Crise agricole
Un " paquet de mesures " peu satisfaisant
Le gouvernement a présenté le 9 janvier au soir un plan de mesures pour apaiser la colère agricole. Malgré ces avancées, les syndicats agricoles, la FNSEA et JA en tête, restent sur leur faim et poursuivent leurs mobilisations.
" Les réponses apportées ce soir par le Premier ministre à notre courrier en date du 20 décembre vont dans le bon sens mais nécessitent encore des réponses complémentaires au regard de la gravité de la situation ", a réagi la FNSEA dans un communiqué de presse le 9 janvier. Peu auparavant, les ministres de l'Agriculture (Annie Genevard) et des Comptes publics (Amélie de Montchalin) ainsi que le ministre délégué à la Transition écologique (Mathieu Lefèvre) avaient présenté le programme d'action du Gouvernement pour sortir d'une crise agricole qui s'éternise et agace les agriculteurs. " Votre message est reçu cinq sur cinq ", a certifié Annie Genevard qui a annoncé que l''enveloppe globale de ce programme d'actions représente 300 millions d'euros. Elle a aussi assuré vouloir poursuivre son œuvre de " justice agricole (...) lever les freins (...) simplifier et restaurer la parole publique ". Il faut cependant reconnaître que beaucoup de ces mesures avaient déjà été annoncées. Parmi les nouveautés, le fonds de soutien aux éleveurs touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est doublé, passant de 11 à 22 millions d'euros (M€). Elle doit se rendre dans les prochains jours en Espagne et en Italie pour trouver un protocole permettant de simplifier les conditions sanitaires d'exportation. Concernant le plan d'aide viticole, le fonds d'arrachage (130 M€) doit être concrétisé le 14 janvier et Matignon s'est engagé à l'abonder de 15 M€ sur un volet " allègement des charges ". Le gouvernement attend la réponse de la Commission européenne pour débloquer la réserve de crise européenne pour aider à distiller les stocks.
Censure, dissolution
Les trois ministres ont indiqué que le Gouvernement entendait débloquer 30 M€ pour les plans protéine, fruits et légumes et Méditerranée, et 40 M€ pour les grandes cultures, sans plus de précisions sur le fléchage de ces aides. Il s'est engagé à publier rapidement les décrets manquants de la loi d'orientation agricole et ceux de la loi Duplomb-Menonville sur les seuils ICPE* " avant la fin du mois ". De même, " les textes qui permettent de trouver des solutions plus vite pour lutter contre les nuisibles, les virus, les bactéries qui ravagent les productions, seront pris avant le salon " de l'Agriculture, a précisé Annie Genevard. Des engagements ont également été pris pour augmenter de 10 % le seuil de prélèvement du loup. Il devrait ainsi passer de 19 à 21 %. Mais tout dépendra du comptage officiel du nombre de prédateurs. Un sujet qui fait toujours polémique entre les éleveurs et l'Office français de la biodiversité (OFB). Sur le dossier de l'eau, Annie Genevard a annoncé le triplement du fonds hydraulique qui passera de 20 M€ à 60 M€, la simplification des règles du contentieux et la possibilité de se retourner juridiquement contre les recours abusifs. La ministre de l'Agriculture va aussi consulter les organisations professionnelles agricoles sur le nouveau registre phytosanitaire. Cependant, la plupart de ces annonces restent soumises aux aléas politiques et budgétaires comme l'a rappelé Amélie de Montchalin. En effet, pour que ces fonds soient débloqués, " il faut un budget ". Or celui-ci est en cours de discussion à l'Assemblée nationale et deux motions de censure (une de LFI et l'autre du RN) ont été déposées contre le gouvernement. S'il devait tomber, le chef de l'État pourrait dissoudre l'Assemblée nationale. Dans tous les cas, la mise en œuvre de ce plan de mesures serait repoussée. Attisant un peu plus la colère agricole...