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INTERVIEW
Pac : “La convergence totale des aides en 2020 est intenable”

Xavier Beulin, président de la FNSEA, à propos du “paquet agricole” adopté dans le cadre du G20 qui s’est tenu à Cannes les 3 et 4 novembre.

Xavier Beulin
Xavier Beulin
© AA

Êtes-vous satisfait des conclusions du Sommet du G20 ?
Xavier Beulin : Il y avait deux sujets sur lesquels nous attendions beaucoup du G20. D’une part qu’il revienne aux fondamentaux de l’agriculture. Là, le bilan est plutôt positif. À une époque où les principes de libéralisation des marchés, sous l’influence de l’OMC, étaient prédominants succède aujourd’hui une autre conception. Le G20 a redonné la priorité à la relance de la production agricole et à la vocation donnée à toutes les agricultures de s’exprimer. Il faut souhaiter que cette conception et la prise en compte de l’agriculture en général perdurent lors des G20 ultérieurs, après la présidence française. En tout cas, les dirigeants des vingt principales puissances ont pris acte que la planète a besoin de l’agriculture. Le deuxième sujet apporte un peu de déception : il s’agit de la régulation des marchés financiers. Là, le dispositif est vague. Mais cette dimension est liée à la première. Les spéculateurs sont attirés par l’agriculture lorsqu’il y a incertitude. Plus on réduira cette incertitude par de la régu-lation et moins la spéculation financière aura prise sur l’agricul-ture. Le G20 a permis d’enclencher un processus, une réflexion sur le fait que les politiques publiques ne doivent pas forcément s’affranchir de toute intervention sur l’agriculture.

Avez-vous le sentiment que l’Union européenne a entendu le message du G20 ?
Non, je n’ai pas le sentiment que l’Europe a intégré le message du G20. Quand on la voit proposer le niveau de verdissement de la Pac à 30 % ou encore les 7 % de surfaces écologiques, on constate à l’évidence qu’elle ne va pas dans le sens d’un accroissement de la production agricole. D’autre part, les mesures de gestion des marchés, notamment en cas de crise, qui sont hors budget de la Pac, restent extrêmement floues et insuffisantes. Il nous faudra, notamment au niveau du Copa-Cogeca, agir pour que ces ressources soient plus étoffées. Et utilisables rapidement par la Commission en dépit de la codécision avec le Parlement européen. Faute de quoi on risque de rester dans la dynamique dérégulatrice qu’avait initiée Mariann Fischer-Boel.

Concernant le projet de réforme de la Pac, quelles évolutions prioritaires comptez-vous dé-fendre pour l’agriculture française ?
Je comprends les mesures de verdissement des aides Pac mais elles sont excessives. 30 % pour ce verdissement, c’est trop. Pour nous, un taux de 10 % est plus praticable. C’est aussi la position du Copa-Cogeca d’ailleurs. Les 7 % de surfaces écologiques, sont également démesurées. La réponse à des risques climatiques ou sanitaires est inadaptée. Il nous faudra trouver là-dessus des alliés en Europe pour obtenir des mécanismes plus ambitieux. Enfin, pour la convergence des aides, avant d’en parler au niveau national il faut considérer ce qui peut être fait entre pays. La convergence totale en 2020 est intenable. On ne peut avancer que progressivement, notamment vis-à-vis des nouveaux pays membres, et en tenant compte des coûts de revient pays par pays. Un euro n’a pas la même valeur en France et en Roumanie. On ne peut pas donner les mêmes aides à des pays qui ont des coûts de revient radicalement différents. Enfin, je souhaite qu’on ouvre le dossier de la correction des handicaps naturels. Il faut travailler sur les mesures nécessaires pour remettre de l’équité, en France, entre les territoires. Je souhaite qu’on ait une réflexion collégiale sur le sujet. Ce qui est sûr, c’est qu’on pourrait mieux utiliser le 2e pilier de la Pac en France. Autre réflexion à mener : ne faut-il pas revenir à des mécanismes nationaux mais eurocompatibles permettant aux entreprises agricoles de passer des caps difficiles ?

