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Xavier Beulin
“Plutôt compter sur la valorisation de nos produits que sur les aides de l’état”

Dans une interview à Agra, Xavier Beulin, président de la FNSEA, reprend largement les propos évoqués lors de sa venue à Angers, le jeudi 24 mars.

Conférence-débat du 24 mars, à l’école supérieure d’agriculture d’Angers.
Conférence-débat du 24 mars, à l’école supérieure d’agriculture d’Angers.
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Vous avez été élu à la tête de la FNSEA depuis trois mois et demi. Comment est-ce d’être président de la FNSEA ?
Xavier Beulin : J’ai participé à beaucoup d’assemblées générales de fédérations depuis mon élection. Il appartient aussi à un nouveau président de rencontrer les interlocuteurs classiques de la FNSEA que sont les acteurs économiques, sociaux et politiques. Je sens une attente qui s’exprime déjà par la curiosité face à un nouveau président. Mais aussi, je perçois un intérêt qui traduit un sentiment plus profond. Le fait que je sois passé par une filière ayant mis en place un certain nombre de dispositifs suscite l’intérêt. Des producteurs qui ont décidé de prendre leur destin en main dans l’aval de la filière, est-ce reproductible ailleurs ?
La réponse n’est pas systématique. Si on veut reconquérir demain du revenu, on a besoin d’une Pac forte mais surtout de revaloriser la valeur de nos produits. Parallèlement, le double mouvement de la perte de compétitivité de l’économie française, doublé du fait que nos premiers compétiteurs sont à nos portes et plus seulement lointains comme les pays émergents, fait réagir le monde agricole et plus largement les filières agroalimentaires. Les agriculteurs ont le sentiment qu’on change d’époque.

En clair, vous expliquez que vous êtes arrivé au bon moment au regard de votre passé.
J’espère avoir donné des signaux très clairs en particulier sur les secteurs les plus en difficulté comme ceux de l’élevage. Les propositions que la FNSEA met sur la table depuis plusieurs semaines – contrat inter-filières, indexation des matières premières, nouvelle relation avec l’aval – montrent que j’ai réellement pris conscience de cette dimension. S’y ajoute le fait que la FNSEA s’implique à travers le G 20 avec sa version agricole, lors de notre réunion de juin avec plus de 100 délégations à Paris. Je pense être compris quand j’affirme que l’agriculture est diverse parce que la demande est diverse. Mon souci est d’éviter de tomber dans des visions trop sectorielles et surtout binaires.  J’ai la conviction que l’on a besoin à la fois de filières conventionnelles mais aussi de l’agriculture sous signes de qualité (AOC, labels, bio), de filières longues et de circuits courts....
La grande chance de l’agriculture française est de répondre à toute la diversité et d’essayer d’imaginer le bon modèle économique qui corresponde à ces territoires et à cette demande diversifiés. Je ne plaide pas pour un modèle unique mais différencié.

Quelle équipe allez-vous constituer ? Avec quel équilibre au niveau des régions et des productions ?
Une partie du conseil d’administration de la FNSEA est issue des territoires et une partie des filières. On complète cet équilibre par deux apports supplémentaires. Celui issu des sections, agricultrices, anciens, propriétaires, fermiers... Le complément vient d’une liste dite nationale pour réajuster certains déséquilibres.
Je souhaite qu’on identifie dans le bureau une génération qui arrive. Il y a une sous-représentation de la tranche d’âge 40-50 ans qui doit être mieux représentée.


C’est quoi, pour vous, un syndicaliste ?
C’est une question difficile. Un syndicat doit œuvrer avant tout pour la défense de l’intérêt de ses mandants. Autre rôle fondamental pour moi : être un bon animateur d’équipe. Je m’efforce d’être à l’écoute. Je ne recherche pas le consensus mou mais des compromis qui sortent par le haut. Et surtout pas des arbitrages en faveur d’une catégorie plutôt que d’une autre. J’insiste sur cette initiative que nous avons prise de mettre en place un contrat inter-filières. En plus, pour être un bon syndicaliste, il faut être porteur de projets et d’ambitions collectives. J’ai cette tendance à regarder plutôt devant. Je l’assume car je suis ambitieux pour l’agriculture française.

