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CLIMAT
Tout le département est touché par des mesures de restriction

2011 serait comparable à 1976 ou 1990. Les mesures de restriction de l’irrigation s’accroissent et les éleveurs s’adaptent comme ils peuvent au manque de fourrage.

Étriché, lundi. “Cette parcelle fournira au mieux, deux tonnes de matière sèche à l’hectare”, estime Dominique Lebrun, éleveur de vaches laitières et allaitantes.
Étriché, lundi. “Cette parcelle fournira au mieux, deux tonnes de matière sèche à l’hectare”, estime Dominique Lebrun, éleveur de vaches laitières et allaitantes.
© AA

Au Gaec des Fritillaires à Étriché, les animaux sont, avant même le début de l’été, au régime hivernal. Les 70 laitières et les 90 génisses n’ont fait que deux mois de pâturage et sont en bâtiment. La production laitière a chuté de 10 %. La vingtaine de  limousines ne trouve plus rien à brouter sur les prairies archi-sèches. Elles sont nourries au foin et au maïs ensilage. Dominique Lebrun, un des trois associés, a fait ses comptes : le manque d’eau affecte tous les fourrages. Le foin, d’abord. En année normale, l’exploitation en produit 260 tonnes, sur 45 hectares, et en consomme environ 200. “On se donne une marge de sécurité”. En 2010, la ferme a déjà commencé à puiser dans ses stocks et cette année, elle devrait obtenir au mieux entre 140 et 150 tonnes. Les avances de fauches obtenues par la profession agricole dans les secteurs en Mesures agri environnementales (lire Anjou agricole du 27 mai, page 9) “vont éviter un peu de perdre en qualité de foin”, nuance toutefois Dominique Lebrun.
Le maïs, ensuite. “C’est ce qui nous inquiète le plus, il nous faut de l’énergie pour nourrir nos animaux”. L’agriculteur lance un regard vers le ciel :“Il nous faudrait 50 mm d’eau, et maintenant”. Et même s’il pleuvait, les rendements ne seraient pas très bons puisque 5 à 6 hectares, sur les 55 hectares cultivés, n’ont pas pu lever. Il manquera deux semaines de réserve de maïs ensilage pour arriver jusqu’à l’automne. L’éleveur envisage de faire la jointure avec des co-produits, de type pulpe de betterave (lire p. 13).
Le blé, enfin. Parcourant ses parcelles, l’éleveur s’inquiète du devenir des 55 hectares implantés, d’autant plus qu’il a déjà vendu une bonne partie de la récolte et ne sait même pas s’il pourra honorer son contrat. “S’il pleut, nous obtiendrons 50 quintaux, sinon, il est difficile de prévoir… Les grains vont avoir du mal à se remplir.”


Cumul de problèmes structurels et conjonturels

Dominique Lebrun s’estime “plutôt privilégié parce que l’exploitation a des fourrages d’avance”. Mais le Gaec va devoir acheter des aliments dès cet été et l’hiver prochain verra le manque de fourrages s’amplifier. Les trésoreries vont souffrir.
Devant la gravité de la situation, “il faut une année blanche pour les éleveurs, demande Michel Brossier, membre de la section bovine FDSEA et élu Chambre d’agriculture, avec un report des échéances de prêts en fin de tableau”. En viande bovine, l’aléa climatique vient se cumuler à un problème structurel, la crise de l’élevage. De nombreux producteurs décapitalisent, vendant même des vaches pleines, se défaisant de leurs moyens de production. Pendant ce temps, leurs charges fixes restent à régler. Cette situation vient poser, avec acuité, la question de la sécurisation du système fourrager et des choix stratégiques à effectuer, souligne l’éleveur de Vihiers : “Ma céréale, dois-je la transformer en viande bovine, ou la vendre ?”. Outre la diversification des assolements avec des plantes plus économes en eau (lire page 7), l’autonomie alimentaire passe aussi par une sécurisation de l’irrigation, et la possibilité de constituer des réserves hivernales.

S.H.

