pas attendre »

À la veille de la manifestation des producteurs de grandes cultures à Paris, le 27 avril, Dominique Barrau* demande aux pouvoirs publics de prendre des mesures immédiates.

Dominique Barrau : « Il y a urgence à prendre des mesures de dégagement du marché. »
Dominique Barrau : « Il y a urgence à prendre des mesures de dégagement du marché. »
© Anjou agricole

 

Une dizaine de FRSEA ont appelé à manifester à Paris le 27 avril. La FNSEA soutient-elle cette initiative ?

Dominique Barrau : L’idée d’organiser un grand défilé de tracteurs à Paris a été lancée à l’occasion du congrès de la FNSEA à Auxerre, les 30, 31 mars et 1er avril. Le prix des céréales, dont de nombreux experts nous disaient qu’il allait se maintenir à des niveaux élevés, au moment du bilan de santé de la Pac, n’a pas tenu ses promesses. Les cours se sont effondrés. On ne peut nier que les producteurs de grandes cultures rencontrent aujourd’hui de réelles et graves difficultés en termes de trésorerie et de revenu. C’est la raison pour laquelle la FNSEA appuie l’initiative de ses fédérations régionales d’organiser une grande manifestation à Paris le 27 avril. Nous attendons un millier de tracteurs et plusieurs milliers d’agriculteurs.

Sur quel thème appelez-vous les agriculteurs à se mobiliser ?

Depuis plus de six mois, les représentants des régions céréalières nous ont alertés sur la dégradation de la conjoncture des grandes cultures. Le Président de la République a annoncé lui-même la mise en place d’un comité de suivi des céréales. Celui-ci s’est réuni pour la première fois le 14 avril et il a proposé la création de trois groupes de travail : les revenus et la compétitivité de la filière, le marché des grandes cultures, les contraintes spécifiques du secteur. Notre objectif est de faire en sorte que ce comité travaille et propose des solutions rapidement. Il y a urgence à prendre des mesures de dégagement du marché des céréales qui auront un effet immédiat sur les prix. Mais je n’oublie pas la nécessité de diminuer les charges. Notamment celles qui sont consécutives à la multiplication des contraintes environnementales qui pèsent sur les exploitations agricoles. J’ai bien retenu le message du Président de la République au Salon de l’agriculture qui n’a pas hésité à déclarer que l’environnement, « ça commence à bien faire ». Nous voulons des actes et pas des discours.

Vous ne faites pas confiance au Président de la République qui a annoncé un rendez-vous à la fin de l’année pour décider d’éventuelles mesures de soutien…

Les producteurs de grandes cultures ne peuvent pas attendre le mois de décembre pour bénéficier d’aides. À la veille de la nouvelle récolte, le meilleur moyen de redresser les prix  et le revenu des agriculteurs est de vider les silos et de trouver des débouchés. Une dizaine d’euros de plus à la tonne de céréales aura bien plus d’effets que n’importe quelle aide. Sinon la situation sera pire dans quelques mois. Mon appel s’adresse également à Bruxelles pour que la Commission décide des mesures de gestion du marché qui s’imposent.

JA organise une grande opération de communication sur les Champs-Élysées, les 23 et 24 mai. Ne craignez-vous pas que le message des agriculteurs soit brouillé ?

La manifestation de Paris et l’opération de communication sur les Champs Élysées sont complémentaires. Je dirais même mieux, l’une ne va pas sans l’autre. Ce n’est pas parce que nous sommes engagés sur des chantiers de fond, de promotion de l’image des agriculteurs auprès de l’opinion que nous devons oublier nos revendications plus immédiates. Chaque chose en son temps.

RECUEILLI PAR ACTUAGRI

 

* Secrétaire général de la FNSEA.

 

Emmanuel Lachaize, président de la section départementale Grandes cultures : Pour une mobilisation forte des producteurs du département

 

Pourquoi Maine-et-Loire s’est-il rallié au mouvement ?

E. L. : Le Maine-et-Loire n’est, certes, pas un département identifié comme producteur de grandes cultures mais on peut quand même y distinguer deux bassins (le Saumurois et le Baugeois) qui vivent principalement de productions végétales, avec pour particularité d’exploiter des moyennes surfaces. Ainsi, la baisse des prix que connaissent les grandes cultures depuis 2008 provoque des situations financières très tendues sur les exploitations ligériennes. Même combat pour les polyculteurs-éleveurs du Maine-et-Loire, leur revenu est largement impacté par la crise du secteur des grandes cultures, tant par l’effet bilan de santé que par l’effet marché. La diversité des cultures dans le département n’empêche pas la mobilisation de tous les agriculteurs, bien au contraire.

Des mesures immédiates

Après 2008 et 2009, les scopeurs ne supporteront pas une troisième année de crise. Il est donc urgent que le gouvernement prenne conscience de la situation et annonce des mesures de soutien exceptionnelles. Attendre la fin de l’année pour analyser et mesurer l’incidence des prix bas et du bilan de santé est suicidaire pour le monde agricole. La pérennisation et l’augmentation de l’aide pour la diversité des assolements ainsi que le gel du taux de modulation sont des mesures concrètes et immédiates. Nous attendons également toujours l’exonération de la TFNB annoncée par le Président de la République fin 2009. Il est aussi urgent de travailler sur une baisse des charges sur les exploitations, qu’elles soient opérationnelles, fiscales ou sociales, car en l’état, elles affaiblissent la compétitivité de l’agriculture française et sont une forme évidente de distorsion de concurrence. Enfin, les pouvoirs publics doivent donner les impulsions relevant de leur responsabilité pour dynamiser l’accès au marché. Par exemple, faciliter le stockage et le crédit export.

Des contraintes environnementales moins fortes

Lors de la clôture du Salon de l’agriculture 2010, le Président de la République a proposé une nouvelle méthode d’approche environnementale : pour toute nouvelle mesure, évaluer l’impact environnemental et économique des mesures en place, puis décider de les maintenir, les annuler ou de les remplacer. Nous ne demandons qu’à le prendre au mot car les Cipan, bien qu’elles aient un rôle positif reconnu, représentent tout de même un coût d’environ 70 €/ha pour les exploitations, ce qui n’est pas négligeable en année difficile.



 

Bernard Bélouard* : Les prix 2010 s’annoncent aussi bas qu’en 2008 et 2009

 

« Les premiers signes de tendance pour 2010 ne sont pas encourageants. Au 30 juin, il devrait rester un tiers de la production mondiale de céréales 2009 en stock alors qu’en France les prix de la récolte 2010 s’annoncent aussi bas que ceux des deux dernières années. S’ajoutent à ce marché difficile pour les céréaliers une perte de 20 % des aides Pac ainsi qu’un coût d’intrant qui a, certes baissé, mais qui est toujours élevé par rapport au prix payé aux producteurs. Concernant les Pays de la Loire, l’année 2010 risque également d’être critique dans la mesure où la région est en sous capacité de stockage pour cause de stocks en cours et de silos de moins en moins nombreux. La situation économique est devenue insoutenable pour nos exploitations. Il faut donc que les agriculteurs de Maine-et-Loire se mobilisent pour défendre une agriculture de qualité et compétitive. La réussite de la manifestation du 27 avril passe par une mobilisation importante des départements ».

* Représentant du Maine-et-Loire à l’AGPB.


 

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