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Interview
Regagner de la compétitivité, un enjeu majeur

Tour d’horizon avec Xavier Beulin, président de la FNSEA sur l’actualité agricole du moment, la situation de l’élevage et les productions fruits et légumes.

Xavier Beulin, président de la FNSEA, à côté de Joël Limouzin, président de la FRSEA Pays de la Loire.
Xavier Beulin, président de la FNSEA, à côté de Joël Limouzin, président de la FRSEA Pays de la Loire.
© AA

Comment analysez-vous la situation paille aujour-d’hui ?
Xavier Beulin : les stocks de fourrages sont toujours amoindris dans les exploitations. L’opération paille est nécessaire et elle est attendue. À notre niveau, nous actionnons plusieurs types de voies.
D’abord la voie européenne où nous avons demandé le relèvement du plafond des aides de minimis actuellement fixé à 7 500 € par exploitation. Sur un deuxième point, nous attendons une mesure de Bruxelles sur la viande bovine. Il faut obtenir des appuis d’autres pays. La 3e mesure sera de mettre l’accent sur la gestion des risques pour expliquer l’importance de ne pas démanteler le peu d’outils qui restent, les renforcer aussi pour contrer l’extrême volatilité des prix sur les marchés. Ensuite, nous avons la voie professionnelle. Je peux affirmer très fortement que je suis très fier de ce qui a été fait dans le réseau entre zones céréalières et zones d’élevages. Maintenant, il faut gérer la logistique dans le temps. Les volumes sont considérables à transporter. Beaucoup de convois sont à organiser. Je salue aussi, à cet effet, le travail avec la SNCF même si des problèmes de convois et de gares demeurent.
Enfin, la voie de l’appui des pouvoirs publics. Le fonds des calamités a été actionné avec priorité sur l’élevage et sur des versements rapides. Il y a aussi l’action sur l’exonération TFNB. Un 2e temps interviendra, dans les prochaines semaines, avec un nouveau rendez-vous avec le chef de l’État pour examiner d’autres mesures : étaler les annuités en fin de tableau et actionner des mesures de nature sociale avec abandon total ou partiel de certaines échéances et aides exceptionnelles au transport.

Toutes ces mesures autour de l’opération paille sont-elles de nature à rassurer les éleveurs sur le moyen et le long terme ?
La situation des filières animales est à un tournant. Nous avons subi une hausse de 55 % du coût de l’aliment du bétail entre juin 2010 et février 2011. L’impact d’une telle hausse sur la côte de porc aurait été de + 10 cts et sur un yaourt seulement de + 2 %. Tout cela pour dire qu’on a un nouveau modèle économique à inventer. S’il n’y a pas une certaine répercussion des hausses de l’aliment du bétail sur le prix de vente de nos produits, les éleveurs ne tiendront pas. Il s’agit de regagner en compétitivité professionnelle.

La question de la sécurisation des fourrages par la création de réserves d’eau ne constitue-t-elle pas justement une réponse d’avenir ?
On n’arrive plus, dans ce pays, à sortir des projets simples comme celui de créer des réserves permettant de capter l’eau l’hiver. Les plus vulnérables d’entre nous, ce sont les éleveurs en 100 % herbe, sans pousse d’herbe au printemps cette année. Dès qu’on parle de réserves, X associations se mettent en travers de la route au nom d’un soi-disant principe de précaution. À un moment, trop c’est trop. Ces réserves peuvent être utiles pour l’agriculture mais aussi pour d’autres usagers. Si on arrive à irriguer 10/15 ha de maïs, on sécurise l’approvisionnement en fourrages des animaux.

Comment analysez-vous la crise subie par les producteurs de légumes ?
Cette crise est exceptionnelle par son ampleur. Elle démontre que notre agriculture perd en compétitivité. Nous payons comptant nos handicaps de compétitivité. Nos concurrents se positionnent sur les marchés. Nous attendons des mesures sur les emplois permanents après les mesures sur les saisonniers. Cette demande est sur le haut de la liste. C’est un sujet fondamental et un problème de fond.

Quelles sont les grandes échéances qui vont mobiliser le président de la FNSEA et ses équipes locales dans les semaines et mois à venir?
Les chantiers identifiés tournent autour de la réforme de la Pac. On entre dans le dur avec le budget, le financement, les grandes orientations. Les sujets internationaux restent totalement d’actualité.
Sur l’ensemble de ces échéances se trame un enjeu majeur pour notre agriculture française : regagner de la compétitivité. Il n’est pas normal de perdre des parts de marché. Personne n’attendait l’Allemagne en matière agricole. Et pourtant, ils deviennent le leader agricole européen. Nous avons de la compétitivité à regagner. La puissance publique et la grande distribution ont leur responsabilité. Mais nous aussi, nous avons notre part de responsabilité, notamment dans l’organisation de nos filières.
J’appelle à une forme de co-responsabilité. Et à nos amis consommateurs, je leur dis qu’on ne pourra plus continuer à vivre avec des prix premiums et des marchandises low cost.
Dans quelques jours, nous formulerons quatre à cinq grandes propositions pour les futures échéances électorales présidentielles et demanderons, à chaque candidat, de se positionner sur les orientations de la FNSEA pour l’agriculture française. Je rappelle tout de même que l’agriculture et l’agroalimentaire, avec la pêche, cumulent 3,5 millions d’emplois dans ce pays. Je ne peux pas croire qu’on laisse tomber ce secteur agricole.

Propos recueillis
par JEAN-PHILIPPE BOUIN

Solidarité

Des échanges paille et paille-compost

Xavier Beulin, président de la FNSEA et Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, ont assisté, le 1er septembre dernier en Eure-et-Loir, au lancement du premier échange paille-compost mis en place entre ce département et celui de la Mayenne. Cette rencontre, à laquelle participait André Charbonnier pour le Maine-et-Loire, était l'occasion également de faire le point sur l'opération paille mise en place dans le département par la FDSEA.  Sur les 11 000 hectares récoltés, relate André Charbonnnier, 35 000 tonnes ont été pressées par du matériel local, 20 presses ont également été amenées de Mayenne, ainsi que du matériel de chargement et de transport. "Les opérations ont été contrariées par les intempéries et ont nécessité des travaux supplémentaires (retournement d'andains, stockage supplémentaire sur plate-forme militaire pour non accessibilité des camions sur les terrains humides) mais dans l'ensemble tout s'est bien déroulé". Sur le tonnage total, 9 000 tonnes sont destinées au Maine-et-Loire. Cette opération a été mise en place dans un contexte de sécheresse au printemps, a rappelé Xavier Beulin qui a souligné la "solidarité céréaliers/éleveurs et le souci de prise en charge par la profession des opérations d'échanges". Une solidarité soulignée par le ministre de l'Agriculture.  Le même jour, dans l'Orne, le premier ministre François Fillon avait souligné, lors d’une visite à Mortagne-au-Perche, "le courage des agriculteurs, leur sens des responsabilités et leur sang froid face à la crise". Il avait également rappelé la puissance agricole de la France indiquant que "les agriculteurs, qui incarnent une part essentielle de la tradition de notre pays, ont su se moderniser".

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