Sur la méthode, on vous sent plus à l’aise dans une négociation avec l’aval que dans l’assaut d’une sous-préfecture…
Je comprends bien la remarque. Je ne la conteste pas. Une de mes réponses est de tenter de fédérer le plus grand nombre d’acteurs autour d’un plan de communication générique de l’agriculture, de ses métiers, de ses savoir-faire, de ses richesses. Évidemment, de temps en temps, il faut pousser des coups de gueule, des portes de magasins, d’entreprises. Cela ne me gêne pas. Il n’empêche qu’aujourd’hui, il nous faut prendre plus en compte l’opinion publique afin de la mettre de notre côté. Si la FNSEA a choisi de ne pas répondre aux attaques dont nous avons fait l’objet sur le même ton agressif, je l’assume complètement. Ce qui me surprend est que depuis, j’ai beaucoup d’appels d’interprofessions et même d’entreprises qui me sollicitent. Ils me demandent : quand est-ce que vous faites quelque chose ? Pour moi, cette campagne de communication que nous allons lancer fait aussi partie de l’action syndicale.
Je ne veux en rien mettre de côté les difficultés économiques et sociales que vivent les agriculteurs mais ils sont aussi confrontés à des problèmes moraux et sociétaux. Il faut aussi apporter des réponses à ces sujets. Être fier de son métier et de ce qu’on produit, cela fait partie d’un équilibre de vie. Être sans cesse attaqués, remis en cause car qualifiés de pollueurs et d’empoisonneurs n’est pas acceptable moralement. Soyons lucides, la société a besoin de nous, agriculteurs. L’agriculture  est incontournable.

Comment qualifiez-vous le syndicalisme que vous défendez ?
Je dirais un syndicalisme ambitieux, mais je crains que ce terme soit mal interprété. Disons un syndicalisme porteur, conquérant. Là-dessus, je n’ai pas d’état d’âme.

Vous détenez la double présidence d’un établissement financier et d’un syndicat. Avez-vous les mains complètement libres syndicalement parlant ?
Pour l’instant, cette double casquette ne m’a pas gêné. Si cela devait être le cas un jour, j’en tirerais toutes les conséquences. J’essaie de donner du sens à ce que je fais.

Les syndicats minoritaires ne se sont pas privés de dénoncer la collusion entre la FNSEA et l’agroalimentaire. En gardant la présidence de Sofiprotéol, ne leur offrez-vous pas un boulevard alors que les élections aux Chambres d’agriculture sont en janvier 2013 ?
Dans le même sens, on a aussi dit que jamais l’élevage ne serait défendu par un céréalier. Je veux être jugé sur les actes. Quand on a lancé ce débat sur l’indexation, on a pris des risques, notamment pour le réseau, en suscitant un espoir et la possibilité de se planter au bout. Cette initiative a été beaucoup discutée en interne. On ne peut pas se contenter simplement d’être dans l’incantation. Il faut prendre nos responsabilités et notamment dans notre problématique avec l’aval. Surtout si l’on veut changer le mode de relations que nous entretenons avec cet aval. Quand on ose, on prend des gamelles de temps en temps. Aujourd’hui nous sommes à la veille de retrouver en agriculture ce que la Pac nous a un peu fait perdre depuis une quarantaine d’années, à savoir une forme d’autonomie.

Souvent, à la FNSEA, on raille ceux qui réclament par exemple 400 euros/1 000 litres (Apli et CR). En quoi revendiquer une augmentation de 50 cts/kg carcasse et obtenir 5 cts (FNB) est-il si différent en termes de stratégie ?
La forme change. Quand on dit : il faut une augmentation de 50 cts d’euros par kilo de carcasse, nous ajoutons : il y a 25 à chercher en aval et 25 à trouver en amont. Cela veut dire que, nous aussi, nous devons gagner en efficacité, en performance sur nos exploitations et dans les outils d’abattage...
Sur l’aval, il faut se battre sur la valorisation du produit. On ne peut pas se contenter d’un slogan, si on n’est pas capable de mettre concrètement en face les actions qui vont porter ces revendications.