Premier comité sécheresse

Le point sur les mesures et l'état des cours d'eau

“Tout le département est désormais concerné par des mesures. Les bassins versants du Layon, de l'Hyrôme et du Brionneau passent en interdiction. La Loire indique un débit de 165 m3/seconde à Montjean. Des restrictions s'appliquent désormais à tous les usages non prioritaires", a annoncé le préfet, Richard Samuel, à l'issue du premier comité sécheresse qui s'est tenu lundi à Angers. Comment s'en étonner ? Ce premier comité sécheresse intervient deux mois plus tôt que l'an dernier. Voilà qui traduit bien le sérieux de la situation. Les chiffres présentés par Éric Allard, de Météo France, sont explicites : 65 % de déficit pluviométrique depuis mars 2011, 700 heures d'ensoleillement cumulées au 30 mai 2011 contre 511 en période normale, des températures supérieures à la normale de l'ordre de 3,5 degrés, un indice de sécheresse (rapport pluviométrie, vent, évapotranspiration) de 16 %, du "jamais vu" à cette période. "2011 est une année comparable à 1976 ou 1990", indique le météorologue. Les cours d'eau affichent des débits inférieurs de 50 à 70 %. Les réserves de Rillé et de Ribou-Verdon ont un taux de remplissage de 71 et 65 %. La baisse des nappes phréatiques est amorcée depuis un mois et demi.
Face à cette situation, un certain nombre de mesures ont été prises (voir Anjou agricole du 27 mai ). Pour le moyen terme, le comité sécheresse s'accorde sur la nécessaire amélioration de la quantité au moyen de ressources artificielles en respect avec la législation sur les zones humides. Mais sans précision quant à une éventuelle évolution de cette législation.
Pour ce qui est du fourrage, le conseil général (voir page 2), les communes ou communautés de communes, par le biais de l'association des maires, proposent des solutions comme la fauche des bermes ou des espaces non utilisés. Mais c'est surtout la profession qui s'organise et fait jouer la solidarité professionnelle, remarque le préfet. La FDSEA, avec la Chambre d'agriculture et la coopérative Terrena, a mis en place une opération paille. Des échanges paille/fumier sont également en cours ici ou là. Ceci dit, "il nous faut aussi bâtir à moyen terme", invite Jean-François Cesbron. Sur le plan des pratiques, des expérimentations sont menées, dans le cadre de la Chambre d'agriculture, notamment à la ferme des Trinottières (portes ouvertes les 8 et 9 juin, voir pages 6 et 7). D'ici là, les prévisions n'annoncent pas le retour de la pluie, hormis quelques épisodes orageux. La situation est déjà compromise pour les céréales et les foins. Les maïs, une fois au stade six feuilles, pourraient connaître les mêmes dommages si la situation perdure.

M. L.-R.

Voir aussi p. 12 et 13.

SÉCHERESSE

Les premières mesures nationales

Annoncés hier par Bruno Le Maire, les premiers millions d’euros mobilisés proviennent en grande partie de la solidarité professionnelle. Concernant le Fond de calamités agricoles grâce auquel le ministre annonce le versement d’indemnités au 15 septembre, il faut rappeler que lorsque le ministre de l’Agriculture parle de 100 millions d’euros, les agriculteurs abondent pour le fonds pour le même montant. De son côté, le Crédit agricole s’est engagé sur une somme de 700 millions d’euros empruntables par les éleveurs à 2 % (1,5% pour les JA) afin de financer
notamment les besoins de trésorerie pour l’achat de fourrages et d’aliments de bétail. La MSA mobilise 80 millions d’euros pour financer le coût des reports d’échéances. Groupama s’est engagé à “étendre de manière favorable” les demandes d’assurance des JA arrivés entre le 15 avril et le 15 mai, et à une extension des garanties sur toutes les opérations liées au transport de fourrage et de paille. En complément de ces premières mesures, Xavier Beulin a rappelé la nécessité que Bruxelles prenne des mesures de gestion de marché pour stopper l’effondrement des cours et revienne sur les plafonds des minimis.

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