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Viticulture
Leur domaine viticole cherche à résister aux vents contraires

Episodes de gel répétés, effets de l’inflation : le Château du Fresne fait face à un certain nombre de difficultés. Les 3 vignerons associés cherchent à s’adapter à une conjoncture qui les malmène.

Olivier Bretault et David Maugin, deux des 3 associés du domaine viticole Château du Fresne, à Faye-d’Anjou (Bellevigne-en-Layon). Le 3ème associé est Yannis Bretault.
© AA

Un  gel qui devient la norme. « Sur les 8 dernières années, nous avons vécu 6 années de gel », comptabilise David Maugin, associé du Château du Fresne, un domaine viticole de 75 ha, situé à Bellevigne-en-Layon. Dernier gel en date, celui des 4, 5 et 6 avril, qui a touché en particulier les chenins, le premier cépage du vignoble. Difficile de chiffrer encore précisément les dégâts, mais au moins 10 % des chenins seraient endommagés. Ce nouvel épisode gélif va venir entamer la disponibilité en raisin. « A ce jour, c’est cela qui m’inquiète le plus », confie le vigneron indépendant.
En 2021, les dix jours consécutifs de gel avaient déjà bien réduit le potentiel de production, avec seulement « une petite demi-récolte ». Le domaine avait rentré 1  700 hectos, contre 3 500 hl en moyenne. L’année 2022 n’avait pas permis un rattrapage, puisqu’il n’avait enregistré qu’une « grosse demi-récolte », avec 1 900 à 2 000 hl. Car en plus du gel et de la sécheresse, le domaine a été indirectement impacté par l’incendie de la forêt de Beaulieu-sur-layon, en août 2022. « Les vignes n’ont pas brûlé en tant que telles, mais les couverts végétaux et les haies ont brûlé. 12 ha en lisière de forêt ont subi une perte de récolte importante », explique David Maugin.


Moins de disponibilités
à ce rythme, le Château du Fresne va finir par manquer de vin sur certaines gammes. « En 2022, même si la récolte était faible, nous avons réalisé autant de mises en bouteille, grâce à nos stocks. Cette année, il y en aura moins », confirme le vigneron. Mais le fait de commercialiser auprès de particuliers le rassure  un peu : « le manque est plus facile à gérer que les gros marchés, souligne-t-il. Il est plus facile d’expliquer les choses à nos clients. De leur dire, par exemple, que d’ici deux mois nous n’aurons plus de sauvignon blanc à proposer ! ». Les trois quarts du vin sont en effet commercialisés en vente directe : la moitié à la cave, l’autre, en livraison dans toute la France.


L’inflation, de la vigne à la bouteille
à ce manque de volumes, s’ajoutent les conséquences de l’inflation. Entre début 2022 et début 2023, le prix des bouchons a pris entre 8 et 31 % selon des catégories. Celui des bouteilles, entre 20 et 70 %. Même s’il conditionne la moitié de ses volumes en bib, le Château du Fresne utilise 150 000 à 200 000 bouteilles/an. La tension sur le marché du verre a des conséquences concrètes : « c’est actuellement le verre blanc utilisé pour les crémants de Loire qui est le plus compliqué à trouver, et le plus cher », constate David Maugin.  Le vigneron a dû cesser les conditionnements en demi-bouteilles, assez prisées des restaurateurs pour le rosé de Loire, par exemple. Flambée des prix aussi sur les cartons, avec 15 à 20 % de surcoût, et, plus en amont sur les engrais (entre 7 et 20  % sur les organiques, jusqu’à 100 % sur les chimiques), et sur les phytos (de 5 à 35 %). Le temps sec de 2022 aura au moins eu cet avantage de nécessiter moins de traitements à la vigne...


Aller à la rencontre des clients
Pour faire face à cette inflation de la vigne à la bouteille, les  vignerons réalisent des économies sur différents postes : baisse des doses de phytos, allongement du temps de travail des associés, substitution des bouchons de liège par des bouchons techniques, moins onéreux. Quant aux livraisons, gourmandes en carburant, elles sont organisées de manière à regrouper davantage les commandes : « au lieu d’aller deux fois dans une région, on ne s’y rend qu’une fois ». Il est parfois fait appel à des transporteurs.
Mais, pour l’essentiel, les associés tiennent à effectuer leurs livraisons eux-mêmes, pour garder le contact avec une clientèle fidèle. Les trois associés livrent, mais celui qui passe le plus de temps sur les routes est Olivier Bretault, parti en moyenne 30 semaines par an. « C’est chronophage, mais c’est vraiment sympa, on aime aller à la rencontre des clients ».


Hausse répercutée en partie
Dans ce contexte, le domaine n’a pas pu se passer d’une augmentation des tarifs, progressive : quelques centimes de plus en 2022, et 50 ct de plus par litre en 2023. « Cela ne suffira pas à compenser l’augmentation des charges subie, même si certains prix rebaissent aujourd’hui, comme le carton et l’azote », souligne David Maugin.  
En attendant des jours meilleurs, le domaine continue à investir sur ce qui fait son ADN, le contact direct avec la clientèle individuelle. Via des portes ouvertes, ou aussi des dégustations bien au-delà de l’Anjou. La dernière en date s’est déroulée en Baie de Somme, la prochaine sera en Normandie.
S.H.

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