La contractualisation ne présente-elle pas un risque majeur pour le syndicalisme FNSEA ? Est-elle bien comprise et acceptée par les agriculteurs ?
La réussite de la contractualisation est conditionnée à deux facteurs. Le premier est le renforcement du travail interprofessionnel. Le deuxième est l’organisation des producteurs. On ne peut pas prétendre vouloir renforcer le poids des agriculteurs dans les négociations avec l’atomisation actuelle des producteurs.

Certains, au sein de la FNSEA, plaidaient pour des OP syndicales dans le lait. La FNPL n’était-elle pas en mesure de créer des organisations de producteurs syndicales ?
Elle le pourrait, mais il faut être réaliste : combien y a-t-il d’entreprises de collectes du lait en France ? Comment faire pour peser d’un poids suffisant ? Tout est là. Et puis, il y a la question géographique. Pourquoi a-t-on voulu accompagner la gestion laitière par bassin ? Parce que les entreprises ont aujourd’hui changé de taille. Ce sera au niveau de ces bassins que se prendront les décisions. Il faut donc se donner les moyens de peser face à des entreprises qui se concentrent de plus en plus.

Donc plutôt des organisations de producteurs a syndicales ?
À nous de faire en sorte que notre influence soit forte dans ces organisations nouvelles. Mais, au-delà de ces convictions, l’économie se gère aussi au quotidien. Il ne s’agit pas de vouloir mettre de la politique ou du syndicalisme partout. D’autant qu’il faut prendre en compte la grande diversité des situations. Il y a des territoires qui ont mis en œuvre des stratégies de labels ou d’AOC. Ils doivent être consolidés et on ne doit pas freiner leur ambition. À cela s’ajoute le grand enjeu pour l’après-quota laitier : comment va-t-on gérer l’adéquation offre demande dans un système dérégulé ? Ces questions économiques vont impliquer des positions syndicales fortes. Le travail sera important. Il s’agit d’une nouvelle forme d’arbitrage de répartition des volumes à l’intérieur des bassins. Ou bien on laisse l’administration faire, ou bien on prend le manche. Je suis partisan de prendre le manche.

La FNSEA est-elle apte à prendre en charge ces nouvelles missions de nature économique ?
La question se pose en effet. Pour cela, il nous faudra renforcer l’échelon régional de la FNSEA. Il doit fonctionner comme l’interface entre une réflexion nationale avec les associations spécialisées et une mise en œuvre territoriale des politiques publiques. En effet, il se justifie vis-à-vis des pouvoirs publics depuis la mise en place de la RGPP et de la future réforme des collectivités territoriales. Cet échelon régional trouve donc son efficacité dans l’expertise des problèmes et l’animation des équipes locales.

Donc, conforter les FRSEA ? Comment ?
À la fois sur le plan des moyens, mais aussi en ce qui concerne les équipes. Elles auront de nouvelles missions à remplir et elles doivent être puissantes, solides, notamment sur le plan économique, d’autant que nos interlocuteurs se sont organisés de plus en plus sur cet échelon.

Vous voulez, clairement, mieux vous affirmer sur le plan économique…
Oui. On nous dit souvent : tu es syndicaliste donc tu n’as pas à te mêler d’économie ; ou, inversement, je suis dans l’économie donc je ne fais pas de syndicalisme. C’est un non-sens. On doit favoriser des liens plus intenses entre le syndicalisme et les coopératives par exemple. Sur des sujets qui impliquent le développement régional, il est très important que le syndicalisme soit un acteur identifié.

