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Interview
Pour la nouvelle Pac : « Je ne ferme pas la porte au découplage total »

Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, apporte sa pierre au débat sur la nouvelle Pac organisé au sein des Chambres d’agriculture, à la demande du ministre Michel Barnier.

Jean-Michel Lemétayer : « J’ai toujours défendu 
un impératif qui affirme que la politique agricole est d’abord une politique économique avant d’être une politique de développement rural ».
Jean-Michel Lemétayer : « J’ai toujours défendu
un impératif qui affirme que la politique agricole est d’abord une politique économique avant d’être une politique de développement rural ».
© AA
Vous plaidez pour que la France profite de sa présidence de l’Union pour lancer « un grand débat au plus haut niveau sur les ambitions agricoles de l’Europe ». Avez-vous l’engagement de Nicolas Sarkozy ?
Jean-Michel Lemétayer : Le gouvernement est prêt à débattre rapidement de tous les aspects du bilan de santé de la Pac. Au-delà, il y a la nécessité d’un grand débat politique au plus haut niveau sur les ambitions agricoles et agroalimentaires de l’Europe. Pour l’instant, le président de la
République s’est engagé à cette réflexion avec tous les États-membres lors de la présidence française.

Qu’attendez-vous du bilan de santé de la Pac ? Êtes-vous en accord avec les propositions faites par le gouvernement ?
On peut être en accord avec le gouvernement mais en désaccord avec les orientations de Bruxelles. Nous partageons un certain nombre d’options avec le ministre de l’Agriculture, en particulier celle d’affirmer que le bilan de santé de la Pac doit être l’occasion de se projeter dans l’avenir et d’anticiper 2013. Cela veut dire que dans le cadre de la gestion des aides, on peut déjà parler de certaines réorientations. Tant au niveau gouvernemental
qu’européen, j’ai toujours défendu un impératif qui affirme que la politique agricole est d’abord une politique
économique avant d’être une politique de développement rural. Il n’est pas question, par exemple, de faire basculer dans le développement rural les aspects gestion de crise, climatique ou sanitaire. Nous disons non à la
proposition de la Commission, pour les exercices budgétaires 2010 à 2013, d’augmenter de 2 % par an la modulation. De même nous combattons l’augmentation systématique des
quotas laitiers ou encore toutes les propositions qui viseraient à sup-
primer les quelques mécanismes
d’intervention qui demeurent. Au-delà du bilan de santé lui-même, nous
voulons affirmer que la politique
agricole est d’abord une politique économique, parce que les producteurs sont avant tout des acteurs économiques avant d’être des paysagers.

Ne craignez-vous que l’on s’oriente vers un découplage total des aides comme le souhaite la Commission ?
Je ne ferme pas la porte au découplage total, le débat doit avoir lieu chez nous. Si la gestion des aides au niveau national doit être revue, c’est l’ensemble du premier pilier qui doit être disponible, c’est-à-dire les aides couplées et découplées. Reste à examiner les conséquences tant vis-à-vis des grandes cultures que du secteur de l’élevage. Mon approche est prudente, mais je n’ai pas d’a priori face au découplage total. Le pragmatisme doit prévaloir. On voit bien que la Commission veut nous conduire vers une forfaitisation des aides. Même si, lors de la dernière réforme, la France a défendu une part de recouplage des aides, nous ne pourrons pas demander un rééquilibrage sans tenir compte de l’ensemble des aides.

Cela ne risque-t-il pas d’être
catastrophique pour le secteur viande bovine ?
Il faut examiner les conséquences secteur par secteur et les producteurs de viande bovine doivent rester ouverts sur ce débat. Les avis sont extrêmement partagés. Mais nous ne pouvons pas, aujourd’hui, camper sur des solutions bloquées.

D’autant plus que d’autres secteurs
se verront accorder des DPU à l’horizon 2009 ?
Pour cela, je n’accepterai de rebattre les cartes que s’il y a un prélèvement sur l’ensemble des soutiens directs du premier pilier. Cela ne veut pas dire que l’on ne puisse pas renforcer tel ou tel secteur. Mais il semble difficile de réfléchir à l’avenir des aides seulement à partir des aides découplées, alors que la France a utilisé au maximum la possibilité offerte par Bruxelles de garder le couplage pour certaines. Nous ne pouvons pas laisser de côté plus de deux milliards d’euros d’aides couplées, nous devons puiser sur l’ensemble des neuf milliards du premier pilier. C’est la raison pour laquelle la France demande à la Commission d’élargir les possibilités d’intervention de l’article 69 pour aller dans le sens d’une redistribution des aides.

Vous plaidez pour la mise en place d’un système moderne d’assurance qui permette à toutes entreprises agricoles de faire face aux conséquences de tous aléas climatiques, sanitaires et de marché ?
C’est un sujet important. Bruxelles commence à accepter les aspects concernant la gestion des crises climatiques ou sanitaires, lorsque dans le même temps, elle refuse de parler de gestion de crise de marché. Ce qui est extrêmement dommageable. Or, à travers la nouvelle politique agricole, il nous faut absolument réfléchir à la manière dont on fera face aux crises, y compris celles liées au marché. Concernant la gestion des crises climatiques et sanitaires, nous refusons un traitement dans le cadre du développement rural. Les producteurs, touchés par la fièvre catarrahale ou la grippe aviaire en productions animales ou encore par du gel en arboriculture, subissent une perte économique qui n’a rien à voir avec le développement rural. C’est une conséquence économique pour les producteurs et toute la filière.

Le ministre de l’Agriculture ouvre le débat sur la nouvelle Pac en y associant les chambres d’agriculture. Qu’en pensez-vous ?
Selon le ministre, il était nécessaire de prendre le pouls du terrain. Je ne suis pas sûr que ce débat soit
vraiment indispensable et qu’il faille 90 positions différentes pour l’arbitrer. Le ministre peut aussi se référer à des organisations professionnelles responsables qu’il a en face de lui, chaque semaine. Ceci dit, le débat sur le terrain apporte sûrement un petit plus.

Pensez-vous que le projet de loi sur les OGM examiné par le Sénat, la semaine prochaine, aboutisse enfin à un vrai texte législatif ?
Ce projet de loi est indispensable et j’espère que l’on ne dénaturera pas sa teneur et son essence. Il est nécessaire de légiférer tout ce qui tourne autour de la coexistence, de la responsabilité, de la transparence. Il faut que sur l’ensemble de ce dossier, qui n’est pas qu’un dossier “maïs”, la France et le gouvernement français précisent leurs positions à la fois pour les producteurs et aussi pour les consommateurs. Ne mélangeons pas ce projet de loi, dont l’indispensable recherche sur les biotechnologies, et la question spécifique de la variété Mon 810 qui concerne la société Monsanto.
Propos recueillis
par HERVÉ Garnier
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