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Congrès
Un syndicalisme de réformes et de propositions

Organisation de l’offre, contractualisation, rôle des interprofessions… La détermination du prix reste l’objectif vers lequel doit tendre toute la profession agricole.

Christiane Lambert, présidente de la FDSEA 49 devant l’assemblée générale qui réunissait plus de 350 participants : « Inventons des outils nouveaux », a-t-elle proposé.
Christiane Lambert, présidente de la FDSEA 49 devant l’assemblée générale qui réunissait plus de 350 participants : « Inventons des outils nouveaux », a-t-elle proposé.
© AA

Des prix rémunérateurs, c’est possible. Les agriculteurs en sont convaincus pour autant qu’on leur en donne les moyens. Et ces moyens s’appellent Loi de modernisation agricole, contractualisation, regroupement de l’offre, interprofession. C’est ce qui s’est dit et redit, jeudi dernier, dans le hall glacial de l’hippodrome du Lion-d’Angers où la FDSEA tenait son congrès. Un hall glacial - dû à une malencontreuse défection de chauffage de dernière minute - mais qui n’a pas gelé la détermination des responsables professionnels bien décidés à porter haut leurs revendications pour une légitime rémunération de leur travail. Et ce nonobstant les sirènes de tout poil qui s’évertuent à semer la zizanie, à jeter un froid dans les relations entre agriculteurs, à entonner les discours démagogiques qui jouent sur les peurs, déplorait Christiane Lambert. « Ici, pas de prêt à penser, mais des solutions ensemble », a martelé la présidente de la FDSEA, préférant un syndicalisme de réforme à des attitudes de repli et de nostalgie. « Ce n’était pas mieux avant. Le monde bouge, bougeons », a-t-elle proosé aux plus de trois cents participants emmitouflés, mais attentifs. « Inventons des outils nouveaux », suggère-t-elle à l’aune d’une formule de la Jac qui a fait florès en son temps : “Voir. Juger. Agir”. Et que Christiane Lambert décline en « Revoir, car le contexte a changé. Rejuger en écrivant une nouvelle feuille de route. Réagir afin de ne pas céder à l’abattement ».
Cette syndicaliste de réforme et de propositions, emportée par le feu de ses convictions, mesure bien aussi les risques encourus. « Tout n’aboutira pas, admet elle, mais ce dont nous avons besoin, c’est de prix et, pour ce faire, il faut des outils de régulation ». Et c’est là que les mots s’interprètent différemment. Car si, pour le ministre, régulation veut dire : “Régulation seulement en cas de crise”, il signifie, pour les responsables de la FNSEA et de la FDSEA de Maine-et-Loire : “gestion de l’offre et accord sur les volumes et les prix”. Le rapport d’orientation, présenté par Mickaël Bazantay et Emmanuel Lachaize, ne disait pas autre chose, constatant l’évolution de la Pac et de la conjoncture économique, dressant des pistes de réflexion et des propositions qui s’adossent aux nouveaux paramètres économiques, environnementaux et sociétaux.

Regroupement  de l’offre et transfert de propriété
Est-ce une utopie ? Rien n’est moins sûr. Plusieurs exemples démontrent la pertinence de cette orientation. On a vu, lors du congrès FNB, la semaine dernière, que les modalités de contractualisation mises en place dans la région des Pays de la Loire prenaient tout leur sens dans un contexte de viande bovine très difficile. Pour autant, Jean-Pierre Fleury, le secrétaire général de la FNB qui revenait en Maine-et-Loire pour ce congrès départemental, n’a pas manqué de rappeler les éclaircissements nécessaires, au travers de la loi, sur le regroupement de l’offre et le transfert de propriété. « Face à 5 centrales d’achat, il y a encore 65 organisations de producteurs commerciales. Tout le monde a intérêt à se structurer ». L’OP, un interlocuteur incontestable pour Thierry Merret, président de la FDSEA 29 et producteur de légumes : « Il faut aller vite sur cette notion de transfert de propriété pour que, demain, ce ne soit pas l’aval qui nous impose ses
vues ». Et de conclure : « C’est nous qui produisons, c’est nous qui négocions ».
À l’instar du tiers-état, le maillon production des filières agricoles exige donc de devenir « quelque chose ». Quelque chose qui soit autre chose qu’un simple apporteur de matière première. Autre chose qui fasse de la production un véritable partenaire. Cela se fera dans « l’unité, l’optimisme et la détermination », souhaite
Christiane Lambert. Mais aussi avec un nécessaire soutien des pouvoirs publics pour défendre ce dossier à Paris, à Bruxelles, à Strasbourg et à Genève. Et c’est sur ces actes-là que se vérifieront tous les beaux discours.

m. l.-r.

