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Fourrages
Les systèmes herbagers durement touchés par la sécheresse

De 35 à 49 % de pertes sur les récoltes de foin et d'herbe. Les systèmes herbagers paient un lourd tribut au climat. La commisssion d’expertise sécheresse l’a constaté sur le terrain, mardi.

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En déplacement sur le terrain toute la journée du mardi 28 juin, la commission d'expertise sécheresse a pu mesurer l'ampleur de la situation. Sept exploitations ont été visitées, une journée marathon au constat identique : les récoltes d'herbe et de foin sont déficitaires et les prairies ne donnent quasiment plus rien. Avec une grande hétérogénéité due à des épisodes orageux complètement aléatoires ici ou là et des différences de niveaux de précipitations impressionnants de l’extrémité d'une commune à l'autre. Dans de nombreuses exploitations, les stocks sont au plus bas et ne suffiront pas à assurer l'alimentation des animaux. Il faudra donc avoir recours à des achats extérieurs même si  toutes les autres pistes de substitution (paille aux génisses, etc) ont été explorées. Les bilans fourragers sont sans appel : il manquera du foin pour nourrir les animaux. Un surcoût estimé à plus de 200 euros par vache, alors que les trésoreries des exploitations sont à sec. Là où il n'y a pas d'eau, tous les systèmes de production sont touchés. Les systèmes herbagers sont particulièrement impactés.

Il manque 120 tonnespour nourrir le cheptel

Comment s'en sortir ?  “On vit sur le salaire de mon épouse”, relate Jean-Paul Pineau, sur une exploitation laitière de 65 hectares en conversion bio (46 prim’holstein) à Saint-Clément-de-la-Place. Même discours chez Julien Denis, éleveur naisseur à Saint-Lambert-la-Potherie. La nature des sols, à fleur de rocher, ne laisse d'autre alternative que l'élevage. L'exploitation a déjà bénéficié des plans Barnier et Sarkozy, qu'il faut aujourd'hui rembourser. Pour la partie de l'exploitation située dans l'Ile Saint- Aubin, le bilan fourrager à fin juin est là aussi explicite : il manque 40 % de rendement, calcule le jeune éleveur. Il manquera 120 tonnes de fourrage pour nourrir le cheptel. “L'exploitation parvient tout juste à payer l'eau et l'électricité. Pour le reste, c'est le salaire de ma femme qui nous fait vivre”. Alors, acheter du fourrage à l'extérieur…, “je verrai bien avec les dernières coupes, mais en fonction du prix, d'un point de vue économique, il faudra peut-être décapitaliser”.
“On constate que des exploitations, qu'elles soient laitières ou en élevage allaitant avec un système herbager et sans chargement excessif sont particulièrement touchées”, constate Pascal Gallard, président du pôle Elevage. “On constate aussi que l'équilibre financier de la famille repose sur un salaire extérieur. C'est frustrant. Cela ne remet pas en cause les orientations prises par les éleveurs, cela remet en cause la sécurisation du système  herbager".

 

La rémunération reste au cœur du problème

“Même si, ici ou là, c'est un peu plus vert, partout la quantité d'herbe récoltée est insuffisante”, confirme Michel Brossier, élu chambre d'Agriculture et éleveur dans le Vihersois. “Le secteur de la viande bovine est impacté à la fois par un phénomène conjoncturel de deux années d'aléas climatiques et un phénomène structurel tirant les prix vers le bas depuis 2006. Quand un éleveur ne peut plus rémunérer son travail, y compris dans des exploitations très performantes, il se pose inévitablement des questions. Il se demande comment il va s'en sortir”. Pour Michel Brossier, une des solutions est dans l'organisation collective.
“Nos instances professionnelles se battent pour trouver des solutions économiques à l'approvisionnement des fourrages. Les indications de prix, celui de la paille en andains par exemple, évitent la spéculation. La communication fait prendre conscience aux non-éleveurs de la gravité de la situation. On leur dit : on a besoin de vos fourrages grossiers”.
“Agir collectivement, trouver des solutions ensemble, c'est aussi éviter de s'isoler dans ses problèmes”, ajoute Michel Brossier. Mais le responsable professionnel ne cache pas qu'au-delà, c'est la rémunération qui reste au cœur du problème. “On aura beau évoquer les piliers économique, social et environnemental du développement durable, si le pilier économique est bancal, l'élevage perdra l'équilibre”.

