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Produire plus et mieux à la fois

Les 28 et 29 octobre, à l’École supérieure d’agriculture d’Angers, auront lieu les premiers Entretiens de l’AEI, ou Agriculture écologiquement intensive. Un concept qui suscite un intérêt croissant dans le monde agricole.

Michel Griffon
Michel Griffon
© AA

Le terme d’AEI est né pendant le Grenelle de l’environnement de 2008 pour évoquer la nécessité d’agricultures capables de faire face aux importants besoins productifs qui se profilent et compatibles avec la santé humaine et celle des éco-systèmes. Si le terme est récent, le concept, lui, trouve son origine dans différentes réflexions et pratiques, comme les Techniques cultu-rales simplifiées et le non labour, le semis direct, la Révolution doublement verte, la production intégrée, l’agriculture raisonnée, l’agriculture paysanne, la bio…  « Il s’agit, explique l’association AEI présidée par Michel  Griffon*, de dépasser les querelles anciennes entre ceux qui souhaitaient produire mieux (et produisaient souvent moins) et ceux qui souhaitaient produire plus (et gâchaient souvent les ressources de la planète) ». Un modèle agricolereposant sur l’intensification écologique est-il possible et viable ? Les premiers Entretiens de l’AEI, organisés les jeudi 28 et vendredi 29 octobre prochains, à Angers, tenteront d’apporter des réponses par rapport à un concept qui suscite un intérêt croissant dans le monde agricole, de la part des centres de formation et de recherche, des acteurs économiques et institutionnels, de la société civile, et bien sûr, des agriculteurs eux-mêmes.

Bio- contrôle
Pendant deux jours, tables rondes et ateliers se succéderont, abordant aussi bien les techniques et les pratiques de l’AEI que les aspects socio-économiques de la démarche, et la dimension européenne et internationale. On y parlera de la conservation des sols, du biocontrôle et de la réduction des pesticides, de l’agriculture et la biodiversité, de l’alimentation animale, d’énergie-climat, de la réforme de la Pac, de la rémunération du service écologique, de la recherche et formation, de l’AEI dans les pays en développement, des entreprises et AEI… etc. Les intervenants proviennent de secteurs différents du monde agricole, qu’ils soient agriculteurs, professionnels de terrain, experts et techniciens, économistes et sociologues, acteurs économiques et consomm’acteurs.

Michel Griffon, président de l’association pour l’AEI

L’agriculture écologiquement intensive gagne du terrain

Qu’est-ce l’agriculture écologiquement intensive ?
Michel Griffon : le mot est né lors du Grenelle de l’environnement pour essayer de trouver des solutions qui permettent à la fois de produire des hauts rendements dans l’agriculture, ce dont nous avons besoin, et en même temps de réduire les pollutions et de résoudre les questions environnementales. Qu’entend-on par le mot intensif ? Une agriculture intensive en énergie par exemple utilise beaucoup de gas-oil pour produire une tonne de blé. Nous proposons une agriculture intensive en écologie, c’est-à-dire qui va utiliser des processus naturels,  de façon intensive, afin d’obtenir des hauts rendements. Mais subsidiairement, on accepte que ce soit une agriculture qui se sert d’engrais, de phytosanitaires. Cela signifie que l’on compte d’abord sur l’écologie scientifique pour produire du rendement et subsidiairement, sur les méthodes conventionnelles.

Quels sont ces processus naturels ?
Certains sont très connus. Un certain nombre d’insectes sont attaqués par d’autres insectes ou par des champignons ou encore des virus, et on peut essayer de faire en sorte que certains insectes ravageurs soient contrôlés par des insectes prédateurs. C’est ce qu’on appelle les grandes chaînes alimentaires dans la nature. Ce qui est très bien connu, parce que beaucoup de jardiniers le font, c’est d’utiliser des larves de coccinelles pour lutter contre des pucerons. Mais il y a des centaines et des centaines de possibilités de lutte biologique actuellement laissées en jachère dans notre agriculture intensive, celle qu’on a demandé aux agriculteurs français de mettre en place. C’était une agriculture facilitée par l’énergie à bas prix, non rare, le pétrole, qui permet de faire des engrais azotés pas trop chers, qui permet une extraction des phosphates qui ne coûte pas trop cher non plus. Tout cela, dans une dizaine ou quinzaine d’années, ce sera peut-être derrière nous.

Est-ce qu’on peut envisager l’agriculture écologiquement intensive comme solution pour nourrir le monde ?

Il n’y a pas de solution miracle. Cela va être plus difficile, il ne faut pas s’en cacher, cela va demander beaucoup plus de calculs, de connaissances de la part des agriculteurs, pour contrôler, pour maîtriser des écosystèmes. Est-ce que ça va nourrir le monde ? Ce dont on est certain, c’est que si on continue avec l’agriculture conventionnelle, elle va coûter trop cher, elle va être trop polluante et être inaccessible pour la plupart des petits exploitants agricoles des pays en développement, et donc elle ne constitue plus dès lors une solution. C’est ce qu’on a appelé une révolution verte, et malheureusement, cette révolution verte est en train de s’étouffer elle-même. Il n’y a plus tellement d’autre solution que de faire travailler la nature plus intensément et plus intelligemment.

L’AEI est-elle déjà en place ?
Cela se développe de façon surprenante, rapide. Par exemple, un tiers des surfaces labourables ne sont plus labourées, on met en place des techniques de non labour et de couverture des sols. Il y a des débuts de réduction  d’utilisation des phytosanitaires sans baisse de rendement et des travaux de recherche qui montrent que c’est tout à fait possible. Des pays comme le Brésil sont très avancés sur certains aspects de ces techniques qu’on appelle agriculture de conservation, éco-agriculture. Il existe un mouvement tout à fait considérable et, pour une fois, la France est en avance sur ces questions-là.

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