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Interview
Xavier Beulin : “Nous voulons passer un pacte avec la société”

Le congrès de la FNSEA se tiendra du 29 au 31 mars. Thème : la croissance durable qui combine efficacité économique, performance environnementale et épanouissement humain.

Jeudi 24 mars, les agriculteurs ont bloqué à l’aide de tracteurs le centre Leclerc d’Angers.
Jeudi 24 mars, les agriculteurs ont bloqué à l’aide de tracteurs le centre Leclerc d’Angers.
© AA

Inscrire nos exploitations dans la croissance durable”, c’est le thème de votre rapport d’orientation de la FNSEA pour son congrès 2011 à Saint-Malo. Pourquoi ce choix ?

Xavier Beulin : Aujourd’hui nous faisons le constat que l’agriculture est en perte de vitesse. Pour ce qui nous concerne, nous refusons cette logique du déclin et nous nous inscrivons en faux contre tous ceux qui prônent de manière explicite ou implicite une certaine forme de décroissance.
Nous voulons afficher au contraire qu’il y a un gisement de développement en agriculture et que celui-ci s’inscrit dans un schéma de croissance durable combinant l’efficacité économique, la performance environnementale et l’épanouissement des hommes.
Ce rapport ne propose pas des solutions toutes faites. Il essaie de dégager des orientations qui devront être approfondies et enrichies.

Quel est le fil conducteur qui a présidé à vos réflexions ?

Notre ambition n’est pas de dire à chaque agriculteur ce qu’il doit faire. Mais ce que nous voulons, c’est proposer un cadre collectif dans lequel il peut s’inscrire tout en gardant la responsabilité de ses choix en matière de pilotage de son exploitation.
Autant notre démarche s’adresse aux pouvoirs publics qui doivent créer les conditions favorables pour élaborer ce cadre. Autant nous considérons qu’il appartient à chaque agriculteur de prendre ses responsabilités en fonction de son raisonnement économique.
Sur le plan économique, le schéma que nous défendons vise à renforcer les outils de gestion des risques et l’organisation économique des agriculteurs. Nous avons besoin d’organisations de producteurs fortes susceptibles de peser dans les négociations face au rouleau compresseur de la grande distribution.
Si nous insistons sur le regroupement de l’offre, nous ne négligeons pas pour autant les circuits courts ou les opportunités de diversification des exploitations Il n’y a pas de modèle type qui s’imposerait à tout le monde, mais un gisement d’opportunités qui relèvent d’un choix individuel. Bref, nous entendons que l’homme soit au centre de notre projet et qu’il soit pleinement responsable du fonctionnement de son entreprise.

Vous évoquez dans votre rapport un pacte environnemental avec la société. De quoi s’agit-il ?

Nous ne voulons plus subir les attaques incessantes dont nous sommes l’objet. L’opinion doit savoir que les agriculteurs sont les premiers gestionnaires des ressources naturelles. Tout le monde s’approprie la biodiversité pour donner des leçons. Alors que la biodiversité est en étroite relation avec l’activité agricole.
Pour la FNSEA, il n’y a pas d’opposition entre la performance environnementale et la croissance. Au contraire. Nous considérons même que la croissance environnementale est un moteur de la croissance durable. Ce qui nous importe c’est afficher de manière très forte notre engagement en la matière. En même temps nous affirmons une volonté de dialogue avec les personnes et les associations qui ne partagent pas notre point de vue.
Il ne s’agit pas simplement d’une opération ponctuelle de communication. Mais d’un travail de longue haleine que nous allons engager avec notre réseau pour valoriser tous les progrès qui ont été réalisés par les agriculteurs en matière de protection des ressources naturelles.

Sur le volet social de la croissance durable, vous abordez le statut de l’agriculteur et notamment la possibilité de devenir salarié de son entreprise. Est-ce que vous ne brisez pas un tabou ?

Il s’agit là effectivement d’un immense chantier. Mais nous voulons montrer à la FNSEA que nous sommes capables de réfléchir à l’évolution du statut de l’agriculteur. Il y a eu la loi de modernisation agricole de 1962, la loi de 2005 sur le fonds agricole. Aujourd’hui, il nous appartient de nous poser des questions sur le statut de l’agriculteur. C’est une question centrale qui touche à tous les aspects de l’exploitation, depuis la protection sociale jusqu’au financement de l’exploitation.
On dira que nous allons vers la banalisation de l’agriculture. L’agriculture n’a rien à voir avec le commerce, l’industrie. Elle gardera toujours sa spécificité. Bien entendu, il n’est pas question d’aller vers un schéma unique, mais de répondre aux attentes des agriculteurs.

RECUEILLI PAR ACTUAGRI

Devant les GMS

Les agriculteurs demandent l’indexation des prix

Jeudi 24 mars, quelques heures avant la venue de Xavier Beulin à Angers, une soixantaine d’agriculteurs se sont retrouvés au magasin Leclerc d’Angers. Une action de soutien au président de la FNSEA qui devait rencontrer le jour même, le ministre de l’Agriculture, Bruno Lemaire, et le secrétaire d’État au commerce, Frédéric Lefèvre, sur le dossier de l’indexation des prix alimentaires (lire aussi l’interview de Jean-Marc Lézé, secrétaire général de la FDSEA, en page 2). Les producteurs de viande bovine, de porc et d’autres viandes demandent que la hausse des charges, alimentation animale et pétrole, soit répercutée sur l’ensemble de la filière et que la grande distribution accepte de passer des hausses de prix.

Promo à Vihiers

Lundi soir 21 mars, une autre action a eu lieu au Super U de Vihiers. “Nous avons mobilisé, pour cette action de proximité, plus de trente éleveurs du canton, en moins de deux heures” souligne Michel Brossier, éleveur à Vihiers. Il s’agissait de dénoncer une promotion mise en place dans le magasin : “il proposait une cuisse de bœuf d’environ 50 kg, à 4,95 euros le kilo de carcasse, soit autour de 7,20 euros net, et en race à viande d’origine France”, explique Michel Brossier. “Ces prix ne correspondent à rien, et le consommateur ne demande même pas cela. Nous sommes d’accord pour des promotions, mais des promos partagées, à des prix raisonnables”. Les éleveurs ont échangé avec les
responsables du magasin qui ont retiré l’offre. Mais la vigilance reste de mise, “car l’initiative émane de la centrale d’achat et d’autres magasins pourraient la proposer”, poursuit le responsable professionnel.

S.H.

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