Le budget de l’État montre pourtant qu’il n’y a plus de marges de manœuvre ?
Ce ne sont pas forcément des mesures coûteuses. Revisitons, par exemple, la fiscalité agricole. Elle a été conçue dans une période de prix stables. Ce n’est plus le cas actuellement. Revoir la DPA (dé-duction pour aléas), par exemple, serait un premier pas. Elle est conditionnée à une obligation d’assurance, est-ce judicieux ? Et puis cette assurance est-elle adaptée ? Elle est assez coûteuse, avec une franchise importante. Il faut sans doute la reformater. En clair, le système ne donne satisfaction à personne. Autre dossier fiscal, celui de la TVA emploi, ce qu’on appelait la TVA sociale. Elle peut être un puissant outil pour rétablir la compétitivité des exploitations qui utilisent de la main-d’œuvre. Cette TVA emploi sera d’ailleurs incluse dans notre plateforme qui sera transmise aux candidats à l’élection présidentielle. Sur ce plan, mon ambition est de trouver des terrains d’entente avec les syndicats de salariés.

Propos recueillis
par Sophie Baudin
et Hervé Plagnol

Marchés mondiaux

Les chefs d’État ont entériné la régulation du G20 agricole

Lors de la réunion de Cannes, les chefs d’État et de gouvernement ont repris à leur compte les conclusions du G20 agricole qui avaient été adoptées le 23 juin par les ministres de l’Agriculture. De fait, jamais une réunion au sommet n’aura eu autant d’importance pour le monde agricole. Au-delà de la crise de la zone euro marquée par les dettes souveraines, de la Grèce en particulier, le G20 s’est penché sur la manière de freiner la volatilité des prix agricoles et relancer les capacités de production à travers le monde. Mais ce sont en fait tous les dossiers financiers et économiques traités qui auront un impact sur l’agriculture mondiale.
La crise financière : la menace sur la zone euro et sur les paiements de certains de ses membres est aussi une menace pour les marchés agricoles. Pour preuve, les deux tiers des exportations agricoles et alimentaires françaises se font en direction de l’UE, principalement payées en euro. Les entreprises exportatrices sur la zone euro affirment, en grande majorité, ne pas imaginer une disparition de la monnaie unique. Autre conséquence, l’équilibre financier et budgétaire des pays de l’Europe conditionnera également la capacité budgétaire de l’Union. L’Europe est financée sur une fraction de TVA, des droits de douane et des revenus de chaque pays. Ses ressources dépendent donc de la croissance économique. Et des finances européennes.

45 engagements
La lutte contre la volatilité des prix agricoles, un des principaux objectifs du G20 agricole, vient d’être reconfirmée par les chefs d’État et de gouvernement. En juin, les ministres se mettaient d’accord sur une panoplie de 45 engagements. Un terrain préparé par une réunion de 120 délégations d’agriculteurs (le G120) préparée par la FNSEA. Une politique de stocks alimentaires d’urgence était esquissée, des orientations pour relancer la production agricole étaient envisagées quoique non chiffrées, un acte de foi sur la recherche génomique était exprimé tandis que la limitation du droit de décréter des embargos sur les exportations était affirmée mais seulement sur les achats du Programme alimentaire mondial (PAM).
En revanche, des orientations plus ambitieuses étaient adoptées concernant la transparence des données sur l’agriculture, à laquelle s’étaient engagés aussi la Chine et l’Inde tandis qu’un processus de concertation sur les mesures d’urgence devait être mis en place au sein de la FAO en cas de problème agricole d’un des pays membres. Ces deux mesures ont déjà commencé à faire l’objet de réunions de travail. Le dossier était, en revanche, beaucoup moins avancé sur la régulation des marchés financiers des produits dérivés des matières premières. “Le G20 l’a fait progresser. En matière financière, le G20” approuve le rapport de l’OICV (l’Organisation Internationale des Commissions de Valeurs) et les principes communs de régulation et de supervision des marchés dérivés de matières premières qui y figurent.
Par ailleurs, dans le rapport figure la possibilité de mettre en place des instruments de type “coupe-circuit”. Ils existent déjà sur de nombreux marchés où les transactions sont suspendues lorsque les prix varient trop fortement sur une courte période. Si les dirigeants des vingt plus grandes puissances de la planète ont ouvert ce type de porte, reste à savoir comment chaque pays choisira de réglementer ces marchés.

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