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Porcs
Queues entières : une équation difficile

Dans un essai sur l’’arrêt de la caudectomie mené par la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne, des évènements de caudophagie ont eu lieu sans que cela n’impacte les performances. Si la longueur de la queue en fin d’engraissement semble un bon indicateur de caudophagie, elle ne permet pas de repérer toutes les victimes de morsures.

Des porcs à queue entière à la station de Guernevez.

Pour l’essai, 3 bandes de 55 porcs à queue coupée (22 par bande) et à queue entière (33 par bande) élevés en contemporains sur caillebotis intégral ont été suivies. En post sevrage les animaux étaient nourris en alimentation sèche à volonté. Ils disposaient chacun de 0,4m² de surface dans un bâtiment sur préfosses. En engraissement, les porcs étaient nourris en alimentation soupe rationnée et disposaient chacun de 0,72 m² de surface dans un bâtiment avec racleur en V dans la préfosse. Les porcelets ont été identifiés à la naissance pour permettre un suivi des queues (entières et coupées) lors du sevrage, de la mise à l’engrais et du départ à l’abattoir. Lors de ces examens, la longueur de la queue a été relevée et une
note d’état lui a été attribuée. Les porcs ont également été pesés individuellement. En parallèle, une étude de l’utilisation des matériaux manipulables a été réalisée par des observations comportementales régulières.

Un protocole conçu pour limiter les facteurs de risques

Le protocole utilisé à la station de la CRA Bretagne à Guernevez (29) visait à limiter certains stress (absence de mélange des animaux, abreuvement disponible à volonté…) et à offrir des matériaux de manipulation diversifiés et en nombre important. Les cases se différenciaient par l’enrichissement du milieu permettant à la fois d’étudier l’utilisation des matériaux  manipulables ainsi que leur impact sur les épisodes de caudophagie. L’enrichissement proposé était de deux types. Un enrichissement « classique » avec une chaîne par case en post-sevrage et engraissement. Un enrichissement «plus» composé d’une corde et d’une chaîne en post-sevrage et d’une corde, une chaîne, un morceau de bois et de la paille distribuée dans un râtelier en engraissement. Cette dernière possibilité était permise grâce au racleur qui évacue rapidement les déjections sans risque de bouchage. Tous les matériaux utilisés en enrichissements ont été utilisés par  les porcs : chaîne, corde, bois, paille en engraissement. Cette utilisation était fortement liée à leurs moments d’activité. L’étude n’a pas montré d’influence de l’enrichissement du milieu sur la note d’état des queues, qu’elles soient coupées ou non à la naissance. En cas de caudophagie, différentes stratégies ont été mises en place. Les soins appropriés étaient réalisés en priorité (cicatrisant, répulsif, protocole de soins médicamenteux). En parallèle, des matériaux manipulables supplémentaires ont été mis à la disposition des porcs. Si l’état de santé des animaux mordus l’exigeait, ils étaient sortis de la case et placés en infirmerie.

Des résultats mitigés 

Les résultats de cet essai sur l’arrêt de la caudectomie semblent plutôt positifs : aucun porc écarté pour cause de cannibalisme, pas d’impact sur les saisies, les performances de croissance, les poids de carcasse ou encore les TMP. Au départ à l’abattoir, 81 % des porcs à queue non coupée à la naissance ne présentaient aucune marque sur la queue, et 12 % seulement de petites griffures qui ne pouvaient pas être spécifiquement associées à des morsures. Impossible pour ces animaux de savoir si la queue était entière, ou si le porc avait été victime de caudophagie à un stade précoce. Seuls 7 % des porcs avaient des rougeurs ou une petite plaie à la queue et un seul animal présentait une plaie importante au moment du départ. Ce résultat obtenu en fin d’engraissement traduit cependant assez mal le vécu des porcs. Seulement 12 porcs avaient leur queue entière aux quatre stades de mesure (naissance, entrée post-sevrage, entrée engraissement, départ engraissement). Les autres porcs ont tous été victimes de caudophagie au cours de la phase d’élevage, ayant entrainé un raccourcissement plus ou moins important de la queue, avec cependant une guérison des plaies. Le post-sevrage est la période critique, avec 39 % des porcs à queue entière avec des griffures à l’entrée en engraissement et 12 % des blessures de taille réduite. En fin d’engraissement la longueur moyenne des queues des 12 porcs non victimes était de 29,7 cm.

Un lien entre poids et la couleur de la queue 

À partir de ces 12 porcs à la queue intacte à tous les stades, une courbe de croissance de la queue en fonction du poids de l’animal a été établie, avec un intervalle de confiance statistiquement fiable. Pour 38% des animaux de notre essai à Guernévez, la croissance de la queue est conforme au modèle de croissance en maternité, suivi d’un décrochage en post-sevrage. Ces animaux ont typiquement été victimes de caudophagie au cours du post-sevrage. 4 % ont la queue plus petite en fin d’engraissement par rapport au modèle, suggérant une caudophagie en engraissement.

Une observation à différents stades de la vie du porc

Le double suivi utilisé dans cette étude montre cependant quelques limites à ce modèle. La présence de caudophagie n’implique pas nécessairement un raccourcissement de la queue. En effet 28% des animaux identifiés comme victimes à un stade de croissance ont une longueur de queue comprise dans l’intervalle de confiance à tous les points de mesure. Ces animaux ont été victimes d’un épisode de caudophagie de faible intensité en début de post-sevrage, avec un impact limitésur l’intégrité physique du porc. Pour les animaux dont la longueur de la queue est normale par rapport au modèle, on ne peut donc pas affirmer à 100 % qu’il n’y a pas eu de caudophagie. Une observation à différents stades de la vie du porc est donc nécessaire. Notre modèle de croissance permet néanmoins d’identifier avec certitude un nombre minimum de porcs victimes de caudophagie dans un groupe d’animaux. Les résultats de cette étude, confirmée par des essais réalisés en élevages, montrent la difficulté de maitriser tous les facteurs de risque de caudophagie. L’attention doit être portée au stade de post-sevrage qui apparait comme étant celui où se déclenchent les morsures. L’apport de matériaux manipulables ne semble pas suffisant à lui seul pour enrayer les morsures à la queue sur caillebotis. Néanmoins, la caudectomie réalisée en routine n’est réglementairement pas acceptée et le législateur, en France comme dans le reste de l’Europe, presse les filières d’élevages à sortir de cette impasse. L’enregistrement dans chaque élevage des cas de morsures, la correction des facteurs de risque de caudophagie, et la poursuite d’essais sur l’arrêt de la caudectomie doivent permettre d’avancer vers des solutions transposables en élevages pour à terme envisager d’arrêter de couper la queue des porcs.

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