Parlant de coopératives, vous vous êtes interrogé devant les producteurs de lait à Aurillac, sur la capacité des coopératives à prendre en compte, dans le cadre de la contractualisation, l’intérêt des agriculteurs. Quelle est votre position exactement ?
Je dis trois choses, précisément. D’abord, veillons, avec la contractualisation, à ne pas recréer des “machins”, pseudo-OP de forme syndicale ou non, en face des coop. Deuxièmement, être adhérent d’une coopérative est une condition nécessaire mais pas suffisante pour avoir un bon contrat. En troisième lieu, et c’est plutôt une interrogation : comment va-t-on, demain, assurer la gouvernance de la contractualisation ? En particulier, que va-t-on mettre dans ces contrats ? On s’est interrogés pour savoir s’il ne fallait pas imaginer une représentation des agriculteurs adhérents de la coopérative et portant un certain nombre de revendications par rapport à ce qu’on doit mettre dans ces contrats. Dans la mission que nous confions à un administrateur de coop, celui-ci peut-il être à la fois porteur de la parole de ses pairs en tant que gestionnaire de la coopérative et porteur des intérêts des adhérents pour élaborer les contrats ? À côté de cet administrateur, ne faut-il pas avoir d’autres représentants des producteurs pour discuter du contenu des contrats ?

Michel-Édouard Leclerc a affirmé il y a quelques jours que l’indexation n’est pas une mauvaise idée. Est-ce qu’on avance sur ce terrain ?
Je suis satisfait de ce qu’il a dit mais évidemment, j’attends surtout des actes. On a été au moins compris sur un point : faire en sorte qu’on ait des rendez-vous qui ne soient pas seulement le 28 février de chaque année pour négocier des tarifs avec les GMS quand on a à faire face à des volatilités comme celles qu’on connaît aujourd’hui. Nous avançons sur trois sujets : la mise en œuvre des indices représentant la part des matières premières agricoles dans le produit fini ; la définition des index correspondant à l’évolution des prix de ces produits ; le déclenchement du principe de négociations s’il y a des écarts significatifs entre ces données.

Les pouvoirs publics pourraient-ils jouer un rôle dans ces discussions ?
Ils pourraient surtout rendre obligatoire la négociation lorsque ces index dépassent un certain niveau, à la hausse ou à la baisse.

L’idée n’est-elle pas d’avoir un mécanisme automatique ?
Ce qui peut être décidé par l’État c’est l’obligation de négocier quand les indices atteignent certains niveaux. Ils seront alors une base de discussion pour faire évoluer les prix dans un sens ou dans un autre. On accepte la réversibilité. On ne peut pas tromper le consommateur. Je ne veux pas être accusé demain de faire de la revendication quand les prix montent tandis que le consommateur ne s’y retrouve pas quand nos prix redescendent. Négocions quand il y a des amplitudes de charges telles qu’il faut revoir les prix payés aux producteurs ou qu’il faille en faire profiter le consommateur. Remarquons d’ailleurs qu’en trente ans, le poids de l’alimentaire dans le budget des consommateurs n’a pas cessé de diminuer. Sur 2010, le taux d’inflation a été de 1,8 % alors qu’il a été de zéro pour les produits alimentaires.

De tout ce que vous dites, on tire la conclusion que dans l’action syndicale, il faut moins de politique et plus d’économique.
Oui. C’est très net mais sans oublier la dimension sociale de notre action.

Cela tranche par rapport au syndicalisme classique…
Peut-être, mais cela ne me gêne pas. Regardez le contexte. Un déficit public qui frise les 8 %, un taux de chômage qui est à plus de 10 %... On pourrait rêver sur les finances publiques mais ce ne serait pas raisonnable. Pour les finances publiques, c’est au niveau de la Pac qu’on va ferrailler. On ne va pas se donner de faux espoirs en se disant qu’à chaque crise, on verra la cagnotte de l’État venir à notre secours. Cela, c’étaient les années quatre-vingt ou quatre-vingt-dix. On entre dans une période où on a beaucoup plus de chances d’avoir des succès sur la valorisation des métiers, des produits que par les aides qui viendront compenser des crises.

C’est un discours que vous tenez aussi au niveau du terrain ?
Je fais beaucoup d’assemblées générales départementales, et je n’y dis rien d’autre.

PROPOS RECUEILLIS PAR SOPHIE BAUDIN ET HERVÉ PLAGNOL

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