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Mobilisation
Les raisons de la colère du monde agricole

Défense du revenu, transparence des marges, juste rémunération, volatilité des prix… les agriculteurs crient leur désaccord. Manifestation à Angers et dans toute la France. Les raisons de la colère du monde agricole

Les agriculteurs manifesteront dans toute la France en prélude à la date du 12 novembre, journée de la conférence sur le revenu.
Les agriculteurs manifesteront dans toute la France en prélude à la date du 12 novembre, journée de la conférence sur le revenu.
© AA

Les agriculteurs sont dans la rue ce vendredi matin. À l’appel de la FNSEA, ils manifesteront dans toute la France en prélude à la date du 12 novembre, journée de la conférence sur le revenu. Les agriculteurs sont dans la rue pour marquer leur détermination, mais aussi leur colère face à la hausse de leurs charges, leur non répercussion sur les prix, mais aussi parce qu’ils ne veulent pas faire les frais de la politique de pouvoir d’achat qui voudrait les désigner comme responsables de la valse des étiquettes. « La bataille pour le pouvoir d’achat des Français ne se fera pas sur le dos des agri- culteurs », rappelait Jean-Michel Lemétayer. C’est pourquoi, les actions de ce vendredi ont pour cible la grande distribution - trois sites sur Angers –, afin d’exiger la transparence sur « les marges obscures », comme le souligne Mickaël Bazantay. Les pouvoirs publics et les élus qui ont laissé s’instaurer la loi de modernisation économique seront aussi interpellés, car cette disposition laisse à la grande distribution les pleins pouvoirs pour imposer ses propres règles du jeu. Les messages délivrés aux consommateurs seront clairs : “Stop aux marges abusives”, “Sarko + Leclerc = plus de profit”, “La loi Chatel fait la part belle aux GMS”, “Travailler plus pour gagner moins”, “Notre métier a un prix”, “LME = loi Michel-Édouard”. Un pique-nique devait rassembler, ce midi, les manifestants devant la préfecture d’Angers. De son côté, Jean-Michel Lemétayer a rencontré le Premier ministre, François Fillon, mardi soir. Celui-ci l’a assuré qu’il avait « conscience qu’il faudrait aider certains secteurs en difficulté ». « Je pense qu’il y aura des mesures qui devraient prendre la forme de prises en charges d’intérêts, de reports de charges sociales et d’allégements des charges », a indiqué le président de la FNSEA. Volatilité des prix L’évolution du contexte économique tel qu’on le connaît depuis plusieurs semaines va-t-elle amener les agriculteurs à devoir composer avec la volatilité des prix ? Des indicateurs peuvent le laisser penser. Les céréales que l’on a vu atteindre des sommets voici quelques mois, enregistrent aujourd’hui une tendance baissière qui les ramène à un niveau plus habituel. Cette instabilité des cours, comme l’a expliqué Christine Goscianski, de la Chambre d’agriculture régionale, lors du conseil fédéral de ce mardi, touche aussi le pétrole, dont le prix du baril, après avoir doublé, est repassé sous la barre des cent dollars. On constate aussi un effondrement du fret et une parité euro-dollar qui place l’Union européenne en situation plus favorable pour les exportations – avant les résultats de l’élection américaine, toutefois. Pèsent aussi dans la balance les prochaines échéances du bilan de santé de la Pac, qui devrait déboucher sur un compromis politique le 18 novembre, et un peu plus tard, les orientations préconisées dans le cadre de l’OMC. Si on ajoute à cela l’envolée des coûts de l’énergie et des intrants - le tout dans un contexte de récession -, il tombe sous le sens que les revenus des agriculteurs sont impactés. « Ces perspectives nous obligent à la lucidité pour se préparer à affronter les problèmes », soulignait Christiane Lambert. « Il y a une bataille sur les prix, mais aussi sur les charges, c’est tout l’objet de la manifestation du 7 novembre et l’enjeu de la conférence sur les revenus du 12 novembre. C’est pourquoi nous avons intérêt à dire la réalité aux consommateurs, car c’est leur opinion qui est aujourd’hui prise en compte ».

M. L.-R.

Bruno Delaâge

« On n’a pas encore vu véritablement les effets de la crise »

Combien de temps cette crise peut-elle durer ? En venant expliquer au conseil fédéral le pourquoi et comment de la crise actuelle (fin de la bulle internet, montée en puissance de la bulle immobilière avec des banques sans fonds propres, faillite d’un organisme bancaire entérinée par les pouvoirs publics américains, etc), Bruno Delaâge s’est bien gardé d’en pronostiquer la fin. « dès lors que le plan européen sera opérationnel, on sera sorti de la crise mais elle ne sera pas totalement derrière nous ». Pour en sortir vraiment, il faudra « purger » la situation, c’est-à-dire attendre que les prix de l’immobilier s’assagissent. Pour le directeur général de la Caisse régionale de Crédit agricole Anjou-Maine, il reste beaucoup d’incertitudes, car « on n’a pas encore vu véritablement les effets de la crise ». C’est pourquoi, il pense que, « en France, l’année 2008 restera positive ». Et au Crédit agricole aussi. Les crédits nouveaux à moyen terme sont en progression de 26 % par rapport à 2007 (322 millions d’euros contre 256 en 2007 à fin septembre pour atteindre 400 millions en fin d'année). Et il s’attend même à une baisse des taux d’intérêt. Sur le plan agricole, la banque verte, qui a toujours pour objectif de financer 80 % des installations aidées, ne remettra pas en cause sa politique d’installation des jeunes agriculteurs. « Les jeunes ne doivent pas se dire, “2009 est une année blanche ; je reporte mon projet en 2010”. Mais nous accompagnerons plus finement les projets ». Pour les autres, le banquier préfèrera toujours les fourmis aux cigales : « Plutôt des fonds propres que des garanties ou des hypothèques », précise Bruno Delaâge en recommandant à la profession de « se battre surtout pour garder les prêts bonifiés ». Quant aux entreprises agro- alimentaires, le responsable bancaire constate « les restructurations importantes, y compris au niveau coopératif. Mais ce n’est pas tant la crise, qui fragilise, que la pression de la grande distribution ». C’est d’ailleurs une tendance confirmée par Coop de France lors d’une conférence de presse du 4 novembre : « Sur les dix premiers mois de l’année, 68 opérations (dont 35 entre coopératives) ont été menées contre 56 (et 21 entre coopératives) en 2007 ». m. l.-r.

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