Témoignages

Contractualisation : utopie ou réalité ?

Plusieurs témoignages sont venus étayer la thèse de la contractualisation, lors du congrès de la FDSEA.
Ainsi en production ovine.
« La contractualisation en production ovine fait de 2010 l’année de tous les espoirs », considère Jean-Marc Gaborit. Pour le responsable de la section ovine de la FDSEA, administrateur à la FNO, « le rééquilibrage de la Pac (21 euros de plus par brebis) prévoit une majoration de trois euros en cas de contractualisation ». La gestion de l’offre s’opère par le biais de prévisions spécifiées à l’interprofession qui dispose ainsi d’un « outil de pilotage ».
Parallèlement, des contractualisations sont signées entre OP et entreprises. C’est le cas avec la démarche Anvial : une production d’agneaux riches en oméga 3 permet aux éleveurs qui organisent la saisonnalité de valoriser leur production. Deux prix sont fixés par an et une caisse de péréquation, mise en place de façon volontaire par les éleveurs, vient compenser les périodes moins bien rémunérées. Mais pour faire face aux coûts supplémentaires engendrés par la saisonnalité, « il faut que 75 % de la production de nos agneaux passe par ce mode de commercialisation ».

La contractualisation en productions végétales spécialisées est également déjà notion courante.
Sur son exploitation de semences de la Vallée, Pascal Laizé passe, chaque année, des contrats. Ce sont les surfaces, évaluées à partir des besoins et des rendements, qui figurent dans l’accord, ainsi que le prix, le délai de paiement et les conditions d’agrément. « Mais un contrat est toujours perfectible », précise l’agriculteur. Ainsi, en 2007, 400 euros de plus ont pu être négociés en fin de campagne ». La signature du contrat assure donc le débouché de la production. « C’est ausssi un élément de régulation du marché car les surfaces mises en culture tiennent compte des stocks et des ventes espérées ».

M. L.-R.

De partout dans le Maine-et-Loire, les représentants syndicaux ont fait part des préoccupations et des projets du terrain.

Revenus, emploi, eau, pression foncière…

les régions apportent leur contribution aux débats

La crise est le mot qui revient dans toutes les interventions au congrès de la FDSEA. Comme l’exprimait Jean-Jacques Delphin, pour le Saumurois, « chacun se demande quand il verra le bout du tunnel » : le lait, le porc la viande bovine, les lapins, mais aussi les céréales, l’arboriculture, la viticulture ou le maraîchage, « il serait plus facile de citer les filières qui ont réussi à garder la tête hors de l’eau que toutes les autres… ». Le plan de soutien obtenu à la suite de la mobilisation du 16 octobre dernier a du retard à l’allumage et ne répond pas à toutes les espérances. Certaines exploitations (en viande bovine par exemple) ne pourront pas prétendre au Fac (Fonds d’allégement des charges) parce qu’elles ne présentent pas des baisses d’EBE significatives, justement parce qu’elles sont en crise depuis longtemps… Face à ces difficultés, certains sont tentés de réduire au maximum les charges et le renouvellement des cotisations s’avère parfois difficile. À ceux qui raisonnent ainsi, « je leur dis que c’est de l’investissement à très très court terme, a insisté Jean-Jacques Delphin. Se syndiquer, c’est investir pour l’avenir ».

Différentiels de compétitivité. Dans la Vallée, la question de l’emploi et du coût de la main-d’œuvre est particulièrement importante, comme l’a souligné Emmanuel Lachaize. La région concentre en effet 70 % des 4 800 emplois occasionnels du département. C’est pourquoi la proposition du gouvernement qui prévoit la quasi-totalité de prise en charge des cotisations patronales pour ces travailleurs est saluée comme une « avancée syndicale ». « Il est toutefois prioritaire pour notre région d’étendre la mesure aux salariés en CDI et d’obtenir la pérennité de la mesure dans le temps », a nuancé Emmanuel Lachaize. Les filières en ont besoin pour compenser leur différentiel de compétitivité : 11 euros de l’heure ici, comparé aux 6 euros pratiqués dans plusieurs pays européens. Autre préoccupation constante dans la Vallée, l’eau : après la signature de l’arrêté de pompage en 2009, le prochain chantier est maintenant la mise en place d’une
gestion collective de l’irrigation. La Vallée est aussi la région qui détient le plus de surfaces contractualisées en végétal spécialisé : « Pour nous le contrat  a un sens de protection, de lisibilité, d’engagement, de valorisation et de sécurisation, et il ne nous empêche nullement d’avoir une attitude entrepreneuriale », comme l’explique Emmanuel Lachaize.