Conseils et appuis techniques

Tout n'est pas joué. Qu'en sera- t-il de l'évolution du climat ? Des récoltes de céréales ? Que donnera le maïs, les prairies d'automne ? Entre-temps, la Chambre d'agriculture et la FDSEA poursuivront leur soutien et appuis techniques, sur le terrain et également à travers les pages de l'Anjou agricole, pour apporter des conseils, donner des outils de pilotage.
Les éléments relevés et vérifiés lors de la journée du 28 juin feront l'objet d'un rapport établi par la DDT et qui sera validé le 6 juillet, lors du Comité départemental d’expertise. Des éléments suffisamment probants pour que la procédure calamités agricoles pour 2011 puisse être enclenchée sur l'ensemble du département pour les exploitations en système herbager. Il s'agira aussi d'envisager la suite, prévoit déjà Pascal Gallard : procèdera-t-on à la même démarche à l'automne pour les semis de printemps ?

M.L.-R.

Faute de foin, on prend les bermes

Lundi après, Michel Boutin, éleveur à Chemillé, est entré avec la botteleuse dans les sept hectares de délaissés, en bordure de l'autoroute A87 à hauteur de Chemillé. L'opération fait suite à la demande de la FDSEA49 de pouvoir traiter les bermes et les espaces gérés par le Conseil général afin de compenser la pénurie de fourrage de cette année. "On nous a accusés de vouloir nous enrichir avec l'opération paille, précise Alain Cholet, secrétaire général adjoint de la FDSEA. Nous nous sommes bornés à organiser les choses, laissant au terrain le soin de mettre en place l'opération". "J'ai pris contact avec la Cuma du Soleil des Mauges, explique Stéphane Bouju, le responsable local, pour qu'elle voie comment opérer et qui irait faucher et presser”. Sur la parcelle, quatre roundballers de 320 kilos ont été récupérés. De quoi à peine conforter l'alimentation de son troupeau de charolaises, estime l'éleveur, car le rendement et la qualité du fourrage ne sont pas optimaux. "Il aurait fallu travailler plus en amont", disent les agriculteurs. Pour autant, le responsable du centre technique du Conseil général à Beaupréau, Michel Bourget, et les agriculteurs voient déjà une suite positive à cette opération ponctuelle. "Pourquoi ne pas envisager une sorte de convention qui prévoie que l'entretien sera assuré par les agriculteurs ?" Voilà bien qui entre dans la réflexion de l'utilisation des terres", ajoute Stéphane Bouju. 
Plus au nord du département, une autre opération s'est mise en place avec les équipes FDSEA des cantons de Candé et du Lion d'Angers. Sur 40 kilomètres, aller retour, de l'axe routier entre Angrie et Le Lion d'Angers, les bermes ont été fauchées (voir photo). "L'action était encadrée par les services techniques du Conseil général qui assuraient notre sécurité et celle des usagers de la route", apprécie Jacques Mousseau, responsable de la région du Segréen.
18 tonnes de foin pourront être distribuées aux éleveurs les plus nécessiteux du secteur". Les agriculteurs se réjouissent de cette solidarité alors que, par ailleurs, des spéculateurs jouent sur la détresse des paysans pour faire s'envoler les prix ou que d'autres décident de broyer la paille. "Cette opération menée bénévolement et gratuitement montre bien que les opération solidarité ne sont pas faites pour enrichir notre structure", indique Jacques Mousseau. Le responsable du Segréen invite aussi chacun à adopter une attitude citoyenne : évitez de jeter vos déchets par les fenêtres des voitures", invite-t-il.

M.L.-R.

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