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FDSEA / JA 49
"Nous sommes capables de bloquer tous les ponts de la Loire"

Les syndicats FDSEA et JA 49 ont bloqué le pont de la Loire pendant plusieurs heures mardi 3 mars. Le temps nécessaire au débit du fleuve pour couvrir les besoins annuels d'irrigation pour la production agricole du département.

C'est un défilé inhabituel qui s'est déroulé ce mardi sur la portion de l'A87, entre les échangeurs 22 et 21, précisément sur le pont de la Loire. Sur la route, ce sont 100 tracteurs, venus principalement des exploitations de la vallée de l'Authion, mais pas seulement, qui se sont rangés en épi, bloquant la circulation des véhicules de 10 à 17h. Au volant ou à côté, ce sont 170 adhérents de la FDSEA et de JA 49 qui ont brandi les drapeaux verts et rouges, mobilisés pour réclamer "une véritable politique de stockage de l'eau" afin de sécuriser la production agricole du Maine-et-Loire.

Tout le département concerné

Parmi eux, Pierrick Bazanté, installé en 2020 à Chemillé-en-Anjou (Neuvy-en-Mauges), éleveur de poules pondeuses repro et de vaches laitières. Il a repris des parcelles irrigables via un forage que l'administration remet aujourd'hui en cause. "Or sans cet accès à l'eau, je ne peux pas garantir la production de maïs ensilage nécessaire à l'alimentation de mes animaux. Je serai obligé d'acheter l'équivalent de 15 ha de maïs. Ce n'est économiquement pas viable", témoigne-t-il. Venu de Baugé-en-Anjou (Le Guédeniau), Jean-Marie Rousteau a développé les cultures spécialisées grâce à l'irrigation. "Sans elle, il n'y a pas de revenu pour trois associés, alors qu'un jeune vient de s'installer, pointe-t-il. On met en danger la pérennité de l'exploitation dans notre secteur au sol sableux". Dans le Segréen, à Thorigné d'Anjou, Yannick Forestier irrigue à partir de la Mayenne et est confronté à des seuils de restriction qui compliquent la conduite de ses cultures de printemps, et donc la production de fourrage pour ses bovins. "Il faudrait avoir une régularité du volume d'eau sur la période estivale", suggère-t-il.

65 millions de m3 en 3h45

L'accès à la ressource en eau ne concerne donc pas seulement les agriculteurs de la vallée (lire aussi en page 4), mais l'ensemble des exploitations du département. "Les besoins annuels en irrigation sont en moyenne de 54 millions de m3 et de 11 millions de m3 pour l'abreuvement des animaux", estime la FDSEA 49. Un volume de 65 millions de m3 qu'il faudrait pouvoir mettre en réserve lors des excès d'eau. Sous le pont justement, la Loire s'écoule avec un débit encore proche des 5 000 m3/seconde atteint à la station de Montjean-sur-Loire lors des récentes inondations. Un écran géant affiche le volume d'eau accumulé en temps réel. En moins de quatre heures, les besoins pour l'usage agricole sont couverts.

Leviers d'action

Avec cette action symbolique, les syndicats professionnels veulent montrer que "chaque m3 qui passent, ce sont pour nos productions, nos filières, nos exploitations, et au final, notre dynamique de territoire". "L'agriculture est une activité économique qui représente 1,4 milliards d'€ de chiffre d'affaires, rappelle Emmanuel Lachaize. Mais sans eau, l'agriculture du Maine-et-Loire ne vivra plus". Selon la FDSEA et les JA 49, "il est temps de remettre du bon sens dans la gestion du dossier de l'eau". Des leviers d'action sont d'ores et déjà identifiés. Concernant les études HMUC, un travail de contre expertise est engagé par la Chambre d'agriculture "pour démontrer que les modèles utilisés ne sont pas les bons". Le président de la FDSEA incite également ses adhérents à "intervenir auprès des élus des commissions locales de l'eau (CLE) afin d'expliquer l'impact de la validation de ces études sur le territoire". Enfin, il annonce que "tout volume qui ne nous conviendra pas dans les conclusions de ces études sera attaqué juridiquement et on mettra la même énergie dans chaque bassin".

Zones humides

Concernant les espaces de stockage, un dossier très dépendant de la réglementation des zones humides, les syndicats ont récemment réuni les instances régionales "pour en revoir la définition". "Nous voulons y inscrire un critère essentiel : celui de la fonctionnalité, déclare Emmanuel Lachaize. Et nous n'acceptons pas que le dédrainage soit la solution de compensation suggérée en cas de construction en zones humides". Sur ce sujet de la compensation, les syndicats en réclament d'ailleurs pour les agriculteurs qui acceptent de voir inonder leurs parcelles pour préserver les habitations en cas de crue. "Il est temps que nos élus s'emparent du dossier de l'excès d'eau, affirme-t-il. Pour l'instant, ce n'est pas le cas et c'est irresponsable de ne pas penser au stockage de l'eau, ne serait-ce que pour l'eau potable. La compensation doit se faire maintenant : les terres inondées aujourd'hui, le seront encore demain, voire plus."

Enfin, un autre levier qu'il reste à actionner est celui des maîtres d'ouvrage. "Certains ne font pas leur boulot, juge Emmanuel Lachaize. Les ouvrages ne vont pas sortir de terre tout seuls. C'est le rôle des syndicats de rivière et des syndicats de gestion des ouvrages hydrauliques. Et s'ils ne le remplissent pas, pourquoi alors payer notre redevance ?"

Avant de mettre fin à la mobilisation, le président de la FDSEA annonce aux adhérents que l'action de mardi "ne sera pas la dernière sur le sujet eau cette année". "Il faudra la renouveler, dit-il. Il n'y a que comme ça que l'on arrivera à faire bouger les choses. La prochaine étape, je ne la connais pas. Mais je sais qu'il y a sept ponts qui franchissent la Loire dans notre département. Et vu la force de notre réseau, je sais que nous avons la capacité de tous les bloquer".

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