Lait
Lactalis a rompu leur contrat, que sont devenus ces éleveurs ?
Le 25 septembre 2024, Lactalis annonçait la rupture de contrat avec 37 exploitations du Maine-et-Loire. Aucune d'entre elles n'a été laissée sans solution. Témoignages de quelques producteurs, un an plus tard.
Le 25 septembre 2024, Lactalis annonçait la rupture de contrat avec 37 exploitations du Maine-et-Loire. Aucune d'entre elles n'a été laissée sans solution. Témoignages de quelques producteurs, un an plus tard.
Guillaume Cosneau, Gaec de la Prée à Gennes-Val de Loire
"Un jour, j'ai reçu un coup de téléphone du technico, qui m'a dit que dans un an, nous ne serions plus collectés par Lactalis. J'étais tellement stupéfait que je lui ai demandé de me le répéter une deuxième fois. Alors qu'on se tutoyait jusque-là, j'ai été vouvoyé, comme pour instaurer de la distance", raconte l'éleveur Guillaume Cosneau, du Gaec de la Prée, dans un secteur en déprise laitière, en sud Loire. Une fois passée la stupeur créée par cette nouvelle, l'éleveur et son associé se sont vite rapprochés d'autres producteurs dans le même cas. "On a réuni un collectif de 9 exploitations impactées autour de Longué-Jumelles, afin de définir une stratégie commune pour attirer de nouveaux collecteurs. Nous avons été appuyés par notre Organisation de producteurs, qui a mandaté le cabinet Triangle, relate Guillaume Cosneau. Et en parallèle, nous avons vite pris contact avec la laiterie LSDH". Sur 9 élevages concernés, 8 ont manifesté leur volonté de poursuivre la production laitière. Seul un souhaitait arrêter.
"Un mal pour un bien"
LSDH est venu auditer les élevages dès décembre 2024 et a donné, le 15 janvier, un avis favorable pour 7 d'entre d'elles La 8ème a pu trouver un débouché avec une autre laiterie. "C'était un peu angoissant, se souvient Guillaume Cosneau. On ne voulait surtout pas laisser certains sans solution".
Le Gaec de la Prée a reçu le courrier officiel de Lactalis début février, qui signifiait un arrêt de collecte reporté au 31 juillet 2026. "Mais nous avons voulu partir le plus vite possible, et la collecte Lactalis a cessé dès le 28 février. Il nous a fallu trouver un tank d'occasion très vite. Je ne voulais pas demander à Lactalis de me prêter le sien". En partant fin février, cela a évité au Gaec d'avoir à régler quelque 8 000 euros de pénalité pour dépassement de collecte... "Nous avions eu un accord de confortation, oral, au 30 juin 2024, donc nous n'avions pas hésité à produire", explique l'éleveur.
Depuis bientôt un an, l'exploitation livre donc à LSDH. Quelques changements dans l'alimentation, qui doit être tracée et non OGM, ont dû être effectués, entraînant un léger surcoût, mais tout à fait en accord avec la volonté des éleveurs de ne plus dépendre de "la protéine arrivant par bateau".
Le volume a été augmenté (520 000 l, contre 462 000 l), et le prix est plus rémunérateur. "Pour décembre, compare Guillaume Cosneau, le prix de base LSDH est à 493 euros/1 000 l, contre 440 euros/1 000 l chez Lactalis". Si, pour son exploitation, cet abandon de collecte aura été, au final, "un mal pour un bien, car on cherchait à quitter Lactalis depuis 10 ans", il se dit "écœuré" pour ses collègues éleveurs Lactalis. "L'argument était de cesser des collectes pour payer plus cher ceux qui resteraient, mais le résultat n'est pas du tout celui-là".
Sylvain Sureau, Gaec du Lathan, Longué-Jumelles
"Globalement ça se termine plutôt bien pour nous", témoigne Sylvain Sureau, un des associés du Gaec du Lathan, situé dans la Vallée de l'Authion. Avec 2,2 millions de litres de lait produits, l'élevage était un des plus gros en volumes livrés à Lactalis. Il a signé lui aussi un contrat avec la laiterie LSDH, à laquelle il a commencé à livrer dès la fin mars 2025. Durant les 6 premiers mois, il a fallu passer par une phase d'adaptation. "Le lait était payé plus cher, mais l'aliment, non OGM, nous coûtait plus cher. On était en conversion vers le non OGM, indique l'éleveur. En revanche, depuis septembre, on est mieux rémunéré, plus de 500 €/1000 l avec les taux." La grille de paiement de LSDH étant différente de celle de Lactalis, la sélection génétique qui se faisait plutôt sur le TP est davantage orientée, aujourd'hui, sur la matière grasse.
Des adaptations ont aussi été nécessaires en termes de stockage du lait. "Comme LSDH collecte tous les trois jours, nous avons dû investir dans un tank plus grand". Mais l'éleveur ne voit "rien de négatif dans tout cela, avec au final une campagne 2025-2026 qui va être globalement très bonne".
L'EARL de la Butte, Longué Jumelles
Faisant aussi partie du groupe de producteurs de Longué-Jumelles, le gérant de l'EARL de la Butte est quant à lui, passé également chez LSDH pour livrer ses 550 000 l de lait annuels. "L'annonce ne m'a rien fait du tout. J'étais déjà en démarche pour changer de laiterie", explique-t-il. Suite à l'audit réalisé dans son exploitation, il a pu commencer la livraison à la nouvelle laiterie dès mars 2025. "J'ai pu utiliser le tank de Lactalis au début, puis j'ai acheté un tank que j'ai financé aux deux-tiers grâce à un prêt à 1 % de l'entreprise LSDH". L'éleveur se sent à présent "reconnu, estimé, et davantage à (sa) place dans cette entreprise".
Cyrille Chiron, producteur au Longeron
"Après l'annonce de Lactalis, notre exploitation a retrouvé rapidement une laiterie. Nous sommes proches de l'usine de LSDH qui avait besoin de volume, cela tombait bien. Nous avons signé notre nouveau contrat dès le mois de mars car nous étions prêts. Nous étions déjà propriétaire de notre tank : un investissement réalisé quelques années auparavant, avec une plus grande capacité de stockage. Notre objectif était de pouvoir saturer le robot de traite. Ce tank nous permet aujourd'hui de répondre à la demande actuelle de collecte toutes les 72 heures de la laiterie. En revanche, nous avons modifié l'alimentation de nos vaches, passant en non OGM. C'est le seul changement que nous avons fait. Aujourd'hui, nous n'avons aucun regret d'avoir rejoint LSDH. Avec Lactalis, il fallait toujours se battre. Certes, je suis inquiet car le marché du lait est tendu mais LSDH, même si elle ne rémunère pas les taux, a maintenu ses prix, contrairement à Lactalis".