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Lait
Les producteurs de l’Ouest contre une baisse « inacceptable » du prix

Un camion bloqué près de Pouancé, d’autres actions similaires dans l’Ouest : la mobilisation des éleveurs s’amplifie pour se faire entendre des entreprises de transformation.

Des blocages de camions, comme ici à La Poitevinière, ont eu lieu dans plusieurs départements de l’Ouest et dans toute la France.
Des blocages de camions, comme ici à La Poitevinière, ont eu lieu dans plusieurs départements de l’Ouest et dans toute la France.
© AA

 

«Jamais – 40 euros ». Le message en lettres noires sur le camion de collecte annonce leur détermination. À La Prévière, près de Pouancé, jeudi matin, une quarantaine de producteurs de lait se sont retrouvés pour bloquer un camion de collecte, chez Marc Guignard, un exploitant qui produit 270 000 litres de lait et qui vient tout juste de terminer sa mise aux normes. Cette action a marqué le coup d’envoi dans l’Ouest d’une vaste mobilisation nationale décidée à l’appel de la FNPL, et qui devrait s’amplifier dans les semaines à venir. L’après-midi, des élus de la FRSEAO lait, le Sarthois Pascal Clément, secrétaire général de la FRSEAO, et Christophe Berthier, vice-président de la section laitière d’Ille-et-Vilaine, ont convergé sur place, avec Alain Cholet, président de la FDL, pour soutenir les éleveurs. « Les propositions des industriels sont inacceptables, ont insisté les responsables syndicaux. Avec l’augmentation des charges que connaissent les producteurs, on ne peut pas aller vers une baisse d’une ampleur jamais égalée. On nous considère ni plus ni moins comme des fournisseurs de matière première ». Les entreprises, avec qui les discussions au sein du Cniel sont interrompues depuis mardi 14 octobre, faute d’accord, annoncent des baisses de 40 à 70 euros/1 000 litres au 4e trimestre et de 100 à 120 euros au 1er trimestre 2009, s’appuyant sur de nouveaux index. Elles réclament un système plus réactif, à trois mois contre douze auparavant. 

La réactivité oui, mais…

Dans le principe, les producteurs ne sont pas opposés à la réactivité, « dans la mesure où cela correspond mieux à la situation des  entreprises à un moment T, mais pas dans n’importe quelles conditions », explique Alain Cholet. Les producteurs souhaitent avant tout que les transformateurs reviennent rapidement à la table des négociations pour le prix du lait du 4e trimestre, car la profession a besoin de lisibilité. « Si vraiment nous avons un esprit de filière et si les transformateurs respectent les producteurs, nous devons arriver à un accord dans les prochains jours », insiste Pascal Clément. Mais, pour cela, il faut que les entreprises reviennent « avec l’intention de négocier, ajoute Alain Cholet. Car toute nouvelle rencontre dans les mêmes conditions n’aurait pas lieu d’être ». Les producteurs n’accepteront pas que des entreprises sortent du cadre de l’interprofession, comme Entremont Alliance a tenté de le faire après la décision de la DGCCRF (Répression des fraudes) de mettre fin aux recommandations nationales, en mai dernier, et qui depuis déstabilise la filière. Mais, en préalable à toute reprise des discussions, ils demandent « que les compteurs soient remis à zéro, c’est-à-dire que les 27 euros/1 000 litres que nous doivent les entreprises soient réglés. Il nous faut un solde de tout compte ». 

+ 50 euros de charges par 1 000 litres de lait

Ils veulent aussi que la réactivité tienne compte de l’évolution des charges, qui ont augmenté, d’après l’Institut de l’élevage et la FNPL,  d’environ 50 euros/1 000 litres pendant les 12 derniers mois. Les producteurs estiment que l’évolution du prix au dernier trimestre 2008 devrait être de 7,04 euros/1 000 litres, « ce chiffre correspondant aux dernières méthodes de calcul national connues ». Ils ajoutent que, par rapport à l’évolution des marchés en 2007, ils « sont loin d’avoir obtenu ce qu’ils sont censés obtenir », notamment par rapport à l’évolution du lait allemand. « Sur les douze derniers mois, le lait a été payé à plus de 20 euros/1 000 litres plus cher aux producteurs allemands ». 

Des conséquences « dramatiques » 

Une baisse de 70 euros comme demandée par les entreprises aurait des « conséquences dramatiques » pour les exploitations familiales laitières. « On risque d’avoir à nouveau des demandes d’aides à la cessation laitière, prévient Alain Cholet, comme dans la période 2004-2007. En août 2007, on comptabilisait en Maine-et-Loire entre 70 et 80 demandes à la clôture des dossiers. Vu l’amélioration de la conjoncture, la moitié avait changé d’avis en décembre. Mais cette moitié-là, on va la retrouver en grande difficulté si le prix du lait baisse dans les proportions annoncées ». À la fin août 2008, on comptait 36 dossiers de demandes en Anjou. « Alors qu’on constate aujourd’hui les résultats des efforts faits en matière de qualité de l’eau grâce à des investissements en mise aux normes lourds mais nécessaires, on court le risque de voir disparaître des exploitations », s’insurge Christophe Berthier. Des perspectives d’autant plus inquiétantes que le spectre de laits flottants revient. Entremont a dénoncé un contrat pour 250 000 litres approvisionnés par Sodiaal et également des accords avec d’autres entreprises. Les producteurs, enfin, pointent du doigt l’attitude des pouvoirs publics français qui n’ont pas demandé à la Commission européenne de réactiver les restitutions à l’exportation, « comme cela est possible jusqu’en 2012 », afin d’évacuer les volumes et de soutenir les cours des produits. La France s’y oppose en raison de la problématique du pouvoir d’achat. En attendant, c’est celui des producteurs qui risque d’être fortement amputé.

S.H.

 

(voir également en page 2).

 

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