Partage de la valeur ajoutée. Dans le droit fil du rapport d’orientation, le représentant des Mauges, Jean-Baptiste Bricard, observe que trop souvent aujourd’hui, « le prix de nos produits est la variable d’ajustement de la compétitivité industrielle et commerciale ». Alors que les agriculteurs investissent sur 12 à 18 ans, avec peu d’autofinancement, les industriels privés ou les coopératives affichent souvent des marges faibles mais en réalisant des investissements courts avec de forts taux d’autofinancement. « Peut-on parler d’un partage équitable de la valeur ajoutée ? », s’interroge Jean-Baptiste Bricard. Interrogations aussi quant à la situation dominante de certaines entreprises (Bigard Socopa en viande bovine). Sur un terrain plus local, dans les Mauges, l’équipe FDSEA s’est donné pour priorité de travailler sur la transmission, en ciblant la question de l’habitat, de développer les atouts des formes sociétaires et d’apporter des solutions aux contraintes environnementales, qui augmentent la pression foncière (plans d’épandage, normes, Corpen…).

Pression foncière. Pour le Segréen, la question de l’accès aux terres a aussi été abordée par Christophe Beautrais. Le responsable professionnel a été marqué par l’intervention d’Erik Orsenna, venu l’année dernière dans le département à l‘invitation de la FDSEA : « Nous risquons de subir une pénurie de terres arables dans quelques décennies », avait prévenu l’académicien. « Nous sommes directement confrontés au grignotage des terres dans nos exploitations, a expliqué Christophe Beautrais. Si l’on ne va pas vers nos élus locaux, en les rencontrant régulièrement, ils ne nous attendront pas pour étendre les surfaces habitables. » Une pression foncière due à la fois à l’extension des villes, aux réglementations sur les surfaces non épandables, bordures de cours de d’eau, zones humides ou encore abords des habitations. Mais également à la surenchère de certains agriculteurs qui fait monter le prix des terres jusqu’à 6 000 euros… Christophe Beautrais est aussi revenu sur la crise qui a secoué le monde du lait, et qui a fait « naître l’émergence de nouvelles organisations aux lignes de conduite extrêmes, avec des propos injurieux allant même jusqu’à s’attaquer aux personnes. Ces pratiques sont condamnables et ne sont pas propices à un climat de sérénité ».

L’eau dans le Baugeois. Dominique Janus. Pour le Baugeois, se pose la question de la ressource en eau. « Des études sont faites contredisant d’autres, mais dans la logique il est démontré que l’eau puisée dans le cénomanien ne pénalise pas la ressource en eau potable du bassin de Tours. Mais, un quota d’eau attribué à chaque irriguant rend impossible la création d’un nouveau forage. Cela bloque les exploitations pour une réorientation de leur activité ou empêche de capter des contrats pour assurer un revenu ou conforter une installation, regrette Dominique Jans qui poursduit : Nous préférons la solution du regroupement pour faire masse et faire comprendre à la société que nous représentons une force économique non négligeable. Se regrouper pour faire comprendre que l’eau, on en a besoin autant que le particulier pour son géranium sur son balcon. Se regrouper pour dire que le quota global attribué par l’administration n’est pas dépassé mais qu’individuellement, il peut avoir des points de captage qui prélèvent un peu plus que prévu ».
Autre préoccupation du Baugeois, l’ambiance sur le terrain. La crise qui a touché la production laitière a parfois donné lieu à des débordements verbaux et le climat est, par endroits, délétère. « C’est pourtant ensemble que l’on s’en sortira, assure le responsable du Baugeois. Alors à qui la faute ?, demande-t-il. Certains incriminent la FNSEA qui n’aurait pas dû en oubliant d’envisager ce qui se serait passé si le syndicat majoritaire n’avait pas pris ses responsabilités en ce qui concerne l’accord du 3 juin. Il est vrai qu’il est toujours plus facile de critiquer. Le rôle des médias n’est pas non plus complètement anodin, car le choix des images choc, le traitement de l’information en surface ne contribuent pas forcément à éclairer les esprits sur la réalité de la situation et sur les enjeux. »
Dominique Janus cite aussi le rôle du monde politique et celui, non moins déterminant, de la distribution. « Tout cela pour dire que le Baugeois attend beaucoup de la fnsea pour donner des perspectives. Il n’y a qu’en ayant une vision à long terme que les agriculteurs pourront s’assagir sur le terrain et ainsi leur éviter une fièvre de… cheval. ».

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